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Une nuit n'est jamais complète (P.V Octave)

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Anonymous
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Ven 17 Aoû - 0:54
Noirceur des couleurs

Abords du domaine de Vertbois, début de nuit


Le soleil commence à s'effacer par delà les collines longeant le Lac Célestine. Un spectacle ayant le don de vous subjuguer, par la teinte multiple que peut prendre ce ciel, de l'orange au doux rosé. Elle a tant de mal à s'en détacher, à se rappeler qu'au delà de cette beauté, ce ciel est crevé. Crevé par un immense halo noir et grisâtre peu accueillant, là où se tenait le Saint Temple Cinéraire. Et cela lui fait mal. Mal de savoir qu'un jour, nombre de mages prêts à trouver la paix avec la Chantrie, les templiers, ont péri de la main d'une abomination se prenant pour un dieu.
Ses bras se rétractent, ses mains serrent ses propres chairs, lorsque lui vient l'image des templiers rouges. Toute une armée déferlant sur Darse, des soldats morts pour une cause noble. Et la voilà dans un domaine vinicole, où tout semble détaché du contexte de Thédas. Ou tout du moins en partie.

Car le domaine de Vertbois, semble être attaqué par le gris de la faille de Darse. Certains pieds sont en parfaite santé, offrant de superbes feuilles vertes, jeunes pour la plupart au vu de la période. Les vents frais et salvateurs viennent lentement les secouer et secouer par la même occasion cette inconnue, perdant son temps entre ces pieds de vignes synonyme d'espoir. Mais, le manque de taille, ou même d'arrangement de la terre rend sous ce coucher de soleil cette vue sombre et inquiétante. Comme si, on avait arraché de moitié l'existence de ce domaine.
Il suffit de relever la tête et poser ses yeux sur la bâtisse principale. Un manoir, aux pierres grises et à l'allure austère car peu entretenu. Oui, une sorte de charme d'apparence reste, mais toute personne lucide peut se douter qu'une sorte de malaise se dégage de l'ensemble. Comme ... la lettre d'Octave.
« Madame. Vous n'avez pas le droit de vous trouver dans ce vignoble. »
Une serviteur, sans doute venu faire le tour du vignoble ou quelque arrangement, la surprend de sa voix perçante et pincée. Sans doute croit-il qu'il s'agit d'une quidam venue saboter le concurrent. La jeune femme aux cheveux noirs s'avance alors vers le serviteur masqué qui plus en la voyant se rapprocher, plus se met dans une posture dédaigneuse et de défense.
« Veuillez m'excuser. Sauriez-vous où puis-je trouver Octave de Gautron ?
- Par Andrasté. Et pourquoi voudriez-vous le voir. Vous n'êtes qu'une ... »
- Qu'une quoi, je vous prie ?
- Qu'une femme de petite vie. »
Oh le serviteur a quelques idées concernant la venue d'une femme, auprès de son maître. Mais il attend tout de même que l'intéressée donne son explication. Qui sommes toutes risque d'être à ses yeux, peu plausible. Il déchante rapidement. Car la femme face à lui commence à se montrer agacée et à tenter de sortir des lanières de cuir de son serre taille une fiole. Il recule d'un pas lorsque celle-ci arrive non loin de son nez. Mais c'est trop tard. La brume lui fait tourner la tête et, en reculant d'un pas, celui-ci se manque et se retrouve affalé sur le sol.
« Pour échanger des politesses avec quelqu'un se montrant normalement moins condescendant que ses serviteurs. »
Quellcrist fronce les sourcils en regardant cet homme masqué, maintenant plongé dans un profond sommeil. Elle avait certes de la sympathie pour les gens du petit peuple, dont elle fait aussi partie,  mais quand ceux-ci ont les chevilles qui enflent, elle a le don de se montrer particulièrement inventive pour leur montrer qu'elle n'est pas plus catin qu'ils ne le sont.
« Voilà qui fera l'affaire. »
Contentée, la mage se relève, tenant dans l'une de ses mains l'un des habits de l'endormi. Puis, elle s'en va d'un pas léger vers le domaine en laissant un serviteur n'ayant que pour seul habit son masque et ses chausses. Le reste ayant été jeté dans une flaque de boue. Oh Siha avait dit que les shems se montraient mauvais envers les elfes, mais a-t-il seulement idée de ce que les shems font subit à d'autres shems. Personne n'est à l'abri de la bêtise et de la tyrannie de son prochain. Mais chose positive, demain, ce serviteur avec le fessier faisant face au lac, aura tôt fait de se montrer plus humble à l'avenir.

La voici devant l'entrée principale, se préparant à être une nouvelle fois accueillie avec peu de sympathie. Pourtant, personne ne semble passer dans l'allée menant au manoir. Non rien, le silence règne à un tel point que ça en deviendrait inquiétant. Par les ancêtres cette situation ne lui donne guère de raisons de se montrer positive quand à l'état d'Octave. Elle avance, faisant claquer ses bottes sur le pavé, avant de s'arrêter devant un vieux drapé. Même les armoiries, pourtant affublées d'un vert chatoyant et d'un cygne élégant semblent moroses.
« Excusez-moi. L'on m'a dit qu'un certain Octave de Gautron habitait dans un domaine viticole. Peut-être me suis-je trompée d'adresse. »
Personne ne répond. Quell lève les mains vers le ciel.
« Quelqu'un ? Personne ne voulant se tenir la main et regarder le ciel étoilé comme dans un de ses stupides romans parfumés à l'eau de rose ? »
Personne. Même du sarcasme ne semble pas éveiller les habitants de ce manoir, qui, au vu du serviteur rencontré précédemment auraient dû réagir, ou essayer de la débouter. Elle soupire et reprend sa marche pour arriver jusqu'au pas de la porte principale, d'où sortent d'étranges bruits parsemés de rires féminins et de pas pressés. Elle entre. Et reste au niveau du hall, posture droite, mains posées contre ses hanches. En somme, sur ses gardes. A-t-elle bien fait de venir, finalement.


Anonymous
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Ven 17 Aoû - 10:43
Octave était installé à son bureau, du haut de sa tour, les pieds confortablement étendus devant lui, un verre de vin blanc à la main. Le jour déclinait derrière la fenêtre qui donnait sur le lac Célestine, aux reflets d'argent, et la flamme timide d'une bougie, vacillante, assurait paisiblement la transition crépusculaire. La pièce était vide, une précaution nécessaire les rares moments où le gérant du domaine se retrouvait nez-à-nez avec le livre de comptes. C'était l'été, et donc le temps du bilan, qui ne pouvait, compte tenu du contexte, qu'être accablant. Ils avaient perdu les deux tiers des parcelles, et les économies de bouts de chandelle des années passées réduisait inexorablement le nombre de serviteurs et d'ouvriers qualifiés. Pas assez de main d’œuvre pour prévoir une bonne récolte cette année, et de fait, de nouveaux troubles en perspective. Heureusement, les caves du domaine étaient encore bien remplies, et pourraient permettre d'y pallier un temps, il l'espérait. Lui qui aurait tant voulu pour organiser des festivités d'exception, charmant ses hôtes par les fines saveurs de son vin savamment vieilli... Les choses s'arrangeraient peut-être dans les mois à venir, si ses projets venaient à voir le jour.
On toqua à sa porte, quatre coups secs. Un valet. « Eh bien, entrez ! » Un jeune homme ouvrit la porte avec révérence, et se figea dans une position quasi-militaire. Octave tiqua. Ce devait être son dernier valet-de-pied, il n'avait pas encore été correctement formé aux usages. Le vieux Pierre devrait veiller à cela, rapidement. « Monsieur De Gautron, une femme attend dans le hall. Elle n'a pas été annoncée, j'en ai peur. » Il le toisa en silence, le visage inexpressif. « Faites là donc attendre, dans le salon Nord. Évitez autant que possible l'aile des invités. » Le valet s'inclina. « Bien entendu Monsieur, tout de suite Monsieur. » Octave haussa la voix. « Et rendez vous chez Pierre juste après, mon garçon ! Il est grand temps de remédier à vos manières ! » Le valet disparut en hâte, laissant Octave à nouveau seul. Une femme non annoncée... Il espérait qu'il ne s'agissait pas d'une visite courtoise, sans quoi il aurait bien du mal à expliquer certaines choses. Il mit son masque et se leva à son tour pour rejoindre son invitée surprise.
Le salon Nord avait pour intérêt d'être à l'écart du reste de la grande demeure, un endroit parfait pour lire un livre ou jouer aux échecs, se prélassant dans un grand fauteuil en cuir, et profitant de la vue sur le lac Célestine. Ce n'était pas le plus romantique ceci-dit, mais ses derniers étaient... occupés. Le Baron, décidé à faire entrer des fonds, avait pensé à rénover quelques vieilles bâtisses de Vertbois pour en faire quelques bordels. Il passait pour un noble de basse moralité, certes, mais c'était une solution efficace. Le soucis étant que les travaux prenaient du temps pour que les lieux soient à la hauteur d'une clientèle exigeante, et qu'en attendant... Eh bien, il avait mis à disposition une partie du manoir à ses filles de joie, et invité quelques amis pour en profiter en toute quiétude. Une solution temporaire, mais contraignante, pour un gentilhomme de sa sorte. Il longea un long couloir et arriva enfin dans le salon, où se tenait son invitée surprise.
Octave s'arrêta net une seconde en découvrant le visage de Quellcrist, fermé, devant lui. Eh bien, elle était venue, du coup. Sans s'annoncer cependant. Il lui adressa un sourire et s'inclina devant elle avec déférence. « Ma Dame, quel plaisir de vous voir enfin ! Prenez place, je vous en prie ! » Il désigna un fauteuil, et s'installa en face d'elle, posément. D'un geste sûr, il retira son masque blanc pour le poser sur une table basse à côté de lui. La mage faisait partie de ces personnes qui ne l'avaient jamais vue avec, et le garder dans ces circonstances semblait assez étrange, un peu trop froid peut-être. Ses yeux fixèrent ceux de Quellcrist, et il hésita un instant, avant de reprendre. « Vous auriez du me prévenir que vous passiez par mon humble domaine, j'aurais pris des dispositions pour vous accueillir dignement. J'ai peur d'avoir lamentablement manqué à un autre de mes devoirs, j'en suis chagriné. Si vous le voulez bien, des serviteurs vous prépareront une chambre pour la nuit, et je vais faire le nécessaire pour le repas. » Il fit un geste à une servante de s'avancer, et échangea quelques mots avec elle. Cette dernière s'inclina et quitta la pièce en silence, avec l'ensemble du personnel présent. Il se retourna à nouveau vers la mage, un large sourire sur le visage. « Avez-vous fait bonne route, ma chère ? Vous avez du voir le lac Célestine sous un de ses plus beaux jours, au moment du coucher de soleil ! Je vous envie en cela, il me tarde de retrouver ses rives chantantes. Mais, ces préoccupations ne sont que superflues face à la question qui me brûle les lèvres : comment vous portez vous, ma Dame ? »

Anonymous
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Ven 17 Aoû - 14:38
Noirceur des couleurs


Finalement, alors que sa curiosité commençait à prendre doucement le pas sur sa patience et sa politesse, un serviteur arrive et bloque ainsi, ses envies de découvrir à qui appartiennent ces si doux gloussements. Celui-ci l'invite à le suivre, à l'opposé de cette fameuse pièce à bruits intrigante, ou plutôt suspecte. Après une marche quelque peu forcée, pour sans doute éviter que la jeune femme ne s'intéresse à certaines portes, le valet lui présente la Salle Nord, et de bien vouloir attendre le maître des lieux ici, avec un sourire quelque peu faussé. Quellcrist n'en tient pas rigueur, bien qu'elle sente que quelque chose ne va pas. Quand bien même cette pièce agencée avec sobriété et donnant une vue superbe sur le lac peut paraître apaisante, une personne un tant soi peu lucide remarque aussi le côté caché, intime, sombre. Comme si l'on voulait l'amener dans un aspect plus personnel. Chose qui braque immédiatement la mage, se contentant de fixer le lac et sa nouvelle dimension, sous ce ciel presque bordé de l'épais voile de bleu nuit.

Ses doigts gantés viennent flirter sur le verre, de manière inconsciente. Cela lui rappelle sa vie dans le Cercle de Ghislain. De voir l'extérieur, sans jamais pouvoir y mettre un pied, et de pleurer ce rêve, durant chaque jour d'enfermement. Des pas viennent arrêter net cette légère mélancolie, l'obligeant en plus à se montrer plus ferme et froide. De plus, la vue d'Octave paré d'un masque la refroidit, comme si celui-ci s'attendait à devoir face à l'un de ces adeptes du Jeu. Mais comment peut-on lui en vouloir. Quellcrist est arrivée sans prévenir. Elle s'incline à son tour, poliment, en adressant tout de même à son interlocuteur un léger sourire.
« Le plaisir est partagé, cher Octave. »
Maintenant assise, après sa galante invitation, la mage l'écoute avec attention et une certaine tendresse. Elle reconnaît certains de ses traits, quelques joies qui lui sont coutumières, mais son coeur semble lui indiquer toute autre chose.
« Ne vous excusez point de ce dont vous n'êtes pas responsable, cher Octave. À vrai dire, je voulais vous découvrir et découvrir votre propriété sous l'angle qui vous sied habituellement. »
Malgré sa sympathie pour De Gautron, et leurs échanges d'esprit sur la politique ou bien la condition humaine quotidienne, elle n'en reste pas moins méfiante, à l'égard des jeux des nobles sur les apparences. Ses sourcils se s'arquent, à l'idée de devoir rester ici pour la nuit.
« Eh bien. Ce rattrapage me semble démesuré par rapport à votre faute. J'ai la forte impression que cela relève soudainement de l'excuse pour me garder bien plus que quelques heures dans ce salon. »
Cette fois, elle ne peut s'empêcher de le chercher, comme dans leurs souvenirs.
« Si je reste, devrais-je éviter certaines pièces, à certaines heures. Bien que j'aie quelques peurs de gêner certaines personnes dans leur soirée. »
Octave peut sentir qu'elle n'est pas dupe. Bien trop raisonnée pour croire qu'un gloussement féminin est un meuble qui crisse. Le sourire de Quellcrist se fait d'ailleurs bien plus large, et teinté d'un certain contentement.

« Je vais bien. Bien mieux que vous, qui laissez sous entendre que vous n'avez eu guère le loisir de respirer l'air frais depuis des mois. »
Elle ne cesse de le fixer, de le détailler, remarquant que son allure chétive est bien plus marquée. Est-ce le jeu d'ombres, ou bien a-t-il perdu du poids ?
« Je voyage beaucoup, même trop selon les dires de certains de mes proches, mais cela sert à maintenir l'affaire, et à ne pas nous retrouver dans le besoin de favoriser par notre argent certains commerçants. L'idée commence d'ailleurs à intéresser certaines personnes. »
Tout bon commerçant, lorsque celui-ci se retrouve sur un gros coup, se doit de garder le mystère sur le dit filon. Même si en vrai, elle n'est pas commerçante. C'est un soucis de survie de toute la communauté.
« Peut-être qu'investir vous aurait aidé à trouver quelques solutions à vos problèmes. Mais ne parlons pas affaires. »
Elle se penche vers lui, dans un but de rapprocher son corps et ses yeux de l'homme dépourvu de son masque de circonstances.
« Ce n'est pas à cet Octave que je veux parler. Mais à celui qui sait se montrer sensible et humain. Et qui fait qu'aujourd'hui je sois assise dans ce canapé. »


Anonymous
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Mar 21 Aoû - 13:47
Octave n'était pas un débutant dans les jeux sociaux, et il était plus qu'évident à ses yeux que la mage restait perplexe quant à son arrivée, s'il n'y avait que cela. De ce qu'il avait vu d'elle, Quellcrist n'était pas genre à user de faux semblants, ce qui facilitait les conversations par moments. Cependant, elle avait l’œil aussi vif que l'esprit, et était très capable de le mettre en difficulté dans un terrain qu'il ne maîtrisait pas, car pris au dépourvu. Ce qu'elle fit d'ailleurs très vite, sans mâcher ses mots. Octave sourit et attendit qu'une servante arrive dans la salle pour apporter un plateau de rafraîchissements (une bouteille de vin blanc et une carafe de citronnade). Dès qu'elle fut partie, Octave commença à servir des verres et répondit posément : « Ma Dame, j'osais espérer que si vous étiez prête à braver les dangers de ce monde pour vous rendre jusqu'ici, vous aviez l'intention de passer au moins la nuit. Me suis trompé ? » Il tendit un verre de vin à Quellcrist et en prit un, qu'il porta avec douceur à ses lèvres pour en savourer la fraîcheur. Il hésita à continuer sur sa lancée pour trouver une explication aux bruits qui avaient du filtrer des murs du manoir, mais s'abstint. Un moment plus opportun se présenterait sans doute plus tard, il le faudrait, car il n'osait pas espérer qu'elle oublie.
Le Baron écouta attentivement son invitée tout en sirotant tranquillement son verre, les jambes étendues devant lui. Elle avait un cheminement dans ses idées, et ses questions servaient à appuyer certains points, comme il s'en souvenait d'ailleurs. Par instants, son regard se perdait dans certains recoins de son interlocutrice, mais il s'efforçait de se maintenir. Ce n'était pas convenable pour un gentilhomme. La Grâce était tentante cependant, et plus encore quand elle se pencha vers lui pour conclure. Des mots justes, perturbants, qui résonnèrent dans sa tête. Il se pencha à son tour vers elle, et approcha son visage à une distance qui frôlait le déraisonnable. Son verre se posa sur la table dans un nouveau sourire, et il recula. « Ma Dame, vos paroles me touchent et me blessent à la fois. A vous entendre, j'ai l'impression de n'être que le pâle reflet de celui que vous avez rencontré, il y a a peine plus d'un an ! Or, s'il est vrai que les circonstances n'ont pas été tendres à mon égard, je puis vous affirmer que je suis toujours le même, celui qui marchait pieds nus et qui riait encore de la bienséance. » Son regard se posa un instant sur sa tenue, de soie et de broderies, et il hocha la tête. « Un déguisement ne change pas l'homme, j'ose le croire. Je ne suis pas idiot cependant, et je pense que vos questions sont sincères, empruntes de soucis. Oui, je ne vous l'ai pas caché, les temps sont durs, et il me faut être parfois inventif pour me permettre de conserver mon héritage. Je souhaite simplement vous éviter cela pour le moment, car nous savons tous les deux que vos problèmes sont plus grands et pressants que les miens. Je préfère faire renaître de la lumière à mon cœur en vous voyant rire et sourire qu'à m'éterniser sur des faits passés. En suis-je moins l'Octave que vous connaissez ? J'ose espérer que non... »
Son sourire tressaillit un instant avant de s'évanouir, et ses yeux se plongèrent dans ceux, perçants, de la mage. Il baissa les yeux au bout d'un moment, et mit fin au silence pesant. « Je pense que nous devrions parler affaire avant tout le reste, pour m'éviter d'aborder le sujet plus tard, si vous me le permettez. Je suis sensible, vous le savez sans doute, à votre cause, car je crois au droit pour chacun d'écrire son destin, et que ce droit, pourtant majeur ! - vous est spolié. Je suis prêt à vous faire parvenir régulièrement quelques fournitures, qui ne pèseraient pas trop, je vous assure, sur mon mode de vie ou sur celui de ceux qui m'entourent. Disons que cela me ferait plaisir, car j'ai foi en vous. » Ses lèvres s'étirèrent à nouveau, et il se passa rapidement la main sur sa courte barbe, comme pour chasser les résidus de tristesse qui restaient ancrés en lui. « Un simple dîner ne sera jamais à la hauteur d'un précieux moment passé avec vous Quellcrist, aussi je suis décidé à vous proposer quelque chose. Vous voulez me faire sortir, et j'ai hâte de vous montrer mon domaine. Que diriez-vous que nous emportions de quoi manger plus simplement, dehors, que je puisse profiter avec vous de l'air frais et de l'odeur des vignes, pourquoi pas sous la vigilance des étoiles dont je vous parle tant ! Et je vous fait le serment solennel de répondre avec franchise à toutes vos questions, si vous acceptez, car je sais que ce souvenir de vous hantera mes pensées longtemps encore, qu'il me portera ! Qu'en dites-vous, ma chère ? »

Anonymous
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Mer 22 Aoû - 19:50
Noirceur des couleurs


Que dire. Que faire, lorsque vous êtes pris dans un tourbillon de faux semblants, de jeux de cours orlésienne, de mages comptant sur vous et de généreuse hospitalité. Quellcrist ne peut le nier, son coeur balance entre tellement de sentiments quand celle-ci se retrouve en face d'Octave. Car il a cette facétie, cette fluidité dans le mot et dans les gestes, qui ont tôt fait de vous déstabiliser dans vos mélancolies. Bien que celles de la mage pèsent de plus en plus lourdement, quand celui-ci parle du fait qu'il serait moins l'Octave de Gautron, coureur de jupons, adepte du verbe et tout de même respectueux envers ceux qu'il accepte dans ses proches, qu'elle a connu. Que ce soit à Val Royeaux ou quelques lettres ... avant le grand silence. Elle aurait pu briser le verre entre ses gants quand celui-ci s'est rapproché d'elle, faire gicler le liquide et tâcher les tapis à leurs pieds, tant il lui rappelle à quel point elle chemine sur un fil bien fin. Mais elle se retient, restant droite et la plus imperturbable possible.
« J'ai peine à vous croire. Concernant l'habit, ou bien le masque. Que l'on soit templier ou noble, l'armure et les apparats ne font pas de vous ces fonctions, que nous vantent la Chantrie, les adeptes de définitions, ou bien les historiens. Merci pour le vin. »
La jeune femme enlève ses gants de cuir, pour toucher le verre de ses doigts et apprécier à plus juste valeur le breuvage que lui a servi Octave. Cela ne l'empêche pas pour autant de fixer le noble de Gautron, avec bien plus d'intensité qu'auparavant. Elle scrute, perçoit, réfléchit silencieusement pendant que celui-ci clame, ou se prête à repartir sur le sujet des affaires, comme pour échapper à des sujets fâcheux. Lorsque l'on a vécu dans un Cercle, ce genre d'observations deviennent une partie de vous. Que ce soit pour aider, ou bien survivre.
« Octave ... »
Mais elle se tait et soupire. Il sait qu'elle est mage, il connaît les projets de sa communauté. Cependant, jamais elle n'a voulu lui dire où se trouvait le campement. Quand bien même il dit se porter garant, et sincère, elle ne peut pas. Toujours pas. Ce n'est pas qu'une question d'égards envers un homme charmant et volontaire qu'elle ne peut accepter, mais aussi pour protéger cette quinzaine de mages de ce qui pourrait les entraîner vers autre chose que leur envie d'indépendance.
« Je sais que ce genre de cause vous tient à coeur ... mais je ne puis m'engager à parler au nom de tous. »
Elle prend une très légère gorgée de ce vin tannique, d'où découle quelques saveurs de fruits rouges lors de la mise en bouche. La descente dans la gorge est nerveuse, bien qu'elle reste agréable. Quel dommage de savoir un vin aussi bien équilibré, dans une passe si morne.
« Les erreurs. » , dit-elle en posant son verre, puis elle se lève et se sert non loin de lui cette citronnade dans un autre. « Les erreurs sont une part importante de notre existence. Je ne blâme pas les autres d'en faire, pour peu qu'elles n'occasionnent pas la mort de leur prochain, ou bien leur soumission. Mais j'ai tendance à les mêler avec mes souvenirs et ma vie. C'est de cet assemblage que naît ce que l'on appelle l'expérience. »
Quellcrist fixe un moment le mur en agitant de manière inconsciente le breuvage acidulé mais rafraîchissant. De l'autre, ses doigts maintenant nus viennent caresser le cuir de l'assise de cher et tendre interlocuteur.
« Je préfère connaître leur opinion. Il est préférable de mourir que de vivre en sachant que vous avez sûrement fait une erreur requérant le pardon d'autrui. »
En cet instant, elle pense au templier l'ayant écharpée, tuée à petit feu. Ce qui a effacé peu à peu cette fille grandiloquente et pleine de vie, prête à aller volontairement à l'aventure avec ses collègues chevaliers. Un jour, elle en est sûre, elle retrouvera cette enflure qui a détruit ce qu'elle était.

La perspective de sortir avec lui, éveille en elle quelques émois perdus, de ses sorties en tant qu'aspirante chevalier enchanteur, des souvenirs heureux mais diffus, à cause des horreurs subies. Elle tente de se ragaillardir en faisant preuve d'un peu d'esprit et de moquerie à l'égard du noble qu'elle regarde à présent en coin.
« De plus, si nous parlons vraiment affaires, je serai obligée de faire preuve de grâce irraisonnable, de vous appeler Messire de Gautron, et de me montrer la plus doucereuse possible, afin de vous cacher mon commerce de sang de vierge et de queues de triton sous une pluie d'elfidée royale et de fruits riches en jus. »
La jeune femme ne peut s'empêcher de lâcher un léger rire, se moquant de ce brossé de tableau grotesque, qui ne lui irait sûrement pas, d'ailleurs. Elle s'avance vers la porte d'où est venu Octave et l'ouvre, puis, fait quelques pas, se fige, tourne légèrement du bassin pour rencontrer possiblement le regard atterré d'Octave.
« Eh bien. Dois-je ouvrir le pas dans votre propre maison Messire de Gautron ? M'est avis que si je m'y tente, je risque d'avoir quelques surprises. »
Elle boit le reste de sa citronnade cul sec, avant de continuer son début de marche, et tenter ainsi de percer le mystère de ces gloussements qu'elle entend de nouveau, à moitié de marche dans ce couloir.


Anonymous
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Mar 30 Oct - 16:30
Octave ne bougea pas, immobile dans son fauteuil de cuir, les jambes étendues devant lui avec une certaine élégance. Son visage ainsi dénudé était impassible, les timides lueurs du feu de cheminée allant et venant sur ses arrêtes sèches. Il avait vieilli certes, dans les profondeurs de son regard et les contours de ses joues, habitées désormais par des poils courts et rêches, mais gardait l'allure d'un tout jeune homme, un noble d'une vingtaine d'années. Un sentiment mitigé courait dans ses veines, une certaine incertitude de savoir comment réagir à ces nombreux sous-entendus. D'un côté, le nobliau nourrissait une certaine affection pour la mage aux cheveux de jais, et il se plaisait à l'affronter verbalement car elle était un des rares esprits assez acérés pour lui donner du fil à retordre, et un sacré caractère pour le diriger. De l'autre, il avait fait amende honorable, s'était comporté en bon hôte, avait fait de nombreux efforts pour afficher sa bonne foi, et elle continuait de l'écarter poliment d'un revers de main. De plus, elle insinuait à plusieurs reprises qu'il pouvait être sur une pente dangereuse. L'était-il ? Clairement. Mais il savait cacher son Jeu, et si la plupart des nobles de sa chère nation ne savaient pas lire dans sa posture, cette mage y parvenait avec une certaine lucidité. Elle était donc une menace à ce devenir, et il la détestait pour cela, la détestait aussi parce qu'elle était prête à se mettre sur son chemin alors qu'il faisait tout pour l'écarter, pour qu'elle ne fasse pas partie des dommages collatéraux des retombées probables de ses futures tentatives. De fait, il était partagé entre la colère et l'agacement et le rire rassurant, bienveillant.
Son éducation prit le pas sur son humeur, et en bon hôte, le jeune homme inclina sa tête avec un sourire poli. Il finit son verre d'une traite et le posa avec douceur sur la table, avant de se lever pour tendre son bras à son amie. « Vous avez de nombreuses qualités ma chère, mais avec tout les efforts possibles, vous ne pourriez jamais être vraiment crédible en noble orlésienne. Je vous en prie, restons en donc à Octave : mon nom véhicule mon statut et mon titre, et il s'agit d'un homme tout autre que vous appelez par vos vœux. Ce soir, je ne suis qu'Octave l'insolent, ou le va-nu-pieds, à votre aise. » Il s’inclina maladroitement dans un simulacre comique de bienséance, et hota ses chaussures. Ainsi prêt, il commença à guider Quellcrist par les chemins les plus sûrs, ne manquant pas de demander au personnel curieux de leur faire apporter un pique-nique un peu plus tard, la nuit tombée, sur la butte qui dominait les vignes du domaine. Pas un mot ne sortit sur les bruits étranges du manoir. Même si la perspective de lui expliquer qu'il ne disposait pas d'un harem de courtisanes attendant lascivement qu'il vienne assouvir ses pulsions dans leurs bras, ses explications risquaient d'être mal prises. On qualifiait vite les nobles orlésiens de tous les maux, et ce genre d'affaire n'était pas du genre à s'attirer de bonnes grâces. Par deux fois cependant avant de sortir dans le jardin tant espéré, des gloussements faillirent arriver avec leurs oreilles avec trop de netteté pour qu'aucun des deux ne puisse feindre de les ignorer. Octave maudit en silence ses employées, qui ne savaient décidément pas se tenir.
L'herbe était chaude au pied et la terre souple et légère, et on humait le parfum du raisin en train de mûrir, en devenir. « Le raisin est un fruit fabuleux. Vert, il est encore trop petit, trop dur, plein d'amertume. Et voilà que gorgé de soleil, de temps, de bonnes attentions, il prend peu à peu son ampleur et s'épanouit. Il gagne en finesse, son goût se développe, il devient un fruit complexe. La Nature ne sait pas mentir, et elle nous met face à ce que l'on ne peut nier. Sagesse éternelle, elle apporte ses leçons aussi, à qui est assez éveillé pour les lire, pour penser en métaphores. » Il effleura une grappe du bout des doigts. « Nous portons dans ma famille la couleur verte sur nos blasons, marque de cet héritage. Le vert symbolise pour nous le renouveau, la renaissance, et la foi, l'amour et la confiance portée à chaque génération pour qu'elle s'épanouisse à son tour et rayonne. » Sourire en coin, regard espiègle. « Je viens d'une mauvaise grappe. » Avec un certain entrain, il entreprit de guider la mage vers la butte qui dominait son domaine, passant à toute vitesse entre deux rangées de vignes, lançant parfois subrepticement quelques raisins dans les longs cheveux de sa charmante compagnie. Puis, s'arrêtant net, il montra avec un geste théâtral la vue imprenable sur le lac Célestine, et le soleil qui finissait sa descente sous les eaux d'argent, apportant avec lui cette couleur si particulière, scène de prédilection de nombreux tableaux orlésiens (souvent ratés par ailleurs).
S'asseyant face à ce spectacle, un léger sourire ne quittant pas ses lèvres, Octave reprit la parole. « J'aurais voulu vous séduire que je n'aurai su choisir meilleur endroit pour cela. Mais je ne pense pas qu'un simple point de vue, fut-il d'une grande beauté, vous fasse si aisément tomber dans mes bras. Mon charme, en revanche, ne saurait vous laisser indifférente, si ? » Ses yeux croisèrent ceux de Quellcrist, et son sourire s'agrandit. « Un lieu parfait pour un sombre rituel avec du sang de vierge, si vous voulez. Je peux vous le louer une soirée. » Un lieu parfait. Il y avait parlé avec un homme, quelques mois plus tôt. Il était mage lui aussi. Ce n'était clairement pas le genre de présence à évoquer ce soir non plus. « N'est-ce pas agréable de passer des moments simples avec des gens simples ? » Une bonne pique pour relancer le débat, si ses dernières n'étaient pas suffisantes. Et si Quellcrist jugeait préférable d'attendre l'obscurité avant de lui sauter dessus.

Anonymous
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Dim 11 Nov - 0:24
Noirceur des couleurs

On se laisse bercer par l’amour sans dire un mot bien que jamais il ne semble le même. Il prend les mains de la tendresse, le visage de la haine, les rires de l’amitié, les bouches de la passion, le regard de l’indifférence et tant d'autres choses. On l'évite car celui-ci ébranle nos responsabilités, nous floue de notre destinée et nous arrache à nos objectifs premiers. Car il va prendre, prendre sans cesse tout ce qu'on se refuse à lui donner. Il va faire éclater les serrures de nos coffrets, prendre les plus précieuses choses en naviguant, tanguant sans cesse dans des hâtes, des moments de patience forcée, ou des jours et nuits affolés de transes, ainsi que du calme plat teinté de vide.
Quellcrist revoit. Elle revoit son visage de mage du Cercle, celui d'apprentie chevalier enchanteur, de femme meurtrie, celui de la mage traquée avec son groupe, puis celui imposé de responsable d'une communauté. Certains subsistent dans de légères flammes violacées ou rougies, d'autres sont déjà noyés. En ce moment quand Octave parle, elle ne sent aucun des visages faire surface, comme si un nouveau s'était insidieusement formé et n'attendait que le bon moment pour se montrer. Toujours avec les traits froids, implacables, cinglants. Mais avec des touches rondes et des vagues de sourires.

Car aussi apaisant que soit Octave, aussi belle que soit son illusion, le coeur de la mage libertaire sent. Le mensonge et l'indifférence l'ont sacrifiée à vie. Même si elle lève les yeux vers le plafond et sourit brièvement à la remarque du noble concernant son incapacité à participer au noble jeu, sport des plus riches de son pays, elle n'est pas dupe. De nouveau, elle entend ces gloussements et faiblement, ses yeux se plissent. Heureusement le noble ne peut le voir étant donné que sa compagne de soirée pose ses yeux sur autre chose que la zone d'où provient ce bruit, et ne rencontre guère son regard.
Enfin, ils arrivent à l'extérieur. Le poids sur les épaules de la jeune femme s'évaporent alors qu'une légère brise vient secouer sa chevelure et faire frissonner sa peau. Pas aussi courageuse qu'Octave, ou bien à l'aise de contact avec une terre inconnue, Quellcrist reste dans ses bottes. Cela ne l'empêche pas d'observer avec quelle passion De Gautron parle de son vignoble
« J'ai déjà eu affaire à des piquettes faites de raisin et de coupé de pomme mûre pour rajouter des arômes en vogue. Malheureusement, je n'ai guère eu la chance de toucher à ce genre de breuvage au vu de la légèreté de mon pécule. »
Cela fait un peu gauche et choquant pour les hautes sphères, mais la dame n'est guère du genre à éviter de montrer ses impressions pour un faire paraître. Ces femmes qui prennent des apparences autres la révulsent, mais elle les admire dans le fait de maintenir cette tenue. Quand Octave effleure du bout des doigts ces grains, la mage ne peut s'empêcher de s'adoucir, et de perdre ses traits intimidants. On sent qu'il tient à tout cela. Et il se perd en voulant le garder. Elle remonte lentement ses yeux bleus aux faux accents violets le long du bras fin pour ensuite le fixer, et voir qu'il la regarde, aussi.
« Au moins vous n'avez pas réussi à contaminer tout le vignoble. »
Deux sourires en coin pour le prix d'un.

Presque comme deux enfants emprisonnés dans des corps d'adultes, l'un plus jeune et l'autre plus vieille, ils se chinent, soupirent, lâchent quelques petits rires alors que des grains de raisins parsèment leur chemin. Certains sont mangés par la plus grande tandis que le plus "petit" continue de semer ses fruits. Elle les croque, apprécie ce moment où pour une fois elle n'est pas obligée de rester stricte et distante. Mais le côté tannique du jus, l'assèchement de sa bouche et de sa gorge lui rappelle aussi qu'il ne faut pas faire confiance. Sinon elle se perdra, le regrettera. Encore une fois. Le spectacle du coucher de soleil lui semble soudainement bien fade, et en regardant Octave, elle se sent vide, impuissante. C'est impossible, de le soutirer à ce qui l'attend donc. Elle ne reverra plus celui qui lui a offert scylla, elle doit se faire une raison.
Ne montrant rien du mal qui l'habite, Quellcrist hausse les sourcils, penche la tête de chaque côté comme ces nobles ou argentés qui se complaisent à donner l'avis sur une pièce d'art.
« Octave, Octave, Octave ... Vous croyez qu'en m'ayant attaquée à coups de grains de raisin je deviendrai saoule de vous ? J'avouerai cependant que cet endroit est magnifique. Comme vous. »
Regard perçant, voix modulée aux doux aspects graves, chaque mot est posé pour donner plus de place à ce constat. Semblant si proche en sentiments, mais aussi si lointain. Vient ensuite la remarque sur la magie du sang qui ne manque pas de faire rouler immédiatement des yeux la jeune femme aux cheveux d'opale.
« Voilà un nouveau moyen détourné pour que je ne vous oublie pas. Après un faucon ... des vierges et du vin. »
Elle s'avance, vient aux côtés d'Octave et regarde le coeur lourd le soleil disparaître peu à peu derrière les collines, les arbres, et éteindre ses feux. Elle remarque qu'elle a oublié ses gants dans ce salon, laissé on ne sait où le verre de citronnade. Ses doigts nus, menus montrent leur nervosité et leur inquiétude, malgré leur agilité et leur grâce à lancer des sorts dangereux. Et Octave de sa remarque ne fait que semer un peu plus de trouble. Elle reste un moment silencieuse, pensive, et la bouche entrouverte vers cet horizon beau et mélancolique à la fois. Vient ensuite sa voix.
« Je ne sais pas, Octave. Peut-on se considérer simple quand l'enfance nous a quitté. Peut-on se voir honnête et courageux quand l'on a perdu des liens, une intimité, des aspects de notre construction d'être. »
Ah philosophie quand tu nous tiens ... Quellcrist soupire et vient passer une main dans ses cheveux en signe de résignation et de dégout pour ces choses qui empoisonnent une vie pour avoir sa part.
« N'est-ce pas triste de savoir qu'une passion peut naître d'un mensonge. »
Elle empoigne ces mèches noires, comme pour s'agripper à une branche d'arbre et échapper à l'inondation. Puis elle lâche un petit souffle, mesquin, taquin, aigüe, grave, tout dépend l'interprétation que l'on veut lui donner.

Les serviteurs viennent à point nommé. De leurs petits pas, de quelques cliquetis provenant du panier de repas, ils cassent cette hésitation, cette confusion qui naissait en Quellcrist qui, commençait à regarder le beau noble blond avec une certaine envie, malgré l'allure mélancolique qu'elle arborait. Elle se détourne de lui et regarde donc ces deux personnes vouant leur service au maître arriver par un chemin moins éprouvant que celui pris par Octave.
« Eh bien. Je vois que vos serviteurs ont l'habitude de venir ici. En toute simplicité. »
Ceux-ci font fi de la remarque, bien qu'elle les ébranle intérieurement. Car ils sont intimidés et se demandent très franchement comment Octave peut arriver à maîtriser une femme aussi vive d'esprit jusqu'à cette extension. Quellcrist les remercie et prend le panier avant de leur donner congé avec plus de douceur qu'à leur arrivée. Une fois les deux âmes hors de leur champ de vision, la mage se retourne et s'agenouille pour commencer à sortir peu à peu ce qui a été préparé. En voyant le contenu, fait d'une part de pâté, d'un bouillon au plat enroulé dans un tissu, de salade (enfin elle pense qu'il s'agit de salade, même si elle semble bien marron de feuille) de quelques fruits, de deux bouteilles de vin, et d'autre part de choses dont elle n'a absolument pas l'habitude, elle ne peut s'empêcher de lâcher un petit rire, qu'elle étouffe quelque peu de sa paume de main.
« Vos invités doivent être aux anges. Tandis que moi, je suis dans une grande incompréhension culinaire. »
Elle sort du bout des doigts un carré de viande en gelée, ne sachant absolument pas ce que c'est. Il s'agit de jambonneau. Mais elle ne connaît pas le nom, et semble assez hésitante à goûter cette ... chose.
« J'ai atteint le summum de la simplicité. »
Quellcrist repose ce soi disant met dans le panier, peu convaincue voir perplexe. Elle se détourne ensuite du panier pour enlever ses grandes bottes pour libérer ses jambes et surtout s'astreindre à ne pas céder. Ou si. Mais pas tout de suite. Même si le regret la pèse au ventre et aux épaules.


Anonymous
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Jeu 15 Nov - 17:00
Octave observa, le teint bercé d'amusement, le visage déconfit de Quellcrist à la vue du frugal repas qui venait de leur être apporté. Il l'observa un moment, profitant du silence précieux, un de ceux, purs, qui passent parfois entre deux être, et emportent avec eux leur lot de non dits. L'air frais lui chantait sa douceur, et partout son regard n'en voyait que l'éclat, doux et apaisant. Bien moins de risques ici, bien moins de pression. Il pouvait se croire de passage à Velun, encore étudiant à l'Université d'Orlaïs, et entendre au loin les conversations d'amis de la famille, les derniers. Les vrais amis en somme, les plus purs, ceux qui acceptent de braver les rumeurs pour continuer de voir ceux qu'ils aiment. En avait-il aujourd'hui, des amis comme ceux-là ? Plus tant que ça.
« Vos invités doivent être aux anges. Tandis que moi, je suis dans une grande incompréhension culinaire. » Il prit un air embarrassé et lui servit son plus beau regard fuyant. « J'ai atteint le summum de la simplicité. » Ses yeux se posèrent sur le morceau de jambonneau délicatement effleuré par son invitée, et il ne put s'empêcher de se retenir de sourire plus longtemps. Sa main plongea à son tour dans le panier, et il en sortit une miche de pain et du fromage à pâte sèche avant de les mettre en évidence à côté du premier met, sur la nappe. « Voici du pain, fabriqué par nos soins avec la farine qui est faite un peu plus loin, de blé et de seigle d'un honnête paysan. Le pain est un met courant, je crois bien en avoir déjà vu en Ferelden ou au Nevarra, et il peut se servir en tranches, ou en le rompant simplement. Comme ceci. » Sans perdre son sérieux, le Baron joignit le geste à la parole, et tendit un morceau de pain à Quellcrist.  « Seul, le pain peut servir de repas, mais il est souvent de meilleur ton de l'accompagner d'un autre met, comme de fromage – vous verrez, c'est très bon – ou d'un morceau de jambonneau, qui ressemble fort, je vous l'accorde, à du pâté de tête. Il se peut, se faisant, que vous ayez soif, et pour cela, nous prévoyons en général du bouillon ou du vin, en fonction de votre envie. Je me dois de vous prévenir, je ne crois pas cependant pas avoir vu d'eau à Vertbois depuis quelques décennies. » Sa démonstration terminée, il se permit enfin de s'abandonner au rire. « Vous vous y ferez, vous verrez ! Un jour, nous pourrons même envisager d'aller ensemble à un véritable dîner orlésien, mal-pratique au possible mais délicieux ! » Ses yeux se mirent à pétiller à la simple évocation de ces banquets, et son amour pour son terroir ne purent s'empêcher de transparaître. Il savait se moquer de la bienséance et de la noblesse, mais gardait au fond de lui cette fascination d'enfant pour ce qui lui était interdit, ses premières années. Il laissa Quellcrist faire son choix parmi les victuailles et en profita pour leur servir deux verres de vin, rouge cette fois. Puis, ayant posé le sien de son côté de la nappe, prit un peu de pain et du fromage et commença à manger, presque goulûment.
L'homme se découvrait enfant, et il retrouva en lui en enthousiasme perdu depuis trop longtemps, une malice qui rejaillissait des ombres folles avec panache. L'énergie et le bonheur soudain, inattendu, se déversèrent, et il commença à raconter toutes les histoires qui lui venaient en tête sans s'interrompre, riant parfois aux éclats, une moue nostalgique par instants. Il parla des courses avec son frère aîné, des après-midi passées à se cacher dans un commode pour échapper à un entraînement d'escrime dans la cour blanche qu'on distinguait d'ici, de Lysette, la cuisinière complice qui le laissait finir la pâte à gâteaux dans le saladier, ou de Pierre, le majordome qui l'avait sauvé d'une noyade provoquée par un défi stupide. C'étaient là des souvenirs d'un jeune homme privilégié, mais devait-il vraiment s'excuser d'être de haute naissance ? Pour une fois, il l'embrassait sans fierté, mais sans déni pour autant.
Une poire encore verte lui servit de dessert. Octave avait des goûts particuliers concernant les fruits, et s'il savait passer outre lors des grandes réceptions, il profitait de son domaine pour les satisfaire. Les poires vertes avaient cet attrait de fraîcheur, d'acidité et de croquant végétal qu'il appréciait hautement, bien que cela puisse sembler saugrenu. Le soleil quant à lui déclinait paisiblement, les plongeant rapidement dans cet état d'entre deux, le fameux crépuscule. Étrange fait que la Nature même s'aligne sur leurs émotions éparses pour transcrire leur état étrange – celui d'Octave tout du moins. Il croqua bruyamment dans son fruit pendant un moment, rassemblant ses pensées. Il connaissait les risques de ce qu'il s’apprêtait à faire. Il savait bien, objectivement, que c'était une chose incroyablement stupide, mais son corps ne voulait pas l'écouter, pour une fois. Les mots sortiraient d'eux mêmes, il le savait et les retenait autant que possible, se concentrant sur la chair verte plutôt que sur les yeux déroutants de la mage, ces yeux qui le perçaient de part en part, qui voyaient au delà. On avait fait tomber se barrière. Josephine d'abord, avec détermination et patience, puis elle. Il pouvait résister encore et encore, mais la lutte semblait vaine. Alors il s'ouvrit, le regard fiché dans l'horizon disparaissant.
« Je n'ai pas mon Masque ce soir. Pas celui qui me dissimule aux yeux, pas celui qui me dissimule au cœur. Je sais que vous voyez de ces choses là, que vous les ressentez, et que la lutte est vaine et amère pour nous deux. Aussi, je pourrais ne rien dire et continuer mon Jeu, et vous pourriez me regarder faire, et qui sait, en dosant l'un et l'autre la sincérité et la subtilité, peut-être parviendrais-je à vous plaire et nous pourrions épancher d'autres soifs. A vrai dire, je ne dirais pas non, parce que vous êtes de ces personnes qui m'appellent et m'attirent, et pour lesquelles je pourrais me damner pour peu de choses. Les mots ne sauraient vous rendre justement éloge. Au lever du jour cependant, nous saurions que la duperie était là, et l'amertume et la rancœur marqueraient cette rencontre. Pire, vous iriez peut-être creuser. Vous pourriez prendre des risques. Risques, oui, car je suis un homme dangereux. J'ai fait des alliances regrettables auxquelles je suis désormais lié, et je ne sais si je veux vraiment m'en défaire. Vous vous opposez noblement à cela, et jugez les adeptes de ce mouvement avec la dureté que nous méritons probablement. La guerre en Orlaïs est arrivée, et je m'en suis retrouvé souillé. Je ne suis plus un homme de confiance désormais. Je l'admet, par égard pour vous. Mes mains sont rouges. Et pour autant, je serais bien incapable d'être votre adversaire, je ne le souhaite pas. Prenez donc ces aveux comme ils viennent, allez profiter de Vertbois, reposez vous comme bon vous sied cette nuit dans mon domaine, et demain, nous nous dirons adieu. Parce que je n'ai pas la force de supporter plus, parce que je ne peux me faire dépasser par mes regrets. Parce que je tiens à vous et à votre langue acérée, et que je veux pouvoir continuer de vous voir comme une Muse, à défaut d'une amante ou de plus que ça. »
La poire roula dans la terre et Octave se leva lentement. Il s'inclina comme à regret et commença à s'éloigner.

Anonymous
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Jeu 15 Nov - 22:40
Noirceur des couleurs


Tout aurait pu se passer ainsi, dans un fil de complète naïveté et de vin bu, avec quelques mets. D'histoires contées, et de rires, de piques, de répliques sans que rien ne vienne à nouveau la troubler. Elle se laissait aller. Parce qu'elle croyait encore en lui quelque part, même si elle avait mal. Il lui donnait envie d'espérer. Quellcrist n'avait même pas formulé quelque réplique quand à la façon de scinder le pain, n'émettant d'ailleurs qu'un simple soupir mélangé à un très léger grognement. Ou peut-être était-ce le vin qui altérait son jugement. Non, elle ne sait plus quand enfin le soleil se retire et laisse place à la nuit. À assombrir les humeurs, à dévoiler d'autres pans ... confirmer le pire.
Quand elle l'écoute, quand elle le regarde, c'est tout qui s'effondre, encore. C'est cette impression de sentir le mal alimenté par le vin pris qui la tenaille. Et, après ce long discours qui la prend aux hanches dans un froid glaçant, la mage le fixe, perdue.
« Un jour quelqu'un m'a dit que j'avais l'accent orlésien. Que, si l'on suivait mon raisonnement, cela faisait de moi une orlésienne. »
Un sourire traîne durant le rappel de ce souvenir, d'un autre temps, sans doute.
« Ais-je l'air orlésienne. »
Sa tête se penche, elle baisse les yeux, et sent la montée de culpabilité et de remous l'ayant changée, à jamais.
« Plus vraiment. Plus du tout. Preuve étant que mes mots vous accablent, vous obligent à dire cette vérité que j'ai deviné. Une orlésienne ne ferait pas cela... Une muse encore moins... »
Son rire est empreint d'amertume, et elle le regarde encore partir, sans savoir que faire pour le retenir et qu'il reste malgré ses choix ne serait-ce qu'une part qui le retienne dans la vie, et non la vengeance. Puis, elle soupire à nouveau, incapable de s'extirper au final de ses vieux démons qui enflent, enflent ... et viennent compresser son coeur. Elle se lève, se penche, crispe sa mâchoire mais cède finalement, se déchaîne.

« Vous savez pourquoi j'ai cette méfiance ? Ce besoin de contrôle face à des hommes qui me plaisent mais qui me terrorisent ? Parce que je ne veux pas revivre cela. Je ne veux pas à nouveau me retrouver obligée à subir, à me déchirer. À me lever et être déchirée. Oui, j'ai besoin de connaître la vérité Octave ! Oui j'ai besoin de quelqu'un d'honnête qui ne me prenne pas pour la dernière des imbéciles alors qu'il n'a pas vécu une once de ce que j'ai vu, senti au plus profond de mes entrailles. Oui j'ai besoin de cela alors que ce monde est en train de se diviser, sous le joug de quelques égoïstes affamés de pouvoir. De trônes en velours censé soigner leur petit postérieur endolori par les bijoux et les mets qu'ils s'enfoncent par tous les orifices, de pouvoir mystiques égaux aux dieux selon eux, qui montrent juste qu'il en ont une très petite et qu'ils ont besoin de compenser. C'est foutrement impossible de demander à vivre en paix et qu'on arrête de s'éviscérer ? !!!! Qu'on ne peut avoir envie de se dire que lorsque vous allez embrasser quelqu'un avec votre coeur, celui-ci ne va pas vous planter jusqu'à trépas ? !!!! »
Elle fulmine, a pris des couleurs aux pommettes non pas à cause du vin mais bien de sa colère. Qui éclate, accompagnées de larmes roulant sur ses joues. Ça frôlerait presque la colère noire, si la mage aux longs cheveux noirs ne se contrôlait pas un tant soi peu. Mais elle lâche, vocifère et lui tourne le dos. Pour croiser les bras en total signe de repliement.
« Je ne remets pas en cause vos maux. Mais lorsque vous aurez un peu plus de jugeote dans vos choix de vie et de conscience sur ce qui peut-être brisé au delà de la perte d'une famille et d'un nom ô combien rempli d'honneur, peut-être que là, nous pourrons vraiment arriver à quelque chose de stable. »
Elle se veut blessante, et tant pis. Il ne peut pas garder une image d'elle biaisée, idéalisée, alors qu'il s'en délaisse. Et donc, voyant la bouteille qui n'est pas finie, la mage s'en empare et se met à boire. Sans vraiment sentir la différence avec la piquette qu'elle a dû goûter, et qui a eu mauvais effet sur elle, et ce vin censé être de renom. Pour elle, ils sont amers, et lui laissent un mauvais goût en bouche.
Peut-être qu'elle n'avait pas fait assez d'efforts. Ou peut-être pas. Elle était ravie de le revoir malgré tout ces doutes. De se sentir aimée, choyée. Pour une fois. En aimant comme une enfant, comme une idiote, comme une fille apeurée car battue, mutilée. Qui tente, mais ne sait pas comment s'y prendre. Et maintenant ... ? Maintenant il vaut mieux se taire et boire. Et apprécier Vertbois, si c'était comme ça. Quellcrist retombe à terre et s'allonge dans l'herbe. C'est doux, frais entre ses doigts même si ... En vrai, elle se dit qu'elle n'est pas faite pour ça. C'est tout. Et ça fait mal.


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Ven 16 Nov - 15:15
L'orage tombait sur sa tête. Une tempête inattendue, dévastatrice, meurtrière. La voix de Quellcrist s'élevait dans les airs, et le cri le heurtait en dedans, libérait son flot de sang et de douleur. Elle ne comprenait pas son geste, elle ne pouvait le comprendre et il ne le lui demandait pas. Il amorçait un repli nécessaire. Il baissait les armes et évitait la confrontation. Pourquoi ? Parce que c'était futile, le couteau était déjà là, bien réel et bien planté, et s'acharner à le remuer n'apporterait rien de bon. Alors, silhouette silencieuse, ombre dans son jardin de soleil, Octave prit la fuite et se retira, courut s'enfermer dans son bureau, dans sa plus haute tour, et ferma la porte à clés. Adossé contre la porte, le souffle rauque, les yeux clos, il attendit que cela passe. Que l'orage passe. Et l'obscurité arriva, engloutissant peu à peu la pièce froide.
Seul dans la nuit, l'homme chercha à dormir, à s'abandonner au néant, mais les mots étaient là, chassant toutes ses chances de saint répit. Fébrile, il finit par allumer un cierge et s'installa au bureau, plume au bout de ses doigts tremblants. Écrire, écrire, oui, c'était le remède à son mal. Certaines choses ne pouvaient être déclamées. Elles devaient s'ancrer d'abord, se révéler au monde. Le grattement sourd de la plume sur le papier se fit son compagnon, et il se libéra.





Quellcrist,


J'ai bon espoir que vous ayez trouvé refuge dans votre chambre à l'heure qu'il est, et je n'ai pas de doute quant à l'heure de votre départ, aux premières lueurs du jour. Vous ne reviendrez pas, je le sais, et nous ne serons l'un pour l'autre qu'un souvenir amer, parce que nous n'aurons su nous parler. La fuite est une réponse saine, je le crois, et j'applique au mieux cette doctrine, très orlésienne, chaque jour que le Créateur m'octroie en ce monde.
Vous ne lirez peut-être pas cette lettre. Vous n'êtes peut-être déjà plus là. Vous refuserez peut-être d'y laisser vagabonder votre charmant regard. Elle n'en est pas moins pour vous.

Nous n'avons pas su nous écouter, parce que nous avons peur de comprendre. Je ne sais imaginer le mal qui vous habite, celui qui vous a donné la force dans ce cri, l'origine de cette part de ténèbres que je ne soupçonnais pas en vous, en dehors de celui partagé, j'imagine, par tous les mages de Thédas, prisonniers de leur condition. Cela explique probablement votre envie de me démasquer. J'ai peur de le savoir. Quel qu'il soit, que vous décidiez de m'en parler un jour ou non, sachez que j'y compatis pleinement à cette heure, sincèrement, car je n'ai nulle rancœur à votre égard, nulle haine. Uniquement l'âcre goût de la défaite et la tristesse et la mélancolie, cet air de perte.
Vous avez eu des mots, justes parfois, dépassant votre pensée, je le crois, à d'autres moments. Je puis vous assurer que je ne cherche nullement à compenser quoi que ce soit. Humour hasardeux mis à part, il est temps pour moi de vous apporter les derniers éclaircissements sur mes aveux nocturnes. Quellcrist, quoi que vous pensiez, je ne suis pas un monstre. La guerre change les gens, c'est tout, et les pousse parfois à des extrémités qu'ils n'auraient pas imaginés. Je ne saurais m'excuser d'être celui que je suis désormais, et non plus seulement celui du temps passé. J'assume pleinement mes choix présents, en ce qu'ils ne sont, de mon point de vue, pas le fruit de la folie ou de la rancœur, mais le pragmatisme d'un homme qui n'a plus rien à perdre d'autre qu'un nom, un titre et, plus léger encore, une simple vie. Oui, je suis allié aux fous et aux psychopathes, oui, le sang de la Divine coule sur mes mains, oui, j'ai porté les graines du chaos et de la déchéance. Pour autant, je ne suis pas un adepte d'une ancienne engeance.
Thédas est un monde emplit d'injustices. Que dire de la situation des mages, de la condition des elfes, de l'injustice des castes naines, du joug d'une noblesse aveugle dans de nombreuses nations ? Et le dogme et les positions de la Chantrie, ciment de ce monde ? Les failles ont apporté beaucoup de douleur, beaucoup de morts inutiles. Je ne pouvais pas les empêcher, plus que vous. Mais le monde est bouleversé désormais, dans un équilibre instable, et si nous pouvons combattre ce chaos pour tenter un retour à la normale avec, peut-être, quelques avancées, je choisis de me servir de cette opportunité, de cette force pour que cela change pour le mieux dès maintenant. En étant de ce côté, je peux orienter les choses, limiter les morts inutiles. Le moment venu, je me retirerai et j'aurai connaissance de plans et d'informations qui aideront un retour à la normal, dans un Thédas changé. Tel est bon but, telle est la portée de mon engagement. En cela, vous ne serez jamais mon ennemie Quellcrist, même s'il se peut que je devienne le votre.

Mon cœur s'étant ouvert, je vous laisse seule juge. Je vous souhaite un bon retour, paisible je le souhaite, vers les votres. Vous resterez ma Muse, orlésienne ou non,

Octave






La lettre finie, le Baron de Vertbois s'empressa d'aller la glisser sous la porte de la chambre où la mage était sensée dormir. Ces aveux, c'était le moins qu'il puisse faire, et poser sa peine le soulageait un peu. Jamais, pourtant, il ne se serait attendu à ce que la porte s'ouvre devant lui, quand, accroupi, il tentait d'y laisser son message. La lettre gisait au sol et il se releva vite, les cheveux ébouriffés et le rouge montant aux joues.

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Une nuit n'est jamais complète (P.V Octave)
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