en haut du forum
en bas du forum



Une sauvageonne, des sauvageons [PV Deirdre]

avatar
Baron de Vertbois
- Adeptes de Corypheus -
Messages : 374
Lun 2 Juil - 9:44
Le carrosse filait à vive allure dans les chemins enneigés, escorté fièrement par quatre cavaliers en armure. L'emblème de Vertbois, gris et vert, surmonté d'un cygne, s'élevait bien au dessus de leurs têtes fières. Il était temps de rentrer en Orlaïs pour y continuer le tissage méticuleux du Jeu, et de mettre de côté les mémorables journées passées à Fort-Célèste, bastion de l'Inquisition, ennemis entre tous. Confortablement installé sur son siège de soie verte et entouré d'une poignée de serviteurs, discrets et masqués, eux aussi, le jeune Baron se remémorait paisiblement cet épisode pour le graver au mieux dans sa mémoire, et avoir matière à en sortir l'essence sur le papier, plus tard. Oh, Capheus allait être ravi d'apprendre ne serait-ce que des brides de ce qu'il en avait retiré. Son seul regret allait à Josephine, mais il tâchait de ne pas trop y attacher de sombres pensées. Elle faisait ses choix après tout, comme il faisait les siens. Les conséquences viendraient, un jour peut-être, mais pas aujourd'hui.
Un craquement sonore annonça l'ébranlement de la voiture sur la gauche, et le crissement du bois sur la pierre. Octave sentit son cœur s'emballer, et s'agrippa tant bien que mal tandis qu'il basculait dans la pente, entraîné par le poids de la structure. La chute, ou le glissement -en fonction – dura une vingtaine de secondes, bien suffisantes pour que cela fasse écho à l'éternité. Le carrosse s'arrêta enfin, et les serviteurs s'empressèrent de sortir pour prendre connaissance de la situation. Au loin, écho puissant dans la montagne, il entendait les exclamations des gardes, qui devaient probablement tenter de les rejoindre au plus vite par les chemins escarpés. Le jeune baron sentit un filet de sueur froide lui couler dans le dos, pensant à toutes les possibilités, tout ce qui avait pu faire que la voiture dérape. Et, dans ces multiples possibles, le sabotage n'était pas la moindre des pistes.
« Monsieur ? » C'était Alain, le capitaine de ses gardes. Octave poussa un soupir de soulagement, et ouvrit la porte. Ses yeux se plissèrent un instant, résistant tant bien que mal à l'assaut de la lumière blanche qui les entourait, et au vent aussi, léger mais glacial, parsemé de flocons de neige. Son masque lui permit de ne rien y laisser paraître, et il prit une nouvelle inspiration pour retrouver l'autorité inhérente à sa fonction. « Alain, vous allez bien. Je veux un rapport de la situation. » Ses yeux se posèrent sur le garde, qui, mal-à-l'aise, frottait ses mains l'une contre l'autre en passant maladroitement d'un appui à l'autre. « On a perdu une roue. Javon et Iria sont partis la chercher, je viens d'envoyer Marc pour les escorter. La voiture semble avoir subit quelques dégâts, mais rien qui devrait nous empêcher de repartir une fois la roue retrouvée et mise en place, Monseigneur. » Il hocha sèchement de la tête, et poussa un soupir des plus joués, pour bien signifier son déplaisir. « S'agit-il d'une tentative de meurtre selon vous ? » Une fois encore, Alain hésita. Il n'était pas taillé pour le Jeu, ou quoi que ce soit de social, mais c'était un bon soldat loyal à sa famille. « Nous avons vérifié l'état des roues avant de partir, Monsieur, comme le protocole l'exige... » Un petit rire sec l'interrompit. « Et donc, vous n'avez rien vu ? Vous auriez du, Alain. Si elle était en mauvais état, ou sabotée, vous auriez du le voir. J'en suis chagriné. » Alain hocha la tête et se tut, la tête légèrement baissée.
L'agacement du Baron s'accrut encore quand ses deux serviteurs revinrent avec la roue, ou, pour être exact, les brisures de cette dernière. Elle semblait avoir éclaté contre un rocher. En temps normal, ce n'était pas un problème, mais en temps normal, en Orlaïs, il n'était pas difficile de trouver un charron. Ici, dans les montagnes de Givre, la chose était beaucoup plus compliquée, et donc dangereuse. Il réfléchit quelques minutes. Il pouvait rejoindre une ville en une journée de route, assez probablement, s'il partait en avance avec un cheval. Mais il ne comptait pas laisser cinq serviteurs seuls avec son carrosse dans ces contrées hostiles, il n'était pas homme à abandonner les siens. « Nous sommes du côté de Ferelden je pense, notre chute nous a fait partir par là. Il doit bien y avoir un village à la frontière, et c'est là que nous irons, quoi qu'il m'en coûte de demander de l'aide au peuple des chiens. Alain, vous allez chercher une roue avec Marc et Javon. Nous autres, nous allons monter un campement ici. » Le capitaine des gardes se redressa de toute sa hauteur, visiblement choqué. « Monsieur, vous n'y pensez pas ! Deux gardes ne seront pas assez pour vous protéger si des sauvages décident de s'en prendre à vous ! »
Octave sourit, et répondit avec légèreté. « Mon ami, sauf votre respect, quatre gardes ne seront pas assez pour nous protéger tous si le pire devait arriver. Sachez bien que je suis déterminé à survivre, et que pour cela, vous devez exécuter mes ordres. Tout de suite. » Le capitaine se renfrogna, et murmura des excuses, avant de se préparer pour le départ. Quelques minutes plus tard, ils étaient tout trois partis, suivis du regard par le groupe resté en arrière. « Qu'est ce que vous attendez donc ? Montez un campement ! Il est hors de question que je dorme dans la voiture ! » Le quatre serviteurs restants s’affairèrent aussitôt à la tâche, et le Baron attendit, assit sur la banquette de soie.  Il n'avait aucune envie de se salir en accomplissant de basses tâches dans la neige impropre.

Quelques heures avaient passé. Le froid et l'humidité étaient pénibles, et le jeune noble d'Orlaïs ne manquait pas de le faire savoir à ses serviteurs, qui faisaient de leur possible pour le satisfaire au mieux. Il s'était renfermé dans ses loges de circonstance depuis un moment quand on frappa à la porte. « Monsieur... Je crois qu'on a un problème. » Octave ouvrit aussitôt la porte. Il avait senti l'angoisse percer dans la voix d'Alphonse, qui pourtant n'était pas un couard. Ce dernier se tenait devant la porte, et tenait son arc à la main. « Une femme est en train de monter vers nous. » Le baron sortit la tête pour regarder au dessus du toit, et vit à son tour une frêle silhouette gravir la pente en leur direction. Il éclata de rire. « Mon bon Alphonse, auriez-vous peur d'une femme ? Pour de nombreuses choses, je peux vous comprendre, mais il est plus qu'évident qu'elle ne peut pas être un danger conséquent. » « Et si c'était une éclaireuse des Alvars, Monsieur ? » Le jeune homme hocha la tête, un sourire toujours dessiné sur les lèvres. « Si c'était le cas, elle ne se présenterait pas à nous, et nous aurions des soucis bien plus immédiats. »
Un feu crépitait doucement dans le campement de fortune. Une marmite, posée dessus, était le signe encourageant d'un repas chaud à venir. « Laissez la venir, Alphonse. Je pense qu'un peu de distraction ne sera pas un mal. » Octave referma la porte et attendit. Quelques minutes plus tard, il entendit des échanges de voix, juste à côté. La femme était là. Il avait hâte d'en savoir plus. Le Baron toqua à la porte, et un serviteur vint lui ouvrir. Il descendit avec grâce dans la neige – première fois depuis leur accident – et agita sa cape verte dans le vent frais, le visage fier. « Une visiteuse ! Quelle bonne surprise ! » Son ton était narquois et théâtral. Ses yeux se posèrent sur le visage de l’intruse. Une femme, relativement frêle, et très jeune. Le visage maculé de crasse. Un énorme chien de combat, plein de bave, à côté. De Ferelden, donc. « Je suis le Baron Octave de Gautron, du très majestueux Empire d'Orlaïs. » Oui, rien que ça. « Et vous êtes ? » Il n'était pas dans son habitude de se tenir à plusieurs pas d'une jeune femme qui se donnait ainsi la peine de venir le voir, mais la crasse et le chien le dégouttaient bien assez. Et la neige, sous ses bottes toutes neuves, cela ne le mettait pas particulièrement dans de bonnes dispositions. « Venez donc partager un repas avec nous. Je suis certain que vous avez de grandes histoires à nous conter. »


Octave s'exprime en DarkOrange

Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Guerrière errante
- Civils -
Messages : 17
Mer 4 Juil - 12:17
Le vent emportait ses secrets, les déposant dans la neige et les sommets, non sans tendresse. Il y avait des larmes, des sourires éteints que Deirdre se forçait à avoir malgré tout, il y avait des souvenirs parfois douloureux, parfois non, la solitude aussi. Autant de perles que le vent lui prenait des yeux et du coeur, pour les cacher ailleurs.
Devant elle, le chien marchait, ne la regardait pas et la sauvageonne hésita à poser une main sur l'encolure puissante afin d'y chercher la moindre chaleur, celle d'un être pour un autre notamment. Le chien, tout ce qui lui restait, et comment expliquer que chaque pas que Deirdre faisait l'arrachait un peu plus à son pays?
Que resterait-il d'elle alors dans l'exil, un nom, quelques mèches de cheveux? Je serai un fantôme, songea la jeune fille, je serai un fantôme ce soir, soit parce que le vent et la neige me tueront après avoir tout emporté de moi, soit parce que Deirdre d'Autrerive, la rive d'une petite rivière en Ferelden, aura traversé jusqu'à des rivières qui ne sont plus rien pour elle.
Je laisse derrière moi non pas un pays, non pas un foyer, mais la petite tombe misérable de la seule noble personne ayant pu compter, conclut-elle alors. De nouveau les larmes, et le vent n'en était pas responsable, pas toujours, puisque la tristesse venait du coeur.
Quel dieu fallait-il prier quand ne restait que le désespoir, quand le néant approchait et que le chaos suivait votre ombre?
Quel dieu fallait-il prier quand on était simplement une fille, une sauvageonne sans valeur aucune?
Elle voulait en changer : le Créateur n'avait créé pour elle plus de malheur que ses rêves pourtant grands n'en pouvaient porter.
Une dernière chance, murmura-t-elle pour elle-même, je te donne une dernière chance alors envoie moi un signe, n'importe lequel pour me montrer que les choses s'arrangeront. Je compte sur toi, sinon entre toi et moi, c'est fini pour de vrai.
Non pas que le sentiment religieux de la jeune fille ait été quelque chose de développé un jour, mais passons....

Pendant de longues minutes hors du temps, il n'y eut que la neige, ses propres frissons. Errol continuait de marcher devant, traçant un chemin pour elle sans pour autant s'arrêter ou ralentir. Les chiens étaient des créatures sans pitié...
Et puis soudain, à la faveur d'un détour, Deirdre le vit.
Le signe.
Comme vomit par la montagne, le carrosse s'offrait à son regard. Il y avait un campement aussi, des soldats et un feu.
Les feux, ça faisait bien fondre tout ce qui était gelé, non? Deirdre avait tellement à y jeter alors, membres engourdis comme sentiments...
Elle poursuivit sa marche, les joues un peu plus roses, le sang circulait de nouveau en elle, de même que l'espoir, mais l'espoir de quoi?
Que le signe la guide, le signe du Créateur.
Un homme sortit alors de la voiture, à présent que la jeune fille s'était rapprochée assez. Il portait la plus belle cape que Deirdre eut jamais vu et parlais comme un chevalier.
Du genre avec de la noblesse dans les mots, quoi, et il lui offrait de manger. Une offre qu'on ne pouvait pas décemment refuser....

Avec simplicité, non sans grâce car malgré ses allures, Deirdre en possédait, la jeune fille esquissa une révérence simple mais maîtrisée. Sa seule manière à elle d'apporter noblesse et poésie en réponse aux mots du baron à la si jolie cape....

”Je vous remercie de votre hospitalité, Messire, et l'accepte avec grand plaisir. On me nomme Deirdre.”Deirdre comment, Deirdre d'où? Un instant la jeune fille parut minuscule et perdue. Elle secoua la tête:”Deirdre tout court, j'en ai bien peur, je ne suis ni comtesse, ni baron, je suis...je suis chevalier errant. “
On ne pouvait pas posséder une aussi belle cape et rire de cela, du moins Deirdre l'espérait.

”Auriez-vous de l'eau, quelque chose pour me débarbouiller? Je suis un peu sale pour faire un convive acceptable. Et quelles histoires voulez vous entendre? J'en ai bien peu, à vrai dire je ne connais que celle du trépas d'un homme beaucoup trop noble pour ce monde....”

Qui méritait qu'on lui rende hommage une dernière fois avant que Deirdre ne quitte le pays de sa tombe. Orlaïs, le signe divin qu'était le baron ne lui indiquait-il pas d'aller en Orlaïs?

Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Baron de Vertbois
- Adeptes de Corypheus -
Messages : 374
Jeu 9 Aoû - 15:09
Un sourire se dessina sur les lèvres du noble quand il vit la jeune femme, fébrile, s'incliner devant lui. Ils n'étaient pas dans un cadre officiel, encore moins à un bal. La neige boueuse les environnait, et dans ce contexte, même s'il était Baron avant tout, le geste de l'inconnue le surprenait et le perturbait. La vie avait encore bien des choses à lui apprendre, en fin de compte. L'étrangère se présenta, visiblement peu à l'aise avec les principes d'éloquence. Octave nota chez elle un accent typique de Ferelden. « Je vous remercie de votre hospitalité, Messire, et l'accepte avec grand plaisir. On me nomme Deirdre ». Deirdre ? Un joli nom. Un peu rugueux, un peu sauvage, à l'instar des terres d'où elle venait probablement. « Deirdre tout court, j'en ai bien peur, je ne suis ni comtesse, ni baron, je suis...je suis chevalier errant. »
Le Baron haussa les sourcils et ravala un sourire hautain. Il la détailla un instant en silence, perplexe. Les chevaliers de Ferelden étaient souvent des nobles, et ils étaient souvent équipés d'armures. Elle n'était pas noble, de toute évidence, et ne portait à sa taille qu'une lame, un attirail bien maigre compte tenu de son statut. Bien, il éclaircirait cela plus tard. Il n'avait aucune envie d'inviter une mercenaire ou une coupe-jarrets à sa table, mais ses gardes étaient là pour la contenir en cas de faux pas. Aussi lui proposa-t-elle une place vers le feu, et un repas, en échange, il l'espérait, de quelques histoires distrayantes. « Auriez-vous de l'eau, quelque chose pour me débarbouiller? Je suis un peu sale pour faire un convive acceptable. Et quelles histoires voulez vous entendre? J'en ai bien peu, à vrai dire je ne connais que celle du trépas d'un homme beaucoup trop noble pour ce monde.... »
A ces paroles, ce ne fut pas du mépris camouflé mais un élan de pitié qui s'empara de lui, un sentiment avec le quel il était assez peu coutumier. Il se tourna vers le serviteur le plus proche. « Vous avez entendu Dame Deirdre : allez chercher une bassine d'eau. » L'homme masqué inclina la tête et s'en alla chercher le nécessaire au fond de la voiture endommagée. « Vous êtes la bienvenue ce soir, Dame Deirdre de Nulle-part. Je vous prie de croire que mes serviteurs vous traiteront avec respect. Il ne serait pas raisonnable de vous laisser repartir dans ces étendues désolées et hostiles dans votre état. » Les orlésiens n'aimaient pas les fereldiens, et l'inverse était aussi vrai. Cette rencontre n'allait probablement pas changer certains à priori, mais Octave avait un certain honneur, et s'il pouvait se moquer gentiment et être distrait par cette inconnue, la moindre des choses était de ne pas la laisser mourir dans le froid. Le serviteur arriva avec une bassine métallique à demie remplie d'eau, et une serviette propre, qu'il tendit à la jeune femme. Le Baron inclina la tête et se détourna pour s'installer près du feu, le moins qu'il pouvait faire en terme de pudeur. Il attendit en silence, les mains proches des flammes timides, jusqu'à ce qu'elle s'assoit enfin à ses côtés. « Vous mangerez bien avec moi, ma Dame ? Ce n'est pas grand chose, j'en ai peur, et un peu rustre de surcroît, mais je suis malheureusement immobilisé ici le temps que l'on vienne réparer mon carrosse. Les serviteurs et mes gardes mangeront après nous, ne vous inquiétez pas. »
Il fit un geste pour demander à ce qu'on leur serve deux écuelles de ce qui ressemblait à un ragoût, et qu'on leur donne une tranche de pain encore frais. Il cala son bol chaud entre ses jambes, et prit une bouchée de pain. Le froid était vif, mais le campement devait leur permettre de passer la nuit sans trop de difficultés. « Il ne serait pas très courtois que je vous demande de me raconter des histoires sans que je ne réponde non plus à vos questions. Je vous propose donc de faire un échange de bons procédés. Je répondrai à vos questions, si vous en avez, plus tard. Mais pour commencer, je serais curieux de savoir d'où vous venez et des raisons qui vous poussent ici, seulement accompagnée d'un... Mabari. » Regard discret vers le chien imposant, dégoulinant le bave, mais au regard vif. Il se disait que les Mabari étaient capables de comprendre les hommes, mais il n'en croyait pas un mot. « Pourquoi une Dame – c'est le titre qui convient pour les femmes Chevaliers dans votre pays, non ? - irait-elle seule en Orlaïs ? Comment êtes vous devenue Chevalier ? » Il prit une cuillère de ragoût et fronça les sourcils. « Je suis très curieux, vous l'aurez compris, Deirdre. »


Octave s'exprime en DarkOrange

Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Guerrière errante
- Civils -
Messages : 17
Ven 10 Aoû - 18:13
C'était plutôt sympathique d'avoir en face de soi une bassine d'eau qu'on ne vous jetait pas au visage, Deirdre appréciait ce genre de comportement courtois et civilisé. La jeune fille se saisit du bout de tissu un peu rêche qu'on lui tendait, commença à se débarbouiller le visage. Elle frottait fort, pour sûr, et si ça enlevait la crasse, c'était pas le cas de son air effronté.
Dans tous les cas, Deirdre avait l'occasion d'être bien plus propre qu'elle ne l'avait été depuis quelques jours. Des nages rapides dans des cours d'eau à l'abri des regards avec le chien pour lui garder ses affaires et l'épée non loin en guise de rencontres imprévues, c'était pas vraiment ce qu'on appelait des bains relaxants.
La seule coquetterie que la jeune fille se permettait, c'était ses cheveux: toujours propres, toujours plus ou moins attachés aussi. On pouvait pardonner un visage sale si d'autres détails montraient que vous étiez assez avancé intellectuellement pour prendre soin de vous en général, une des premières leçons du chevalier.
Faut dire que dans son village d'origine, les bains des gamins se faisaient dans la boue des cochons histoire de les fortifier un peu. Toute une éducation à refaire, comme on dit, quoiqu'avec Deirdre, ça n'avait pas été des plus compliqué. La boue, ça avait jamais été son truc....

Présentable à nouveau, elle revint à Octave. Devait-elle se réjouir que les serviteurs ne mangent pas en même temps qu'eux? Devait-elle simplement avoir une réaction? La jeune fille ne savait pas trop. Ces codes là n'étaient pas les siens et vivre seul tendait à vous faire oublier une certaine logique.
Finalement, elle s'assit face à l'homme à la cape, acceptant le bol de ragoût. Là encore, Deirdre n'avait pas eu de repas consistant de ce genre depuis des jours. Et puis le pain, du vrai pain, pas un rogaton noir et rassis comme ceux qu'elle choppait parfois et que même Errol ne parvenait à casser de ses crocs...

”Je suis devenue chevalier parce que je le désirais, Messire, tout en payant un prix beaucoup trop fort pour cela. “ Le bol était chaud entre ses mains, un instant il sembla à Deirdre que l'ombre de son maître s'avançait alors pour s'asseoir à leur côté et écouter lui aussi le récit de la jeune fille. Comme un conte, une histoire... Etait-ce ce qu'elle devait raconter?

”J'étais écuyer, j'ai appris à me servir d'une arme, à m'occuper du cheval de mon maître, des mabaris de sa meute, à tirer l'épée aussi, à avoir un jeu de jambes assez convenable pour survivre et ensuite assez convenable pour pouvoir être amélioré. Chaque chose en son temps, comme il convient à un apprentissage réussi... “

Elle ne pu empêcher un sourire, malgré le souvenir de corrections infligées puisque cela aussi faisait partie de l'éducation reçue. Elle en avait reçu, des bastonnades, dans son village d'origine, mais avec le chevalier elles avaient toujours un but qu'il s'efforçait de lui faire comprendre. Se faire tanner le cuir, ça apprenait à être fort, à supporter plus, ça apprenait aussi qu'il existait des points de non retour à ne pas dépasser. Parce que Deirdre resterait pas une enfant toute sa vie, que si elle ne faisait pas gaffe, les gens se contenteraient pas de quelques coups mais l'égorgeraient ou la pendraient haut et court selon la coutume de la région. Au choix....

”J'ai dû apprendre aussi à reconnaître les choses que je portais en moi, ces notions d'idéal et de courage, et à ne pas les confondre avec d'autres choses comme l'idiotie ou la témérité. Que la noblesse était une chose changeante également qu'il fallait manier avec subtilité... J'aurai dû apprendre la politique, au moins commencer, mais mon maître fut assassiné avant. La faute à des querelles politiques et des complots je suppose, mais vous devez connaître ce genre de trucs beaucoup mieux que moi.”

Et déjà, Deirdre craignait d'en avoir trop dit. Elle portait l'épée d'un homme mort, dès lors il était facile de l'imaginer l'avoir tué pour cela. Des histoires tragiques, ça arrivait, des traîtrises aussi. Deirdre n'avait pas trahi son maître, pas plus qu'elle n'avait su le protéger.

”Rien m'attend en Orlaïs, mais c'est une destination comme une autre pour fuir les hommes et les raccourcis faciles. Je possède rien à part ma vie, du coup je peux plus perdre grand chose... Ah mon tour, j'ai droit à une question vous l'avez-dit : où est-ce que vous avez eu votre cape? Vous accepteriez de me la donner?”



Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé

Une sauvageonne, des sauvageons [PV Deirdre]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Dragon Age Resurrection :: Sud de Thédas :: Ferelden-
Sauter vers: