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Le Concours de Funalis!

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Le Tout-Puissant
- PNJ -
Messages : 456
Lun 5 Nov - 20:10

Le Concours de Funalis

It's time to get spooky!

Funalis
Autrefois appelé « Funalis » et dédié à l'Ancien Dieu du silence, Dumat. Toutefois, devant l'essor de Dumat pendant le premier Enclin, les thédasiens ferment les yeux sur les anciens liens entre ce jour et le dragon. La fête est maintenant connue à travers Thédas comme le Jour des Morts. Dans certains pays du Nord, les gens se déguisent en esprits et marchent en paradant dans les rues après minuits. La Chantrie utilise ce jour pour rappeler la mort d'Andrasté grâce à des feux publiques qui symbolisent son immolation et joue des pièces représentant sa mort. Elle est célébrée au début de Matrinalis.

Un Concours?
Aujourd’hui sur Dragon Age Resurection le staff est heureux de vous présenter un concours pour combattre la petite déprime de l’arrivée de l’hiver ! Nous vous proposons de rédiger un one shot de type horreur, épouvante, suspens ou thriller pour coller à la fois avec le NaNoWriMo (National Novel Writing Month) et le jour des morts qui vient de passer.

Votre one shot devra :
- Faire un minimum de 1000 mots
- Mettre en scène des personnages de Dragon Age (pour utiliser des OC ou des PNJ ne vous appartenant pas veuillez s’il vous plaît demander l’autorisation à leurs joueurs ou créateurs)
- S’inspirer du thème proposé
- Poster votre écrit dans ce sujet!

Les Univers Alternatifs sont les bienvenus. Vous pouvez également écrire à plusieurs si vous consentez à partager le prix à parts égales entre tous les participants en cas de victoire.

Et ensuite?
À la fin du mois de novembre, les écrits seront proposés au vote de tous les membres du forum et les trois one shots ayant reçu le plus de votes recevront les prix suivants :

1er Prix : 100 pts
2ème Prix : 50 pts
3ème Prix : 20 pts

Bonne chance à tous et à vos plumes !



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Garde-Commandeur d'Orlaïs
- Gardes des ombres -
Messages : 449
Jeu 8 Nov - 23:02

Spooky Scary Skeletons

La nuit venait de tomber sur Térébinthe, et bien que l’air marin adoucisse habituellement l’air ce jour là une bise plus glacée soufflait sur le port. La nuit des Morts, celle que célèbres les anciens dieux et la Chantrie par de nombreux rites et sermons. L’air devenait plus frais, on frissonne et les ombres de la nuit arrivent plus tôt pour annoncer la mort de l’été. Autant de conditions parfaites pour raconter des histoires au coin du feu, pour se faire peur et ne plus dormir pendant des jours entiers. Bien que les Gardes des Ombres aient leur lot d’horreur avec les Engeances, et dernièrement les démons de l’Inébranlable pour la faction d’Orlaïs, il se faisait toujours tradition pendant les patrouilles de nuit et les tours de garde de se raconter différentes histoires. Cette nuit là, j’étais également de garde pour rester en phase avec mes bonnes habitudes nocturnes. Je me rapprochais du groupe de garde de cette nuit, qui faisait cercle autour d’un brasero à l’entrée de notre campement. J’entendis l’un d’entre eux parler, concentré alors que les autres le fixaient et écoutaient avec attention. Je souriais en entendant les quelques mots de fin de ce qui semblait être une histoire de fantôme, et quand je n’étais qu’à un mètre d’eux je me mis à parler d’une voix enjouée pour signaler ma présence. Les voir tous sursauter était vraiment amusant.

" Alors, comme ça les engeances ne vous suffisent pas, le jour des morts il vous faut raconter d’autres histoires sordides ?"

Celui qui venait de raconter l’histoire semblait gêné, comme tous les autres d’ailleurs. Se dandinant un peu d’un pied sur l’autres, ils ne semblaient pas apprécier de s’être fait pris la main dans le sac par leur chef de garnison. Le conteur effectua un début de tentative d’excuse d’une voix peu assurée.

" Garde-Commandeur….?"

" Du calme, je ne vais pas vous manger. C’est amusant de raconter des histoires sur les esprits et les morts, surtout si on les a vécus. Ça m’intéresse d’entendre les vôtres…"

Je leur souriais en m’approchant du feu, me faisant une place pour tendre mes mains vers les braises chaudes et agréables. Je les regardais avec malice, et ils semblaient se rasséréner. Même, poussé par mon encouragement l’un d’entre eux me posa une question avec espoir.

" On dit qu’à Férelden il y a beaucoup d’endroits maudits et hantés. Est-ce vrai ? ?"

" Et bien… C’est vrai qu’ils ont un beau folklore, et la réalité se rapproche assez souvent du mythe. Il ne faut pas rigoler avec la magie après tout, fu fu fu ~…"

Là-dessus on ne pouvait pas dire le contraire, Férelden était un nid à histoires horribles. Malédictions, loup-garou, démon, forêt hantée, esprit maléfique, douairière libidineuse, j’en passe et des meilleures. Souvent causé par une magie du sang déplacée ou la faute à pas de chance. Mon annonce semblait avoir donné du cœur et de l’espoir, car voilà que je me retrouvais mise à contribution pour partager les légendes du pays des chiens bouseux.

" Garde-Commandeur, vous avez déjà visité un de ces endroits ? C’était comment ? ?"

Des regards curieux posés sur moi, brillants d’attente et d’envie de divertissement. Que pouvais-je répondre ? Un petit sourire mutin, et j’étais partie pour raconter une de mes plus belles expériences en la matière.

" Mh… J’ai peut-être une de mes expériences qui devrait vous intéresser. Et vu que c’est le bon jour pour en parler, ce sera amusant ! Mais je vous préviens, de ce que j’ai raconté personne ne m’a jamais cru vu les détails et pourtant ça ne les a pas empêchés de vouloir éviter d’entrer dans la moindre forêt. Je m’en souviens comme si c’était hier, je venais juste de rentrer à la Garde de Férelden, et je partais en mission avec un groupe dans l’Est…. "

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Chapitre 1 : Greedy for Treasure Hunting

Notre patrouille finissait sa ronde de surveillance de 2 semaines à tout travers l’Est de Férelden. Passant au sud de Dénérim, traversant le pic du Dragon nous avions avec notre petite troupe descendu le fleuve Drakan, exploré les terres australes pour finir par prendre le passage de Bréciliane et arriver à l’océan d’Amaranthine. Eviter la forêt de Bréciliane était le plus important, car encore trop sauvage pour notre équipe de novices. Nous n’étions que 5, avec un vétéran du nom de Bradley pour nous guider. En plus de moi se trouvaient 2 autres Gardes tout frais du nom de Mina et Wallace, et un autre Garde du nom de Franck un peu plus expérimenté. Le parcours était nécessaire mais pas trop difficile, ne rencontrant que rarement des engeances. Sur le retour, nous faisions un détour à l’orée des terres de Korkari, nous arrêtant un soir dans un village en bord de lac. L’auberge était correcte, pas trop de monde et nos uniformes de Gardes des Ombres empêchaient quiconque de venir nous chercher des noises. Des pintes, un repas bien chaud et… juste un mec bizarre qui nous fixait, au loin de sa table. Recroquevillé, se balançant légèrement sur sa chaise et le regard dans le vide, je pouvais voir dans ses yeux lugubres une lueur familière. Il marmonnait, semblant se parler à lui-même. Un autre fou, sans aucun doute. Je n’y prêtais pas grande attention, mais les autres l’avaient remarqué et commençaient à commenter. La chasseresse Mina le trouvait aux abois, la brute de Franck aimerait qu’il se lève et nous interpelle pour se défouler un peu. Le mage Wallace préférait garder ses distances, n’étant pas à l’aise et ne voulant pas utiliser sa magie en ces lieux. Pour ma part, je me proposais juste pour lui faire ses poches s’ils se décident à faire quoi que ce soit. Bradley lui, en tant que bon chef de troupe, ne disait rien sur lui et nous intimait plutôt de nous taire. Ce ne fut pas facile, mais je remarquais que ce n’était pas pour autant qu’il ignorait l’étrange personne. Il gardait un œil sur lui, et quand le tavernier s’approcha de notre table pour nous servir, il l’interpella et lui parla de sa voix grave et mesurée.

" Patron, qu’elle est cette personne assise en coin là bas ? Vous la connaissez ? Devons nous nous… inquiéter ? "

Il parut légèrement surpris, tourna la tête vers l’homme qui continuait à nous fixer et haussa des épaules.

" Nan, z’avez rien à craindre de lui Messere. C’est que l’pauv’ Dan, l’a pus toute sa tête d’puis un moment. Faites pas attention à lui, il fait qu’répéter des choses étranges et qu’on comprend pas d’puis qu’l’est allé dans la forêt d’Banner. Y parle de trésor et de relique, mais faut pas l’écouter Messere. "

" Un trésor, comment ça ? "

Bien sûr, c’était Franck la brute épaisse qui avait relevé, son regard brillant soudainement à cette idée de richesse. Ancien mercenaire, il avait toujours eu ce goût pour l’appât du gain, malgré le fait qu’il doive sa vie à présent aux Gardes. Mon oreille avait également été attirée, mais plus en remarquant au loin la réaction de Dan le Fou. Son regard semblait avoir repris vie, et ses yeux se fixaient sur nous non plus dans la langueur d’un esprit morne mais dans la fièvre de la folie qui se réveille. Je souriais légèrement, pensant que les choses allaient devenir intéressante pendant que Bradley jetait un regard noir à Franck alors que le tavernier lui répondait. Il avait froncé des sourcils, soudainement énervé et ne voulant plus aller plus loin dans cette histoire alors qu’il avait tendu une si belle perche.

" Faut pas en parler Messere…. Ça porte malheur dans l’coin… s’cusez… "

Le tavernier reparti vers son comptoir, et Franck fit la moue de ne pas avoir sa curiosité satisfaite. Cependant, Dan s’était glissé vers nous pendant que le tavernier nous quittait, et aussi soudainement qu’une ombre insidieuse il se retrouvait à notre table. Il fit sursauter Mina et Wallace, mais ne prêta pas attention aux autres. Seul Franck avait son intérêt, du moins quand ses yeux arrivaient à rester posé sur un seul endroit pendant quelques secondes. Il était fébrile, et je pouvais sentir instinctivement l’odeur âcre et putride de la folie en lui. Une folie malsaine. Animé et incohérent, sa voix écorchée se mariait parfaitement avec son aspect chétif et crasseux, quelque peu maladif. Je fus amusée de remarquer du coin de l’œil Wallace essayer autant que possible de rester à distance de lui.

" Trésor… Je sais…. J’ai vu moi… La forêt…. Il était là, si beau… si … étincelant… Mais les ombres, elles ont voulu me le prendre, j’ai du partir ! Monstres…. Mon trésor…. Y’faut aider le vieux Dan…"

C’était étrange… plus ses paroles allaient, plus il y avait quelque chose de malsain dans sa personne. De malsain, de corrompu, et pourtant d’attirant. Mon instinct grondait, sentant un rival. Je remarquais que cet homme avait un effet sur la troupe. Sur Mina et Franck, dont les yeux brillaient à présent d’une envie étrange. Bradley lui restait stoic et ne disait rien, alors que Wallace lui en tant que bon mage avait senti comme moi l’anguille sous roche.

"Lieutenant Bradley, ne l’écoutez pas. Je sens… de la magie sombre émaner de lui."

" Le seul truc que tu peux sentir Wallace, c’est l’odeur d’ton bâton quand tu t’le sort du fondement, bwha ha ha ha ha ! "

Le mage devint rouge écarlate, et la vulgarité de notre comparse à part il n’avait pas vraiment tort. Paranoïaque et criant au loup à la moindre occasion, à part les sorts de soin il n’était pas très utile pour détecter les magies noires ou la magie du sang. Son avis comptait donc peu pour ces sujets, mais il était dommage que pour cette fois ci on ne l’ait pas plus écouté. Mais on n’eut pas le temps de poser plus de questions à Dan que le tavernier était revenu à la charge, chassant de notre table d’une voix bourrue l’homme fou. Aussi rapidement qu’une vipère, il s’enfuit vers sa table en poussant de petits cris pas très humain. Je pensais que le choses allaient en rester là, surtout que je devais finir ma bière pour commencer une partie de Grâce Perfide, mais Bradley me surprit. Portant finalement attention à ce qu’avait dit le fou, il interrogea de nouveau le tavernier.

" Tavernier, expliquez-nous. Peut-être que nous pouvons vous aider. "

Je fronçais des sourcils, jetant sur le lieutenant un regard étonné et méfiant. C’était la première fois que je le voyais proposer aussi ouvertement de l’aide pour ce qui ne concernait pas des engeances ou la possibilité de récolter des recrues. Franck et Mina hochaient de la tête, d’un même accord et portés par la même mystérieuse excitation. Le tavernier ronchonna un peu, mais finit par lâcher le morceau.

" C’est… Y’a un endroit, sur la falaise surplombant le lac. Y’a un bois, et ça fait des générations qu’on nous dit d’pas y aller. Quand les gens approchent de cette forêt ils se sentent pas bien. S’ils essayent de rentrer dedans ils finissent toujours par en ressortir par magie, comme s’ils s’étaient perdus. Parfois certains n’en ressortent pas du tout, ou alors ils deviennent fous comme l’pauv’ Dan. Cette forêt est hantée Messere. J’sais qu’les Gardes des Ombres sont des hommes courageux et respectables, vous pouvez essayer d’y aller. Mais personne n’a réussi à savoir ce qui s’y passe."

" Et comment on y va ? "

Il avait encore ramené sa tronche, mais Bradley ne le coupa pas. Au contraire, il semblait intéressé et voulait connaitre la suite.

"….Comme vous voulez. Y’a un chemin vers le nord, qui s’éloigne un peu du lac. A la fourche indiquant le village de Damaïen, prenez à gauche sur le sentier qui remonte la colline. Vous y serez quand vous verrez la vieille chapelle en ruine. C’est là que commence la forêt de Banner."

Suite à cela, comme inquiété par ses propres mots, le tavernier balaya l’air devant son visage comme pour chasser une mouche et s’en alla. Nous n’étions plus que notre tablée, chacun se regardant, mais surtout le lieutenant Bradley. Je ne sais pas ce qu’il se passe, mais je n’aimais pas l’ambiance à ce moment là, je m’en souvenais bien. Comme un malaise, quelque chose qui ne devrait pas être. Une excitation planait dans l’air, similaire à celle que j’éprouvais quand j’avais mes pulsions meurtrières, mais… différente. Et elle ne me concernait pas. La discussion commença activement. Franck, qui était le plus intéressé, poussait à ce qu’on aille y jeter un coup d’œil. Pour vérifier les dires, aider sans doute à éliminer ce qui pouvait être de la magie liée à l’Enclin, et au passage si possible récupérer ce fameux trésor, qui pourrait servir à la Garnison de Férelden. Une avidité un peu étrange mais pas si étonnante sortant de la bouche de cet ancien mercenaire. Je fus plus étonnée par l’attitude de Mina, qui était d’accord avec lui et prônait plus le fait de rendre service. Bradley semblait… étrangement convaincu. Juste pour voir disait il, afin de vérifier les dires et s’assurer par nous même de ce qu’il en était. Si ce n’était pas de notre ressort, nous pourrions toujours alerter la milice de la région. Mais il serait bon que cela soit réglé par les Gardes des Ombres, afin de redorer notre image. Il demanda l’avis de tous. Franck et Mina étaient partants, Wallace hésitant et bredouillant de façon inaudible et non prise en compte son inquiétude sur ce qui se cachait sans doute dans cette forêt, et moi tant que je pouvais tuer et m’emplir les poches, je n’allais pas dire non. De toute manière, je n’avais pas vraiment le choix non ? Il fallait suivre le Lieutenant, Bradley était toujours celui qui avait le dernier mot. C’est donc ainsi que nous partions nous coucher, décidés le lendemain à aller enquêter sur cette affaire.

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Chapitre 2 : Forest of Chaos

Debout aux aurores à notre habitude, nous prenions le chemin dis après un petit déjeuner frugal et une mise au point. La nuit ne semblait pas avoir porté conseil à Bradley et aux autres, car plus fébriles que jamais ils semblaient ne pas vraiment avoir dormi de la nuit. On parlait de stratégie, de vérifier les dires sur cette forêt, et je fus surprise d’entendre Bradley faire entendre qu’il ne serait pas mécontent également de trouver cette relique ou ce quelconque trésor. Une distraction qui était la bienvenue pour moi, je ne me posais pas vraiment de question tant que l’on brisait la routine de ces 2 dernières semaines. Nous prenions donc le chemin sortant du village, allant vers le nord en s’éloignant un peu du lac. La fourche promise apparut, et deux écriteaux se trouvaient là. L’un donnant la direction du village de Damaïen, l’autre qui semblait à moitié rayé par un objet tranchant, ne permettant qu’à peine de discerne le mot « Banner » dessus. Le chemin grimpait et nous dirigeait vers la colline surplombant le lac, nous faisant alternativement passer par de l’herbe balayée par le vent et par des bois que la grisaille hivernale rendaient morne. A mesure que l’on se rapprochait du point culminant, surtout que cela devenait plus plat, je sentais de nouveau un malaise. Une sorte d’alerte, l’instinct primaire qui m’habitait se réveillant avec fébrilité. Ce n’était pas de la peur, pas vraiment. C’était comme s’il s’alertait d’un ennemi à proximité, ou plutôt d’un rival. C’était étrange, mais pas anodin. Le fameux bois dans lequel s’enfonçait le chemin d’ouvrit à nous, et nous fûmes un peu surpris de ne pas trouver la ruine dont le tavernier avait parlé. Il y avait bien une vieille chapelle en pierre, mais elle semblait encore en état et la fumée sortant de la cheminée semblait indiquée qu’elle était même habitée.

" Venez, on va se renseigner. Restez sur vos gardes, mais ne soyons pas hâtifs. Essayons de comprendre ce dont il s’agit. "

Bradley avait pris les devant, marchant d’un pas décidé vers la chapelle. Nous montions les marches, et ouvrions les portes en bois. Elles grinçaient, et un étrange air froid en sortis, me faisant frissonner. De nouveau, une alerte et un malaise. Je jetais un regard aux autres, mais ils rentraient tous dans la bâtisse sans sourciller. Seul Wallace semblait inquiet et mal à l’aise, mais c’était plus ou moins tout le temps le cas avec lui quand il n’était pas en un lieu remplit de livre ou de mages. L’intérieur de la chapelle était petit, éclairé par quelques cierges blancs. Il y avait une demi-douzaine de bancs, les vitraux étaient sales et permettaient à peine à la lumière de rentrer. Un autel trônait au fond de la salle

" Bienvenu, voyageurs. Je suis Asmoden, le prêtre qui régit cet endroit et s’occupe de cette chapelle. Gardien du lieu et des âmes de ceux qui souhaitent se repentir. Que venez vous faire en ce lieux ? "

Le prêtre s’était retourné vers nous, avec une lenteur cérémonieuse mais également une sorte de lassitude. Face à nous se trouvait un homme de taille moyenne, qui semblait un peu recroquevillé sur lui-même. Sa visage était à moitié caché par la capuche de son étole sombre de prêtre. Sa peau semblait grise et ridées, ses yeux sombres brillant légèrement à la lueur des cierges. Et mon dieu, ses cernes ! Il pourrait facilement remporter le concours des poches et cernes de douairières, haut la main. Il souriait légèrement, dévoilant des dents jaunies par le temps. Ce qui m’étonnais le plus chez lui, c’était son odeur. Elle était… étrange, masquée par les effluves d’encens qui émanaient des pots de brûlis posé de ça et de là dans la chapelle. Et puis, je ne trouvais aucun symbole religieux sur sa bure, ou même sur les autres éléments de cette chapelle. Etait il vraiment prêtre ? Je n’eus pas vraiment l’occasion de lui poser des questions, et puis je n’avais pas vraiment envie non plus de recevoir son haleine fétide s’il s’aventurait à me parler. Le lieutenant Bradley pris le relai, fort heureusement.

" Pardonnez notre intrusion, prêtre. Nous sommes de passage dans le village du lac, et nous avons entendu de bien étranges choses concernant cette forêt. En tant que Garde des Ombres, nous voudrions enquêter pour être certain que cela n’a pas un lien avec une quelconque engeance. Pourriez-vous nous en dire plus ? "

Le prêtre resta quelques secondes silencieux, ses yeux scrutant ceux de Bradley, puis se portant sur le reste du groupe. Il eut un rictus, ou peut être un sourire je ne sais pas, et de sa voix éraillée et fatiguée répondit au lieutenant.

"Haaa… La forêt de Banner raconte bien des histoires… Mais il y a bien des choses qui se cachent en ces lieux. Avant, il y a des générations de cela, ce fief était la propriété d’un seigneur du nom de Banner, et son manoir se situe au cœur de la forêt. On raconte qu’une tragédie mêlant jalousie et héritage avait fait sombrer la famille dans le chaos. L’un des fils se retourna contre l’ainé, qui était héritier et mage, ainsi que contre son père. Il empoisonna le iarl, l’obligeant à s’aliter, et obligea le frère ainé à pactiser avec un démon. Il y eut un massacre, tous les habitants du manoir furent tués. On raconte que le démon a jeté une malédiction contre cette forêt et le manoir, gardant précieusement les trésors de famille et notamment une relique des premiers Gardes des Ombres, les Banner en ayant fait partie. Les gens de ces terres craignent cette forêt et ce manoir, avec raison. L’appât du gain est intéressant, et parfois des fous viennent tenter leur chance. Moi, j’aide ceux qui veulent affronter le démon comme je le peux, car il n’est pas bon de laisser ainsi un tel lieu dépérir. Mais la forêt ne s’ouvre qu’à certains. Je crois… cependant… qu’en tant que Garde des Ombres vous pourriez-bien y arriver. Qu’en pensez-vous ?"

Il avait beaucoup à dire, c’était certain. Et il semblait savoir beaucoup de choses sur ce lieu. Tout en parlant, il continuait de s’occuper de l’autel, allumant quelques cierges de ses mains parcheminées et nous tournant parfois le dos. Les faits étaient intéressants, sans doute mêlé à des légendes mais clairement cela ne mettait pas à l’aise. Une histoire de démon, de relique et de trésor, comme l’avait dit le tavernier. Sauf qu’il n’avait pas mentionné de démon, et que la relique avait un lien avec les Gardes des Ombres. C’était très fortuit, et malheureusement cela suffit à motiver encore plus le groupe. J’étais sceptique, nous mouiller et affronter un démon juste pour une babiole des Gardes. Mais je savais Bradley très fier et un peu arrogant de notre ordre, sans doute qu’il voulait ramener ce trophée pour ne pas rentrer les mains vides à Fort Bastel. Franck regardait Bradley avec insistance, son regard pétillant. Il voulait en découdre, mais aussi avoir le trésor et la relique. Mina, en tant que bonne chasseresse, était intéressée par le fait de se mesurer à un démon. Wallace et moi nous étions plus dubitatifs. Le vieil homme souriait un peu plus, s’étant cette fois bien décidé à ne donner son attention qu’à Bradley. Le lieutenant eut un moment d’hésitation en plongeant son regard dans celui du prêtre, et de nouveau j’eus cette sensation de malaise. Mais je n’avais pas mon mot à dire.

" Je… Nous pourrions en effet… La relique m’a l’air d’importance, on ne peut la laisser aux mains d’un démon. Prêtre, aidez-nous et dites-nous ce que nous pouvons faire. "

Encore, le rictus du prêtre, son sourire devenant malsain s’étirant un peu plus sur son visage.

" Parfait… Il existe un passage à travers la forêt qui vous conduira au manoir. Attention cependant, il est hanté par des esprits qui tenteront sans doute de vous empêcher d’arriver jusque là-bas. Mais si vous ne vous arrêtez pas, vous devriez pouvoir arriver jusqu’aux grilles…"

Il s’éloigna de nous, pour aller vers un pupitre à gauche du chœur de la chapelle, contre un mur. Il tira un tiroir, fouilla dans quelques papiers et finit par sortir une feuille fine et jaunie, avec des tâches d’encres dessus. Mais il y avait également des dessins, ou plutôt des indications. Il revint vers nous, la tendant de sa main décharnée vers Bradley.

" Ceci est un ancien plan du manoir, à l’époque où il voulaient faire des reconstructions avant le drame. Selon la légende, une crypte spéciale a été conçue pour contenir le démon. Mais l’entrée n’est pas directe. Elle est cachée à l’arrière de la maison, dans la grande serre. Pour y arriver il vous faudra rentrer dans le manoir, passer par le hall et les grandes chambres. Une fois dans la serre, il y a un mécanisme qu’il faut activer pour ouvrir la porte cachée. Normalement c’est une petite statue de mabari qu’il faut basculer, mais je ne sais pas exactement où elle est. Il faudra vous débrouiller seul après ça, car je n’en sais pas plus que vous sur ce qu’il y a dans la crypte."

Bradley prit le papier, hochant simplement la tête en signe d’approbation et se concentrant sur les écritures. C’était ancien, les annotations étaient pour la plupart illisibles mais la carte du manoir était assez précise. Des croix et des ronds dans une encre rougeâtre indiquaient les passages à prendre et à ne pas prendre, ainsi qu’un dessin un peu éludé de la statuette. Il fallait espérer que nous n’aurions pas trop de surprise dans cet endroit. Des maisons abandonnées où il y a eu des massacres et régit par un démon, j’ai vu mieux. Bradley plia la feuille et la mit dans une de ses poches, saluant le prêtre.

" Nous vous remercions. Nous allons nous mettre en route. Priez pour que nous puissions vaincre ce démon. "

"Soyez bénis, enfants du Créateur… Soyez bénis…"

Le prêtre souriait, levant sa main comme pour nous bénir. Le Lieutenant nous fit signe de partir, et nous le suivions sans un mot. Une fois dehors, la sensation de respirer de nouveau était très soulageante. Le vent qui soufflait sur nos visages me revigorais, et j’avais l’impression de sortir de cet empâtement et que mes mauvaises impressions disparaissaient. Nous marchions vers la forêt, à l’endroit que le prêtre avait indiqué. Wallace, qui s’était enfin réveillé, marcha plus vite pour se retrouver à côté de Bradley et lui faire part de ses doutes. Il n’avait pas l’air bien, et l’inquiétude était plus que visible sur son visage.

"Vous ne trouviez pas qu’il faisait étrangement froid là dedans ? Et ce prêtre, il ne m’inspire…"

"Arrête de pleurnicher pour un rien Wallace ! Tu t’attendais à quoi ? T’es un Garde bon sang, comporte toi comme tel. "

Comme d’habitude, Franck raillait le pauvre mage Wallace. Mais il n’était pas seul, et je profitais de la grande gueule de Franck pour le remettre avec amusement à sa place.

"Dit le brutos de service qui sait pas quand se taire. C’est tellement plus Garde des Ombres, c’est sûr ! Fu fu fu ~…."

Il y eut des regards noirs et des langues tirées, Franck et moi nous adonnant souvent à des joutes orales. Il me traitait de folle, et moi de brute ignorante. Les deux étaient vrais, mais je préférais largement être dans mon cas. Bradley lui nous laissait faire, ayant autre chose en tête. L’inquiétude de Wallace semblait enfin avoir trouvé un acquéreur auprès de Mina, qui semblait aussi s’être réveillée et appuyait les dires du mage.

"Wallace a raison, je ne fais pas confiance à ce prêtre. Il était étrange. Et comment eput il avoir une telle carte sur lui et savoir tant de choses ? Si un démon se trouvait ici, les gens seraient au courant non ? "

"Tu as vu où on se trouve, Mina ? Dans le trou du cul de Thédas, à droite des nausées de Korkari et à gauche de la mer de la déprime. Que cela ne se sache pas ne m’étonnes pas. Tu as vu comment les locaux ont peur et ne veulent pas en parler ? Et puis y’a personne et aucune institution à des centaines de kilomètres à la ronde. "

Je lui avais rappelé l’essentiel d’un trou perdu comme celui-ci, et que ce n’était pas si étonnant que cela. J’étais pourtant d’accord avec elle, je n’étais pas à l’aise et je n’aimais pas ce prêtre. Mais ce qu’il disait corroborait les dires du tavernier et la carte avait semblé authentique. Bradley ne disait toujours rien, nous faisant nous arrêter devant le chemin de la forêt de Banner. Il se tourna vers nous, parlant enfin d’une voix autoritaire et lasse, nous remettant à notre place. Même Franck.

" Je comprends, mais nous devons tirer cette affaire au clair. Je ne fais pas non plus totalement confiance à ce prêtre, mais il est de notre devoir de vérifier. Si ce qu’il dit est vrai, nous ne pouvons laisser une relique des Gardes des Ombres à ce démon. Nous pourrions en avoir besoin pour le Garde-Commandeur. Et allons, un peu de courage ! Ce n’est sans doute rien comparé à des engeances et à des ogres. Nous avons tout ce qu’il faut dans notre groupe, nous pouvons le faire. Voyez cela comme faisant partie de votre formation. "

"Oué ben je m’en passerais bien de cette formation…"

J’avais un peu pesté, levant les yeux vers le ciel. J’avais eu mon lot de démon et de magie du sang pour toute une vie déjà, me cantonner uniquement aux engeances ça me va bien. Non pas que je refuse de me battre, c’est dans ma nature de vouloir faire couler le sang, mais les esprits et les démons, c’est vraiment… fatiguant. Mais la messe était dite et Bradley n’écouterait pas. Face à la forêt, nous regardions le sentier. Et sincèrement, il ne donnait pas envie d’y aller. Les arbres étaient hauts et serrés, et bien que le feuillage soit parti l’obscurité semblait régner dans cette forêt. Une sorte de froid, de silence malaisant se dégageait de ces bois. Le chemin n’était pas mieux, car resserré et de terre battue, sombre et tracés de sillons. Mina fronça des sourcils, s’approchant du sol pour regarder de plus près. Je n’étais pas loin derrière elle, ayant également une petite expérience

"On dirait… que la terre a été griffée. Et c’est…. Froid, très froid…"

Elle eut un mouvement de recul, regardant soudainement la forêt avec frayeur. Elle était pâle, et jeta un regard inquiet à Bradley. Il fronça des sourcils, regarda le chemin tout en serrant le pommeau de son épée. Il eut un soupire et marcha d’un bon pas dans le chemin.

" Allons y. Restez sur vos gardes et ayez l’œil ouvert."

Nous ne pouvions que lui emboîter le pas. Nous pénétrions dans la forêt, qui semblait se refermer sur nous. Littéralement. Il ne se passait rien, nous avancions d’un bon pas chacun à sa place dans la formation défensive. Il faisait étrangement sombre dans cette forêt, comme si des nuages épais avaient recouvert le ciel. Mon ouïe me gêna d’un coup, comme si les sons étaient absorbés par les arbres. Je fronçais des sourcils, me sentant quelque peu désorienté. Mais nous avancions, encore et toujours sur ce chemin en terre. Le terrain montait un peu, mais nous étions tous concentré sur ce qui nous entourait. Il y avait un peu de vent, du moins la sensation qu’il souffle. Car ce qui était bizarre, c’est que les branches des arbres ne bougeaient pas. J’eus un frisson, le genre qu’on éprouve quand on se fait observer. Je regardais autour, ayant envie de gronder. Je n’étais pas la seule à me sentir agitée, car Franck était sur le qui-vive, se retournant soudainement et parlant avec frénésie.

"Vous entendez ? "

Tout le monde se taisait, écoutant le son de… du vide.

"Quoi, y’a rien. "

"Le vent… On aurait dit… des voix. Et là plus rien. "

J’écoutais aussi, essayant de me concentrer sur ce que l’on pouvait entendre. Il y eut de nouveau du vent, et quelque part, comme si au loin… des chuchotements. Mon sang se glaça un peu. Je n’aimais pas ça. Mais notre attention se porta sur autre chose, car Mina s’était arrêté à côté d’un des arbres.

"Lieutenant…"

Elle regardait Bradley, son regard sérieux et sa main montrant l’écorce de l’arbre. Des griffures, de profondes griffures sur les écorces. Mais cela ne ressemblait pas à des pattes d’animaux, mais faites par une main d’homme. Réalisant les choses, nous regardions autour de nous pour voir que les marques n’étaient pas que sur un seul arbre, mais également sur tous les autres. A taille d’homme, mais également plus haut, presque au niveau de la tête d’un ogre. Le vent se mit à souffler plus fort, et tout le monde se regardait avec inquiétude. Nous n’étions pas seuls dans cette forêt. Bradley prit les devants en dégainant son épée et en accélérant le pas.

"On se dépêche, il ne faut pas rester ici plus…"

"Arrrgh ! "

Franck venait de crier, tombant lourdement au sol. Derrière lui se trouvait une silhouette de fumée, qui semblait s’être agrippée à son armure et le trainait en arrière. Il se débattait, mais l’esprit avait une bonne emprise sur lui. Etant la plus proche, je me jetais sur lui pour l’aider, essayant de taillader ce qui semblait être un esprit avec mes lames purificatrices. Pendant ce temps, Bradley interpelait d’une voix forte le mage, pour qu’il se bouge les fesses.

"Wallace ! "

Il était déjà en train d’agiter son bâton, qui s’était illuminé d’une lueur bleutée avant de projeter un jet de magie sur l’esprit. Et fort heureusement, car mes lames ne servaient pas à grand-chose et ne frappaient que le vide. L’esprit hurla en étant touché, et vola rapidement derrière les arbres, disparaissant de notre vue. Franck s’était rapidement relevé, fébrile et sa masse à la main, prêt à frapper tout en regardant de ses yeux révulsés les alentours.

"Bordel de… des Esprits, manquait plus que ça. Ca se tue comment ces trucs déjà ? "

Mais il n’eut pas le temps de donner une réponse, que le vent se leva et que les chuchotements n’en devinrent plus. Provenant de l’entrée de la forêt, un vent puissant porteur de cris aigües et déchirants nous balaya, emportant avec lui une nuée d’êtres éthérés qui se ruaient sur nous. Des contours embrumés, parfois des visages tordu de douleur et nous vrillant les tympans qui apparaissaient. Le réflexe fut immédiat, et l’ordre très facile à suivre.

"COUREZ !! "

Dans l’impossibilité de combattre de telles choses avec nos moyens, la meilleure solution était la fuite. Il nous fallait trouver refuge, un abri qui empêcherait ce vent porteur de malheur de nous engloutir. Nous courions, mais la nuée frénétique ne semblait pas de cet avis. Parfois nous nous faisions percuté par un de ces fantômes, qui comme le précédent tentait de nous trainer en arrière. Wallace utilisait alors sa magie pour le disperser, mais cela ne les repoussait qu’un cours moment. Agrippés, bousculés, nous nous faisions malmenés et des écorchures apparaissaient sur nos visages. Mais le pire de cette folie, c’est que la plupart du temps ce qui nous libérait de l’emprise des fantômes, c’était un autre fantôme. Dans le vacarme de leurs cris stridents, ils avaient l’air de se bousculer, voir même de se battre. Dans la tourmente, certaines silhouettes vaporeuses percutaient les arbres de façon violentes, et leurs semblant de bras et de griffes apparents lacéraient alors les arbres, tentant de se retenir. C’était un chaos sans nom, mais nous étions étrangement épargnés. Les grilles du manoir apparaissaient au loin sur le chemin, nous redonnant un semblant de courage. Je ne sais pas comment nous avions fait pour y arriver, tout ce dont je me souviens c’est que nous nous sommes rués sur les grilles, avons traversé la cour en friche du manoir pour ouvrir les portes et rentrer dans la bâtisse. Quand les lourds battants se refermèrent, nous n’entendions plus que nos souffles saccadés, nos pauvres poumons tentant de reprendre l’air avec difficulté. Je crois que nous étions tous un peu sonné, autant par la frayeur que nous venions d’avoir que par les cris incessants de ces êtres qui nous arrachaient la cervelle. Le calme un peu revenu, je remarquais enfin que les fantômes ne nous avaient pas suivis, et que les cris semblaient lointain. Ils ne pouvaient pas rentrer dans le manoir ? Tant mieux, c’est pas moi qui vais m’en plaindre. Mais le vacarme continuait toujours, les esprits ne semblaient pas se rasséréner. Bien qu’ayant du mal à respirer et à parler tant ma gorge me brûlait, je ne pus m’empêcher de faire une réflexion sur ce qu’il venait de se passer.

"Cette forêt… Ha… C’est moi ou… C’était vraiment… ha… le bordel ?! "

Personne ne me répondit. Sans doute parce que personne n’en avait quoi que ce soit à faire. Me laissant glisser au sol, je préférais aller de moi-même vers le sol plutôt que de le rencontrer brutalement si mon corps décidait de me lâcher d’un coup. Que j’avais mal à la tête, ça bourdonnait de partout. J’entendis à peine Bradley qui se mettait dans son rôle de chef de troupe.

"Tout le monde est là…. Tout le monde va bien ? "

Quelques grognements en guise de réponse, mais c’était suffisant. Je regardais autour, voyant que nous étions bien dans le manoir. Un grand hall, tout poussiéreux et silencieux. Ce silence… je pense que je vais apprendre à l’apprécier à l’avenir…

Au dehors, la nuée se calmait peu à peu. Les esprits retournaient à leur place dans la forêt, non sans pester les uns sur les autres. - Pourquoi vous nous avez arrêté ! Il fallait les aider, les sauver ! Mais les esprits les plus faibles et valeureux étaient en minorité, et bien vite ils se faisaient projeté et lacéré dans des cris. – Ce n’est pas à nous de décider, nous avons notre rôle ! Gardons la forêt, obéissons au Patriarch ! S’il décide de les laisser entrer, alors il ne faut pas intervenir... Un cri plus faible et las, une tristesse infinie qui s’étiolait dans le vent de la forêt… - Je ne veux pas… je ne veux plus… Je suis si las d’essayer… A quand cessera donc cette tourmente sans fin ?


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Chapitre 3 : à venir...





* ~ Fight to the Warden Rythm ~ *





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Ven 9 Nov - 16:32

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Chapitre 3 : Hungry for some Meat

Nous nous relevions, nos yeux s’habituant petit à petit à l’obscurité. Le hall était grand, il y avait quelques trous dans le toit qui laissaient passer la lumière. Ce qu’il y avait d’étrange, c’est que l’on n’entendait rien. Pas le sifflement du vent à travers les fissures du toit, pas le son des oiseaux au dehors, ni l’écho des branches des arbres qui bougent au dehors. Il y avait quelques fenêtres, encrassées par la poussière et des toiles d’araignées, où seules l’ombre mouvante des arbres au dehors montraient la moindre activité. Mais pas un bruit. Sur nos gardes, nous restions groupés tout en observant la pièce. Ce hall d’entrée devait être beau à l’époque, de solides poutres au bois sombre, des murs en pièce en partie brûlées et… griffées ? Il y avait deux escaliers montant sur des étages à colombes, montrant des portraits poussiéreux ou bien déchirés. Il y avait deux grandes tables sur les côtés du hall, l’une encore debout avec des plats poussiéreux et une nappe rongée par les mites, l’autre brisée en deux et renversée, toute la vaisselle en métal étant éparpillées par terre. Sur les côtés et au fond du hall on pouvait trouver de nombreuses portes, menant aux autres ailes du manoir. Il y avait également au fond et faisant face à la grande porte un encadrement de cheminé en pierre, noirci par la suie mais qui devait être majestueux une fois allumé. Il n’y avait pas uniquement des traces de brûlé sur la cheminée, mais également sur les murs en pierre et sur le sol carrelé. Un combat avait clairement eu lieu ici. Mais j’étais étonnée du côté vide de cette pièce, comme si quelque chose manquait. Cependant, le décor était déjà posé pour un manoir soit disant hanté. Avec la forêt d’esprit, pour le moment on rentrait plutôt bien dans les critères. Cette pensé me fit sourire, et je ne pus m’empêcher de faire une petite réflexion avec amusement.

"Si ça, ça met pas l’ambiance en plus… Je suis presque étonnée de ne pas voir de corps par terre. Même pas quelques petits os pour le décorum ? Fu fu fu…"

Je riais à mon habitude, ce qui n’était pas forcément du goût des autres. Notamment Franck qui était toujours prompt à vouloir mettre fin à mes petites joies de tous les jours. Il persiffla entre ses dents avec humeur, semblant bien moins vaillant que lorsque nous étions à la taverne hier.

"C’est bon, pas la peine d’en rajouter ! "

La forêt semblait l’avoir un peu ébranlé, la peur était là. Mais en regardant autour, on pouvait voir que j’avais vu juste. Pas un seul corps en vue. Pour une maison qui soit disant a subis un massacre, ça restait singulier. J’haussais des épaules, souriant toujours avec la même insouciance et me rapprochant d’une des tables pour observer d’un peu plus près l’argenterie.

"N’empêche j’ai raison, c’est bizarre…"

On s’était un peu éparpillés tout en observant le hall. Je m’étais rapprochée de la table, pendant que Wallace et Franck était de l’autre côté au niveau de la table brisée, et Mina près d’un des escaliers. Le lieutenant lui s’était avancé au milieu de la salle, ayant sorti son espèce de carte donnée par le vieux prêtre. Il regardait alternativement celle-ci et la salle, semblant chercher des indications pour nous diriger vers cette fameuse relique, et le démon qui la garde.

" Cherchons des indices, et restez sur vos gardes. La carte mentionne une porte à passer de ce côté, on devr…"

Un lourd craquement retentit soudainement, nous faisant sursauter par la différence avec le silence incommodant qui nous entourait. Le craquement avait été suivis par des raclements contre le bois, comme si quelque chose griffait les murs de la salle tout en remontant vers l’étage. Mina, qui avait commencé à monter cet escalier, s’était figée. Le silence revint de nouveau, plus glaçant et plus inquiétant encore que le reste. Chacun se regardait, et quand on me regardait je levais les mains pour montrer que pour une fois, ce n’était pas moi. J’avais beau avoir commencé à me remplir les poches de petites choses brillantes et de possible valeur qui étaient sur la table, j’avais déclenché aucun piège. Enfin, rien de non-magique. On me foudroyait du regard, comme si c’était de ma faute. Wallace lui ne s’inquiétait en rien de qui était en faute. Serrant son bâton comme si sa vie en dépendait, il regardait frénétiquement autour, comme s’il allait se faire attaquer au moindre instant. Même sa voix était perchée plus haut que d’habitude avec sa peur.

"Vous avez entendu ? "

Franck, comme à son habitude, fit une remarque tout en soupirant et en levant les yeux vers le ciel.

""Oui, là pour une fois on a tous entendu…"

Pour autant, il ne faisait pas plus le fier. Tout le monde était en un instant sur ses gardes, se rapprochant en formation défensive du lieutenant Bradley et surtout en s’éloignant des murs. Tout le monde, sauf Mina. Celle-ci était toujours dans les escaliers, et presque en haut même. Son regard était fixé sur quelque chose, ou du moins dans la direction d’un couloir. Attirée comme un papillon par la flamme d’un feu de camp. Bradley voulu la mettre en garder et la rappeler à l’ordre, ou plutôt la réveiller. C’était étrange d’ailleurs, car il essayait avec sa voix grave d’être autoritaire, mais en même temps la situation lui intimait une certaine discrétion. C’est donc de façon très étrange qu’il l’interpellait de sa voix grave mais presque chuchotée.

"Mina, où est ce que tu vas ? Redescend ! "

La chasseuse n’était pas du tout encline à nous écouter. C’est à peine si elle tourna son regard vers nous. Elle continuait de monter, parlant également à voix basse. Comme hypnotisée.

"On dirait… des couinements. Je crois qu’il y a quelque chose là-haut…"

Elle était enfin en haut de l’escalier, et marchait doucement vers le couloir. Avant de se soustraire à notre vue.

"Mina, attend ! "

Wallace avait bondi en avant, se précipitant pour monter les escaliers. Je le suivais de près, étant la plus proche et plus rapide que les autres lourdement armés. Les autres suivirent bien sûr, et c’est avec un manque certain de discrétion que nous nous retrouvions tous dans ce fameux couloir. Il était tout en bois, assez long avec des portes à peu près tous les 3 mètres. C’était très sombre, le sol était recouvert d’un tapis mangé en plusieurs endroits et les murs portaient alternativement des tableaux et des miroirs. La peinture était très sombre, presque illisible à part des nuances de noirs, de brun et de beige. Cela rajoutait au côté inquiétant et lugubre, le couloir n’étant pas très large, pouvant difficilement passer à trois personnes de front. Nous avions avancé vers ce couloir, où Mina se trouvait. Il y avait quelques bougies allumées de ça et de là, éclairant faiblement le couloir. Mais cela n’allait pas jusqu’au fond. Sans doute notre mage Wallace qui les avait allumés, pour mieux voir. Il était d’ailleurs devant moi, et je me retrouvais à côté de lui. Mina était deux mètres plus loin devant nous, et j’étais étonnées de voir Wallace figé avec frayeur, tenant son bâton fermement. Je regardais Mina, qui était accroupie au sol, regardant le fond du couloir. Une odeur me vint au narine, piquante et épicée, rance à souhait. Je fronçais des sourcils, voyant au fond du couloir deux petites lueurs. Des yeux brillants à la lumière des bougies, le son de pattes sur le tapis, un couinement de chien. La paire d’yeux fut suivie d’une deuxième, puis d’une troisième plus loin dans la pénombre. Quelques petits grognements, mais surtout des bruits plaintifs. Mina était là, à les regarder avec un petit sourire, se faisant rassurante.

"Laaa... N’ai pas peur…"

Mes yeux s’habituèrent rapidement à la pénombre, et je pus voir plus en détails ces chiens. C’était encore sombre, mais ce que mes yeux étranges virent me tendirent comme un arc. L’odeur se fit plus présente, plus forte avec les autres chiens. De suite mon instinct me donnait l’alerte, mais je devais rester calme. Mina était devant nous, accroupie et donc vulnérable devant des chiens qui n’étaient qu’à 3 mètres d’elle. Autant dire à deux foulées de la Mort. Les autres ne semblèrent pas avoir encore remarqué, et Mina était dans un état étrange. Je parlais d’une voix ferme mais basse, mes yeux toujours fixés sur les molosses.

"Mina… relève toi et….recule... doucement…"

Les autres froncèrent un peu des sourcils, mais comprirent rapidement que si je disais ça, c’est qu’il y avait danger. J’aimais les bestioles autant qu’elle, encore plus même si elles sont dangereuses. Mais là, pour que je donne ce genre de conseil, c’est qu’il n’était vraiment pas conseillé de s’approcher d’eux. Mina elle ne releva pas, ou plutôt ne semblait pas vraiment en état de pouvoir comprendre. Elle tourna à peine la tête, répondant vaguement.

"Hein ? "

Les chiens commençaient à se rapprocher, petit à petit. Mes mains s’étaient doucement rapprochées de mes hanches pour saisir mes dagues purificatrices, prête à les dégainer. Mais aucun mouvement brusque ne devait les alerter et les faire sauter sur Mina. Le passage ne permettait pas aux autres de nous aider sans provoquer l’attaque des chiens, il n’y avait que Wallace et moi au-devant. A mesure que les chiens se rapprochaient, on pouvait plus facilement distinguer leur apparence décatie et effrayante. J’essayais une fois de plus de faire entendre raison à Mina, d’une voix douce et calme. Wallace lui avait du mal à se contenir, attendant sans doute de pouvoir aider son amie comme il le pouvait.

"Mina… Ils sentent la Mort… ils ne sont plus… vivants"

Les bêtes s’étaient rapprochées de la chasseuse, se trouvant à deux mètres. Là, comme si l’odeur plus forte de putréfaction et la vue plus éclairée de ces animaux réveillaient Mina de sa transe, elle comprit enfin en devenant livide et ne pipant plus un mot. Devant nous se dressaient trois mabaris, ou plutôt ce qui devait être des mabaris. Pelés et sans fourrure, couverts de croûtes sur les endroits pour lesquels il y avait encore de la peau, ces animaux n’étaient plus que chair à vif, os et tendons voyants, muscles putréfiés tenant par magie sur leurs membres. Des morts-vivants. Il était étonnant de voir ces écorchés capables de se tenir debout, mais la magie noire était sans doute pour quelque chose. Mina se relevait enfin doucement, mais ce mouvement alerta les chiens. Ils se mirent à grogner plus férocement, à montrer les crocs et à se positionner prêts à bondir. Plus aucun gémissement de pitié, juste les grondements de la chasse. Il fallait sortir Mina de là, et rapidement. Une charge de Mabari n’était pas facile à déjouer, surtout pour des poids légers comme Mina, Wallace et moi-même. Vu la taille du couloir, il fallait que Bradley et Franck soient au-devant avec Wallace en soutient. Mais là, impossible de facilement changer de formation. Tout allait devoir se passer très vite. Nous étions tous ensemble depuis assez longtemps pour savoir quoi faire, instinctivement. Mina tentait doucement de reculer, portant doucement ses mains vers ses dagues mais s’arrêtant en chemin alors que les mabaris devenaient plus agressifs. Cela n’allait pas tarder. Je fixais les mabaris ainsi que Mina, attendant le signal. Il allait être assez facile à trouver. Il y eu un moment de flottement, comme si chacun attendait le bon moment. Puis les écorchés passèrent à l’attaque. Le premier bondit en avant, tandis qu’à l’inverse Mina sautait en arrière. Pour l’aider à s’écarter plus vite des mâchoires du molosse, je l’avais saisie au vol pour également sauter en arrière et l’emporter avec moi, tout en donnant (inutilement) le signal au mage d’agir.

"Wallace ! "

Aussitôt il avait frappé son bâton au sol, déployant une onde magique protectrice. Ou plutôt répulsive, les chiens se prenant la bulle lumineuse en pleine truffe et se retrouvant repoussé en arrière. Ils étaient rapides à se remettre debout et à attaquer de nouveau, mais le temps avait été suffisant pour nous de nous mettre en position. Franck et Bradley étaient à présent au-devant, épée au clair et repoussant les molosses avec leur bouclier. Ces mabaris étaient lourds malgré leur corps mort et en putréfaction. Egalement, le combat avançant nous nous rendions facilement compte qu’ils n’éprouvaient aucune douleur. Et par le Créateur, qu’ils puaient la mort ! Mes yeux et mes narines me piquaient tellement que je me croyais de nouveau dans les Tréfonds avec un nid de Hurlock. Mais nous avions autre-chose à penser pendant que les poids lourds se battaient. Il fallait prévoir une possible retraite, Mina et moi nous étions retournés pour vérifier que nous n’étions pas pris à revers par d’autres bestioles. Mais derrière nous ne se trouvait plus le début du couloir avec l’escalier, mais le même couloir qui semblait se prolonger à l’infini. Là, c’était vraiment problématique. D’un coup, les portes autour de nous se mirent à vibrer, ou plutôt à se faire secouer alors que des aboiements de rage retentissaient de l’autres côté. Il y en avait d’autre de ces choses ?! Le bois craquait sous les griffes et les attaques de ces morts-vivants, les portes n’allant pas tarder à céder. Wallace avait aidé Franck et Bradley à se débarrasser des trois mabaris, mais si nous étions tous cernés alors les choses pouvaient vraiment dégénérer. Le vacarme et le temps manquant, quand ils eurent fini de décapiter les bêtes (ce qui semblait être la seule solution) Mina sonna le glas du « repli tactique ».

" Par-là, il faut trouver un endroit où se barricader ! "

Les portes commençaient à céder, les crocs luisants et la puanteur de ces morts-vivants nous enjoignirent à nous presser. Littéralement. Vu le peu de place dans ce couloir, la débandade n’était pas très ordonnée et esthétique, mais on s’en fiche quand notre vie est en jeu, non ? Nous courions dans ce couloir, à la recherche d’une porte qui ne contienne pas de mabaris enragés ou tout du moins qui s’ouvre. Une première porte, rien ne cédait… Une deuxième de l’autre côté, rien ne s’ouvrait… Une troisième, qui à peine la poignée tournée se mit à trembler et à se faire martelée par un autre mabari sans doute enfermé derrière.  Nous jetions des regards derrière nous, regardant les portes peu à peu céder et les yeux brillants des mabaris apparaitre à mesure qu’ils se libéraient. Finalement une porte accepta enfin de s’ouvrir, et sans vraiment prendre le temps de savoir s’il y avait une autre bestiole dedans nous nous engouffrions dedans. C’était une chambre, assez grande mais sans molosse enragés. C’était un bon point.

"Bloquez la porte ! Bloquez !!! "

Les aboiements des mabaris se rapprochaient, et à peine avions nous fermés la porte qu’ils se jetèrent dessus. La poignée mal enclenchée céda et la porte s’entrouvrit, laissant apparaitre les pattes d’un mabari et le museau d’un autre, qui essayaient de forcer la porte. Franck et Bradley appuyaient de toute leur force contre la porte pour la fermer, et Wallace utilisa de nouveau un de ses sorts pour repousser avec sa « bulle » magique les chiens. La porte se ferma sèchement, manquant de faire perdre l’équilibre à Franck qui poussa un juron. Mais bien que fermée la porte se faisait tambouriner sans merci, et pour aider nous cherchions dans la pièce le moindre meuble pouvant aider à soutenir ce qui nous séparait d’un combat difficile, douloureux et sans doute d’une fin peu enviable. C’est ainsi qu’une commode, une caisse de rangement et une statue en bois de mabari vinrent compléter le tableau. Nous attendions là, maintenant la porte en espérant qu’ils perdent patience. Moins de cinq minutes passèrent avant que ces chiens ne finissent par se lasser, poussant des grognements et des hurlements de frustrations. Des bruits de pas qui s’en allaient dans le couloir, le silence qui revenait petit à petit. Sans doute les cinq minutes les plus longues de la journée pour nous. Je me retournais pour vérifier que ces sales bêtes ne pouvaient pas rentrer dans la pièce par un autre passage, comme une porte dérobée ou autre. Mais il n’y avait rien dans cette grande chambre. Tout le monde était sur les nerfs, aux aguets et sans aucun doute effrayés. Les choses n’allaient pas du tout comme prévu. Je n’en menais pas large non plus. Non pas que l’idée de me battre contre des morts-vivants soit vraiment rédhibitoire, mais le fait de se savoir enfermé dans un endroit qui change aussi facilement de configuration pour nous garder au piège, et que je ne puisse rien faire dans mes moyens pour en réchapper… Voilà ce qui était réellement effrayant pour moi. Dans la pièce, on entendait plus que nos halètements, chacun reprenant sa respiration. Tiens, une impression de déjà-vu… Wallace s’était assis par terre, ses sorts à répétition l’ayant quelque peu épuisé.

"Vous croyez qu’ils sont partis ? "

Bradley secouait la tête, essayant de rassembler ses idées.

"J’en sais rien, mais mieux vaut attendre et réfléchir à la suite. "

De mon côté, j’étais affalée contre un mur, me mettant soudainement à rire en pensant au côté risible de la situation. On doutait au début que cette maison était hantée, mais maintenant on avait plus que des preuves, non ?

"Des morts-vivants, des couloirs sans fin… Enfin quelque chose de concret et d’un peu amusant, ha ha ha ! "

Mon rire de folle avait excédé Franck, qui ne goutait pas du tout mon sens de l’humour ni même ma tentative pour détendre un peu l’atmosphère.

"Ho la ferme ! Y’a que toi pour trouver ça amusant, t’es tarée."

Je souriais un peu plus et le fixais de mes yeux étranges mais malicieux, rétorquant d’une voix provocatrice et encline à vouloir provoquer le chaos par le jeu d’esprit.

"Et si seulement ce n’était que ça Franky… Moi au moins je ne mouille pas mon pantalon~ ..."

Franck s’était relevé et me faisait face, me foudroyant du regard comme pour me défier de rire encore de lui. Il faisait une bonne tête de plus que moi, mais il était loin du compte s’il pensait que cela allait m’intimider. Sans doute un de ses réflexes quand il se sent visé ou qu’il est vexé… Il n’aimait pas montrer ses faiblesses, et même s’il n’avait pas fait dans son froc remettre en question son courage par de simples mots était suffisant pour lui. Surtout s’il y avait un brin de vérité derrière. Le lieutenant mis fin à ce début de joute verbale, se redressant pour endosser de nouveau son rôle de chef de patrouille.

"Ça suffit. Cherchons des indices et voir comment sortir en évitant ces chiens. "

Il y avait en effet ce problème de mabaris-zombie, dont le nombre indéterminé dans le couloir rendait les pronostics difficiles et dont la taille du champ de bataille demandait une certaine stratégie. Sans parler du fait que nous étions enfermés magiquement dans une boucle spatiale avec un couloir infini. Comment s’en sortir ? Il fallait espérer que Wallace ait de la ressource pour briser le sortilège, l’enchantement ou je ne sais quoi d’autre. Lui et Mina semblaient d’ailleurs activement en discuter, elle racontant l’espèce d’hypnose qu’elle avait subi et Wallace ses hypothèses. Dans leurs coins ils débattaient et tentaient des sorts d’identification, et pour nous autres pauvres mortels nous étions cantonné à la bonne vieille méthode ancestrale :la fouille. La pièce était très grande, vraiment grande pour une chambre. Elle devait faire au moins 10 mètres par 15, comprenant en plus du lit à baldaquin large un bureau d’étude, de nombreuses commodes et une cheminée. Les dimensions montraient forcément la chambre d’une personne d’importance, mais je notais surtout le fait qu’ici au moins je serais capable de me battre de façon plus à l’aise. Il y avait également 3 fenêtres sur le mur opposé à la porte, mais la lumière avait bien du mal à passer à travers la crasse et les rideaux de pourpre. Wallace avait au moins eu la bonne idée d’aller les quelques bougies qu’il restait dans la pièce, et utilisait en plus son bâton pour émettre une douce lumière bleutée. Douce ou flippante, c’est comme on veut selon les circonstances. J’avais pris une des bougies sur un petit candélabre pour éclairer mes recherches. J’avais jeté mon dévolu sur le meuble d’étude, tandis que Franck préférait fouiller la commode avec le grand miroir et Bradley le coffre de pied de lit. Le silence était pesant, comme indicateur de mauvais présage. C’était comme quand nous étions dans le hall, les sons semblaient étouffés et malgré les fenêtres il était impossible d’entendre le vent et les arbres au dehors. Pas de grondements de mabaris non plus, c’était déjà le côté positif de la chose. Ma bougie à la main, je m’approchais de l’étude et fouillais doucement entre les documents épars. Le parchemin était vieux et fragile, certains s’effritant trop facilement sous mes doigts. L’écriture était parfois illisible, le temps ayant fait son œuvre, ou bien l’humidité des lieux. Il y avait des gribouillis, parfois des dessins qui ressemblaient à des calculs ou bien à des cercles de magie. Des tâches d’encres, une odeur poussiéreuse qui me faisait tousser, une liste de choses inscrite sur un bout de parchemin. Je délaissais les papiers sur le bureau, peu utiles ici. J’ouvrais ensuite les tiroirs, qui peut être donneraient plus d’indications. Le premier contenait juste des feuilles vierges, un pain d’encre avec un encrier et quelques plumes abîmées. Le deuxième tiroir contenait ce qui ressemblait à un classeur, ainsi qu’un carnet. Je sortais les deux, ouvrant le grand classeur. Il y avait de grandes pages de parchemins, avec de nombreux calculs et cercles magiques. De ce que le prêtre avait dit, c’était une famille avec des mages. A croire qu’à l’époque ils n’avaient pas la présence d’esprit de cacher plus soigneusement leurs études. Je refermais le classeur, ouvrant le carnet et feuilletant les pages. La même chose, avec plus d’écritures et d’annotations. Voyant là beaucoup de matière à intéresser notre mage, j’appelais Wallace pour qu’il lise et nous en sortent potentiellement quelque chose d’utile. Lui laissant la place de l’étude, je reprenais ma bougie pour observer un peu plus la pièce. En y regardant de plus près, bien que ce soit la chambre du maître elle n’était pas en meilleur état que le hall. Les rideaux et les quelques tapisseries étaient déchirées, il y avait aussi des traces de brûlures sur les murs, et du sang.  Sur les murs par petits endroits, mais également sur le sol comme si on avait tué quelque chose ou quelqu’un puis trainés les corps en dehors de la chambre. Mais une fois de plus, pas de corps ni d’ossements dans les environs. Le lit était défait, les draps anciennement blancs étant plus sombre et jaunis au milieu, sales de la personne qui avait dormi dedans, comme s’il s’était décomposé là. Je m’approchais d’une commode plus petite, avec de petits miroirs polis et des accessoires de coiffure. C’étaient des objets bien travaillés, ce qui devait justifier d’autant plus que cette pièce était celle du maitre des lieux. J’ouvrais l’un des tiroirs, regardant ce qu’il avait à offrir. Rien d’autre que des vêtements rongés par les mites et le temps. Soudain j’eus un frisson et me relevais brusquement. J’avais cru voir un reflet dans les objets en argent, mais la poussière rendait logiquement la chose… impossible. Une sueur froide me passait dans le dos, mes sens et mon instinct me mettant en garde. J’avais l’impression d’être observée. Il ne fallait pas rester ici trop longtemps. Personne ne semblait avoir remarqué mon sursaut, chacun absorbés par ses tâches. Franck semblait en avoir fini avec la commode, et passait à la cheminée surmontée d’un autre miroir et de statuettes de mabaris. Je rejoignais Bradley pour lui faire part de mon inquiétude, quand Wallace se mit à parler à voix haute à tout le monde. Les carnets en main, il semblait avoir trouvé quelque chose d’utile.

"Je crois que le vieux prêtre avait raison. Il y avait de la magie là-dedans, et le paternel semblait alité. Mais c’est étrange… ça dit qu’il avait « réussi », du coup il devrait avoir guéri son père, non ? Alors pourquoi il n’y a mention du reste nulle part ? "

Ce n’était pas l’information primordiale qu’on attendait, mais on avait au moins confirmation de ce qui était vrai ou non dans cette histoire. Sa dernière remarque par contre me fis sourire, et je ne pus m’empêcher de lui faire considérer le scénario le plus probable.

"T’as vu l’état de la baraque et de la chambre ? Qu’il se soit fait bouffé par un de ces clebs ou le démon m’étonnerait même pas. "

J’haussais des épaules, écoutant à peine la remarque de Mina qui s’était rapprochée d’un tableau trônant au-dessus de l’étude.

"Hé, venez voir… on dirait les gens du manoir. Celui-là, il me dit quelque chose…"

Un bruit mat de chute et de cliquetis métallique. Tout le monde sursautait et se retournait, pour voir Franck étalé par terre, immobile sur le dos et ses yeux grands ouverts, sans cligner.

"Franck ? Franck ! "

Mina était juste à côté et s’était vivement rapprochée de lui, accroupie pour le secouer et essayer de le… réveiller ? Il ne bougeait pas, mais ses yeux étaient grands ouverts. De mon côté je le regardais en soupirant, croisant les doigts. Sans doute qu’il voulait faire le malin, comme parfois il sait le faire pour nous faire peur. Comme si là c’était le meilleur moment pour.

"Franck, c’est pas le moment de faire une de tes blagues de mauvais goût. Allez, lève-toi ! "

Aucune réaction. Un nouveau frisson me traversa, comme si nous étions observés. Mais il n’y avait personne d’autre que nous dans cette pièce, et sans doute que si un esprit ou un démon était présent il se serait manifesté plus tôt. Mais là, le cas de Franck remettait en cause cette hypothèse. Bradley s’était également rapproché, portant une de ses mains au cou du guerrier. Il fronça des sourcils, se tournant vers notre mage et se relevant.

"Wallace ? "

Vu sa réaction, Franck n’était pas mort, mais quelque chose n’allait pas. En observant Franck et en me remémorant la journée, je ne voyais à aucun moment l’œuvre ici d’un poison, ni même les symptômes. C’était donc de la magie ? Wallace s’approcha du corps, passant sa main au-dessus de lui. Il y eut des effluves lumineux de magie, passant au-dessus et au travers du corps de Franck. Après quelques longues secondes d’auscultation, Wallace s’arrêta, très troublé.

"Je… Il n’est plus là… Son esprit n’est plus là ! Il est vivant mais… il n’y a plus rien à l’intérieur. "

Donc… il est mort ou il est pas mort ? Ces choses là me dépassaient un peu. Si son esprit n’était plus là, alors où était il passé ? Personne n’avait rien vu, ni entendu. Et pourtant, le Créateur sait à quel point les bestioles ici sont bruyantes, que ce soit les esprits de la forêt ou les mabaris morts-vivants. La question était là, et on se retrouvait quand même avec un poids mort avec nous. Soudain des grondements, et de nouveau des grognements et la porte de la chambre qui bondissait presque de ses gonds. Les mabaris étaient de retour, mais on ne les avait même pas entendu approcher ! encore plus excité qu’avant, la porte craquait sinistrement et les objets pour renforcer la porte tombaient les uns après les autres. Bradley et Mina, les plus proches de la porte, s’y précipitèrent pour essayer de la soutenir. Wallace était toujours près de Franck, essayant des sorts pour trouver une solution et ramener son esprit. Pour ma part, ras le cul de ce manoir hanté ! Il était temps de mettre les voiles, et pour de bon. Je m’approchais de la fenêtre, prenant un tabouret qui trainait là et le fracassait violemment contre la vitre. Il y eut un craquement, mais le verre ne cédait pas. C’était insensé. Je frappais avec plus de violence, répétant les coups tout en démolissant en même temps le tabouret jusqu’à ce qu’il ne me reste plus qu’un pied de celui-ci entre les mains. La vitre s’était fissuré en de multiples endroits, mais sous mes yeux elles se rétractèrent et disparaissaient, laissant la vitre intacte. Je fronçais des sourcils et poussais un juron entre mes dents. Foutue magie… Revenant vers la porte en trottinant pour les aider, je me pressais contre pour contenir la pression des mabaris en furie. Et avec autant de flegme et de légèreté, je faisais mon rapport sur mon échec.

"Bon les fenêtres faut oublier… on ne peut pas les briser. Là ça commence à devenir embêtant. "

Personne ne releva bien entendu, mais peu importe ce n’était pas vraiment fit pour. A nous trois, nous avions du mal à maintenir la porte, et les Mabaris semblaient devenir de plus en plus frénétiques à mesure que le bois cédait. Il fallait réfléchir, et vite. Mais le choix s’imposa de lui-même pour Bradley.

"Bordel de… Pas le choix, on les affronte ici. Vite, préparez-vous ! "

D’un bond nous nous écartions de la porte, reculant autant que possible en laissant les meubles en place. Ils allaient au moins nous laisser quelques secondes. En formation, Bradley au devant avec son bouclier, Mina et moi sur les flancs puis Wallace à l’arrière en support et pour protéger le corps de Franck. Comme pressenti, la porte ne tint par longtemps. Les museaux décomposés aux canines saillantes défonçaient avec frénésie la moindre brèche, peu importe que cela leur arrache un lambeau de chair en décomposition au passage. La porte se brisa, les mabaris poussèrent les meubles avec facilités, puis ils déboulèrent sur nous comme le ferait un enclin. Il y avait facilement une demi-douzaine de mabaris qui entrèrent dans la salle, mais notre formation de Garde et l’espace de la chambre nous donnaient un avantage. Nous étions préparés à affronter des êtres horribles comme des engeances, et ici nous pouvions au moins pour chacun avoir sa juste place d’action. Deux mabaris bondirent sur Bradley, qu’un revers de bouclier accueilli le premier et un coup d’épée dans la gorge dit bonjour à l’autre. Un mabari s’attaqua également à moi, sa grande gueule ouverte et sa masse lancée sur moi dans un bond. Précise et rapide, je profitais de son élan pour l’entrainer avec moi au sol pour me saisir de sa gueule d’une main et sectionner avec ma dague le tendon de la mâchoire. Pas un seul couinement de douleur et toujours autant de frénésie. Le combat était surtout rendu difficile par le fait qu’ils ne ressentaient rien, et à part leur couper la tête il n’y avait pas grand-chose à faire. Mina et moi manquions de la puissance de frappe de Bradley, mais nous étions toutes les deux rapides et précises. Surtout, nous savions chasser et donc attaquer les points faibles. Couper tendons et muscles au pattes, endommager les articulations… Il y avait bien des manières de les ralentir, de les immobiliser puis de les achever, surtout que nous avions ici plus de place. Leur puissance canine et leur nombre étaient des handicaps certains pour nous, mais Wallace était là pour compenser. Comme tout à l’heure, il utilisait sont sort pour repousser les mabaris par vagues, mais également pour leur infliger des blessures par des sorts offensifs. Le combat était dur et éprouvant, on n’arrivait pas à vraiment compter. Tout ce qui nous arrivait dessus était un ennemi à terrasser. Concentrée, j’en oubliais un peu le côté morbide de ces adversaires et de ce lieu pour m’adonner pleinement au plaisir de la tuerie. C’était grisant, et la chose en moi feulait de plaisir. Nous étions organisés et Bradley en tant que Vétéran tenait bien le coup. Mais à un moment, nous nous fîmes débordés par le nombre et des mabaris réussirent à passer derrière Mina et moi pour s’attaquer directement à Wallace. Voyant cela, je me précipitais pour l’aider, étant en meilleure position que Mina. Il fut difficile de les repousser, et ce n’est qu’au prix de profondes griffues et coups de crocs que je réussis à l’aider à les repousser. Leur nombre cessait d’un coup, et sans que nous nous en rendions compte il n’y avait plus de mabaris qui venaient à la charge. Dans la salle, c’était une bonne douzaine d’entre eux qui gisaient dans la chambre. Et pourtant, il m’en avait semblé tellement plus. Haletants, fourbus et pourtant encore sous la tension de la tuerie, nous nous regardions chacun, vérifiant silencieusement que nous allions bien. Mina et moi étions blessées, les coupures des coups de griffes et de crocs sur nos armures plus légères étant autant de picotements désagréables que ce qui nous confirmait que nous étions toujours vivante. Bradley lui était plus en forme que nous, quoi que plus couvert de la chair en putréfaction de ces morts-vivants. Avec tous ces corps, l’odeur dans la pièce devenait intolérable pour moi, je plissais des yeux et tentais tant bien que mal de me cacher le nez avec la main. Je suis une chose sensible et délicate, contrairement à ce que les gens pensent. Par réflexe, Wallace se dirigea vers nous pour nous soigner avec sa magie. Il commença par Mina, dont le regard venait de se poser sur l’endroit où se trouvait le corps de Franck, légèrement oublié pendant le combat.

"Ho non… Franck…"

Elle s’était levée pour se rapprocher du corps, poussant le cadavre d’un des chiens qui était affalé sur lui. Il avait la gorge arrachée et une partie du visage mangée, son sang s’écoulant au sol en une mare sombre. Mina détourna son regard, dégoutée au possible. J’observais, pensant à ce qui avait pu se passer. Sans doute quand nous avions été submergé et que j’ai aidé Wallace, je n’avais pas fait attention au possible clebs qui pourrait s’en prendre à son corps. Mais je n’éprouvais pas plus de peine ni de remord que ça. Avec son corps inerte il était un poids mort, et on avait notre propre survie à considérer avant tout. Il était mort, point final. Il fallait avancer. Les autres n’étaient pas vraiment d’accord, ou plutôt Wallace s’était avancé pour tenter quelque chose. Mais en voyant l’état du corps, il se ravisa presque aussitôt.

"C’est… Il est trop tard… Il est trop abîmé, et son cœur ne bat plus…"

J’allais dire que ça crevait les yeux, mais je me ravisais. Le moment n’était pas vraiment à déballer l’évidence, surtout que certains pourraient mal le prendre. Bradley s’était rapproché également, et nous étions tous en cercle autour de lui, à l’observer silencieusement. Mais le silence ne dura pas très longtemps, car le Lieutenant brisa le silence de sa voix rocailleuse et quelque peu lasse, voir attristée.

"Sortons d’ici. Nous n’aurions jamais dû sortir du chemin prévu…"

Mina le regarda avec un peu de défiance, ou plutôt de honte. Si elle n’était pas montée dans l’escalier et n’était pas allée dans ce couloir, il ne serait peut être pas mort. Mais elle avait été sous l’emprise d’un sort, sans nul doute, du moins c’est ce que Wallace en avait conclu plus tôt. Ce manoir avait une influence sur nous tous, une mauvaise influence. Elle n’était donc pas vraiment à blâmer. Et puis on ne savait pas ce qu’il était arrivé à Franck pour qu’il soit dans cet état là. Mina se reprit un moment, demandant à Bradley s’il fallait vraiment partir comme ça.

"On laisse son corps ici, comme ça ? "

Bradley ne s’était même pas retourné, il se dirigeait déjà vers la porte, enjambant les corps des mabaris.

"Allons vaincre le démon, nous récupérerons son corps après. Il aura droit à des funérailles comme il faut. Ne restons pas là, trouvons un moyen de sortir de ce couloir et de ne plus tomber sur ces… choses."

Il jeta un regard dégoûté sur la pièce, apparemment en colère mais déterminé. Il sortir de la pièce, et bien rapidement nous le suivions. Il ne fallait pas rester ici. Il fallait trouver un moyen de s’enfuir….

- Je suis là !! Ne me laissez pas ! Lieutenant ! Levez les yeux bon sang, je suis là !!- mais il avait beau frapper de ses mains translucides la paroi du miroir, personne ne l’entendait. Personne ne le voyait. Positionné au dessus de la commode, là où il avait croisé un reflet hideux au détour d’un miroir poussiéreux. Il voyait son corps là, étendu les yeux ouverts, tout le monde autour de lui. Il assistait là, impuissant, à la scène de combat et de son corps déchiré par les crocs viciés. –NOOOOON !! Mon corps ! – il frappait de nouveau, hurlait de tous ses poumons, des larmes vaporeuses roulant sur ses joues et soulignant son regard horrifié. – NE PARTEZ PAS, JE SUIS LAAA ! NE ME LAISSEZ PAS ! LIEUTENANT ! TULLIA ! RHAAAAAAAAAA ! – un hurlement de rage et de violents sanglots le secouèrent, alors qu’il les voyait quitter la pièce. Il se laissa tomber au sol, glissant contre la paroi qui le séparait de la réalité. Sa voix s’étranglait dans sa gorge, mais qui n’était que le reflet de son esprit et de son état désespéré. Son regard ne pouvait cependant se détacher de la pièce, à voir là son corps gisant et se vidant de son sang. Il eut un espoir en voyant des silhouettes revenir dans la pièce, mais fut terrifié en voyant que c’étaient ces bêtes impies. D’autres mabaris viciés, qui s’approchaient du corps et s’en saisirent. Non pas pour le manger, mais pour le trainer hors de la pièce, laissant derrière une trainée de sang qui venait ajouter à la décoration de la pièce. Il hurlait, pestait contre ces bêtes qui osaient voler son corps. Mais rien n’y faisait. Il se retrouvait là, seul de nouveau. Mais il n’osait pas se retourner. Il sentait un grand vide, sombre et froid derrière lui. Se retourner serait accepter sa position. Sa mort. Le manoir ne lui laissa cependant pas le choix. Des mains cadavériques apparurent derrière lui, se saisissant de sa silhouette vaporeuse pour le tirer en arrière. Horrifié, il se débattait en criant, se tordant pour essayer de décrocher les mains sans toutefois se détourner de la pièce ni regarder en arrière. Il hurlait, hurlait de rage et de désespoir, d’une peur viscérale bien justifiée. Mais alors qu’il se faisait entrainer en arrière, de plus en plus loin de la surface qui lui donnait vue sur la pièce, sa voix s’éteignit dans l’obscurité. Personne n’avait pu et ne pourra jamais plus l’entendre.


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Chapitre 4 : a Game of Shadows and Veggies

Bradley marchait vite dans le couloir, l’épée toujours au clair. Nous le suivions, tous aux aguets. Le couloir n’en finissait pas, toujours aussi sombre et seulement éclairé par le baton de Wallace. Mais le Lieutenant semblait trop perturbé par la mort de Franck pour vraiment remarquer ce qui l’entourait. Il marmonnait plutôt des jurons entre ses dents, finissant par parler à voix haute au reste du groupe, de façon déterminée et autoritaire.

"Il faut sortir d’ici… Le seul moyen d’échapper à ce manoir est de vaincre ce démon, sans doute…"

Il n’avait pas tord… Notre seul atout ici était Wallace, qui en tant que mage pouvait rompre les sorts. Enfin, pour peu qu’il sache par où commencer. Pour envahir ainsi tout le manoir et nous faire de telles illusions ou tours de passe-passe, ce démon avait vraiment la main mise sur les lieux. Nous marchions toujours, quand soudain le décor changea un peu. Il y avait en effet une fin à ce couloir, ou plutôt un virage. Mais ce n’était que de nouveau un couloir interminable. Cependant, il y avait des tableaux et des miroirs entourés de porte chandelle. Au fur et à mesure que nous avancions, les bougies s’allumaient, donnant au couloir plus de clarté que le précédent. Mais le fond du couloir semblait toujours aussi lointain et sombre, et les portes s’enchainaient comme une douloureuse épée de Damoclès prête à s’abattre sur nous. Nous avancions avec un peu plus de prudence, et ce même malaise me prenait en jetant un coup d’oeil aux miroirs. Les bougies y donnaient des reflets étranges… inquiétants. Les même que ceux que j’avais aperçu dans la chambre. Il y avait d’ailleurs beaucoup de bougies, et toutes allumées assez loin. C’était… étrangement rassurant. Je me tournais vers Wallace, essayant à ma manière de parler d’autre chose pour détendre l’atmosphère avant que l’un d’entre nous n’ait le cœur qui lâche.

"Au fait Wallace, c’est toi qui a allumé toutes ces bougies ? Je savais pas que tu pouvais aller aussi loin. "

Je lui souriais, mais son air perplexe et sa réponse hésitante n’étaient pas ce que j’attendais.

"Non… Ce n’est pas moi…"

Je regardais de nouveau le couloir, et ses bougies entourant les glaces… Pourquoi le manoir, ou plutôt les esprits, nous indiquaient ainsi le chemin ? Pour nous piéger ? Je me souvenais de nouveau de mon impression dans la chambre, et de Franck qui s’était trouvé devant le grand miroir. J’eus un frisson et de suite baissais les yeux pour éviter tout regard direct avec ces foutus objets.

"Ne regardez par les miroirs… Il y a quelque chose d’étrange et de mauvais. J’ai eu la même impression dans la chambre, et je crois que c’est ce qui a frappé Franck. Et qu’il y en ait autant, c’est vraiment bizarre. "

On me regarda un moment, puis chacun pris le soin de ne plus les regarder. Le couloir continuait, mais pas de portes qui s’ouvrent ou de grognement. Juste cette marche infinie. A bout de patience, mais sans pour autant s’arrêter, Bradley demanda au mage d’agir. Au moins pour faire bouger les choses.

"Wallace, est ce que tu peux faire quelque chose pour dissiper le sort ? Sinon on n’arrivera jamais à sortir. "

Il hausse des épaules, s’arrêtant un instant et fronçant de sourcils, semblant se concentrer.

"Je vais essayer, mais c’est une magie ici que je n’arrive pas à cerner. Je ne sais pas comment elle va réagir. Je vais voir pour me concentrer sur les bougies et sur les miroirs, cela pourrait marcher. "

Son inquiétude était compréhensible, mais c’était mieux que rien. Il fallait essayer, sinon nous allions devenir fou ici. Nous nous arrêtions tous pour nous mettre en formation autour de lui, chacun s’attendant à ce que quelque chose ne sorte des portes. Wallace concentra l’énergie dans sa main, la lumière bleue devenant dorée puis ensuite exploser autour de nous. Il y eut un souffle, les flammes des bougies vacillant alors que l’on entendait le son de craquement, de verre qui se brise. Soudain, les miroirs se brisèrent, ou plutôt explosèrent comme si quelque chose s’échappait. Il y eut des cris, des cris de douleurs et d’affolement, les flammes des bougies vacillant comme si elles étaient douées de vie. Chacun se protégea la face, sursautant et s’apprêtant à se confronter à un nouvel ennemi. Mais aussi soudainement que les miroirs s’étaient brisé, le silence et le calme revinrent dans le couloir. Nous ne bougions pas, regardant autour de nous. Les bougies derrières nous s’étaient éteintes, mais pas celles devant nous. Et le bout du couloir avait de nouveau une fin, ou plutôt un mur. Donc… Wallace ne s’était pas trompé dans son sort ?

"Je crois que ça veut dire que ça a marché…"

Je souriais un peu, m’époussetant des bris de verre. Personne d’autre ne souriait, mais au moins cette action avait l’honneur d’avoir un peu enlevé la crispation et la tension. Bradley, toujours aussi décidé, mena le nouvel « assaut » du couloir.

"Allons y…."

Arrivés au fond, un nouveau virage et… encore un couloir. Voyant cela, je poussais un soupire de frustration, levant les yeux vers le ciel. Mina fit écho à mes pensés, annonçant l’évidence devant nous.

"Encore un couloir, et des bougies…"

Je pouvais supporter des mabaris putréfiés, des esprits de la forêt fous, mais un tel endroit… J’étais déjà folle de base, mais j’ai mes propres limites. Ce couloir ressemblait en tout point au précédent, sauf qu’il n’y avait plus de miroir. Tout le monde se tourna de nouveau vers Wallace, l’enjoignant par notre silence et nos regards à ce qu’il essaye encore. Il hocha la tête et s’exécuta. De nouveau la vague de lumière dorée et les bougies qui vacillent… Mais cette fois pas de miroir qui explosent. Non… Les flammes vacillèrent puis se remirent bien droite, calme et silencieuse. Un nouveau frisson alors que je fixais le fond du couloir devant nous. Quelque chose. Les bougies s’éteignirent alors une à une, de la plus éloignée à la plus proche d’entre nous, sans un bruit ni un seul murmure de vent. Une soudaine obscurité, tout juste éclairée par le bâton de Wallace. Mais sa lumière semblait bloquée devant nous, comme si elle ne pouvait pas aller à plus de quelques centimètres. Une noirceur suffocante, opaque, crochue…. Crochue ? Une gueule béante, des yeux luisants et des crocs grands comme des poignards, une stature immense enveloppée de bandages et de vapeurs poussiéreuse de ténèbres. Juste devant nos visages. Un cri déchirant à l’agonie, perçant comme ceux de la forêt, puis nos cris déraillés avant qu’il ne se prenne un coup de dague dans la tronche. Les ténèbres étaient féroces et combatives, car elles n’avaient pas que des crocs mais également des griffes. Wallace eu le réflexe de recréer un sort de répulsion, qui éloigna la bête de nous de quelques mètres. Ou plutôt les bêtes. Des corps décharnés et grands, repliés sur eux-mêmes. Une gueule déformée, peut être autrefois humaine mais à présent remplie de crocs et de pics. Ce n’étaient pas des mains et des pieds, mais des griffes immenses enrubannées de bandages poussiéreux. Le moindre de leur mouvement semblait être suivis par l’obscurité et la poussière, une odeur de brûlé et de cendre… Je les reconnus, pour en avoir croisé une fois dans les Tréfonds. Des démons de Cendre. Des esprits malmenés ayant repris le corps de défunt et le déformant, se nourrissant de mauvaise énergie et de corps. En voir ici était peu étonnant finalement. Et pour ma part j’étais bien heureuse d’avoir enfin quelque chose de tangible à combattre. Mais ces choses sont plus vicieuses qu’il n’y parait. Elles étaient trois et se jetèrent de nouveau sur nous, mais avec une malice déconcertante. Elles bondissaient vers nous, se faisaient repousser relativement facilement si on évite les coups de griffes mais disparaissaient dans les mots dans un flot d’ombre et de cendre, pour réapparaitre au sol pour faucher les membres, ou bien au travers des murs pour nous tirer de leurs griffes. Ici, la rapidité et les réflexes étaient un avantage, et pour une fois ce fut Bradley qui fut en difficulté. Un peu trop lent et lourd par rapport à eux, il se faisait malmener. Wallace était une cible pour ces démons qui tentaient de l’attraper et de le bousculer. Il érigea une barrière autour de lui, laissant les démons s’en prendre à nous. Il avait raison, ici dans ce couloir il était le plus faible malgré sa magie et devait préserver son énergie. Mina et moi-même reprenions un peu l’avantage, utilisant agilité et vitesse pour nous en prendre à ces monstres. Et puis, sans savoir pourquoi, comme d’un commun accord les 3 démons s’en prirent en même temps à Bradley. Le bousculant, apparaissant derrière lui, le tirant et le projetant contre le mur, puis les portes. Il fut projeté plus loin dans le couloir, loin de nous.

"Bradley ! "

Mina et moi nous jetions en avant, alors que la noirceur engloutissait les grognements de combat de notre Lieutenant. Le cri se faisait de plus en plus lointain, le son d’un craquement de bois et des cris de furie des démons, puis un bruit étouffé d’une personne qui se débat. Wallace avait interrompu sa barrière pour nous rejoindre, préparant un sort pour repousser les démons. Sous la lumière bleue de son bâton, la silhouette de Bradley continuait de se faire malmener sous nos yeux, avant de se faire envoyer valdinguer au travers d’un porte qui céda sous leur poids. Nous nous jetions à ses trousses, mais l’un de ces démons nous pris de revers et nous poussa également sur une porte. Celle-ci s’ouvrit, et nous… tombions dans une clarté inhabituelle et incommodante. Comme expulsés par ce couloir, Wallace, Mina et moi-même nous retrouvions propulsés sur un carrelage froid dans une pièce éclairée par la lumière du jour. Et dans un claquement sec, la porte se referma. Nous n’étions plus dans ce maudit couloir, ni avec ces démons. Ni avec Bradley. Mina s’était relevé, se précipitant vers la porte pour ouvrir. Mais la poignée refusait de bouger, et le bois de céder.

"Non ! Bradley !!! Bradley !!! "

Dans un mouvement de rage elle essayait de défoncer la porte à coup d’épaule mais sans succès avec son petit gabarit. Wallace était toujours au sol, reprenant son souffle et étant quelque peu pâle. Il avait quand même reçu des coups de griffes, mais je supputais principalement l’épuisement de la magie à répétition. Il avait une ou deux potions de lyrium pour se redonner un peu de contenance, mais à ce rythme ce ne sera pas suffisant. De mon côté, tout en observant Mina essayer d’ouvrir la moindre porte de cette salle, je n’en menais pas large. Dans un grognement je me relevais doucement, me tenant les côtes alors que j’ai reçu un coup de griffe mal placé sur le flanc. Le cuir clouté n’avait pas tout absorbé, sans compter les bleus que je devais avoir et sans doute une côte fêlée. Renonçant finalement à me mettre debout, je m’asseyais, clignant des yeux pour regarder autour de nous. La lumière du jour filtrait à travers un plafond et des murs vitrés, l’ombre des arbres vacillant au dehors en silence nous confirmant que nous étions toujours dans le manoir. La différence de luminosité entre le couloir sans fin et cette pièce faisait mal aux yeux, aussi je mis un peu de temps à m’adapter. Je voyais le fond de ce qu’il semblait être la pièce, avec les fameuses portes que Mina continuait de frapper ou d’ouvrir avec ses dagues. Il y avait des armoires également, avec des instruments en vrac, des flacons, des plantes… en me retournant, faisant face au côté le plus lumineux de la pièce, je pouvais voir de nombreuses plantes. C’était un amassis de buissons et des plantes s’entrelaçant, la nature ayant sans doute repris ses droits maintenant que l’homme n’était plus là pour s’en occuper. Mina revint vers nous, haletante et rageuse, fébrile et tremblante.

"On est enfermés… Où est ce qu’on est ? "

Elle ne parlait pas de Bradley, mais personne ne voulait en parler. Il était évident que nous ne pouvions le sauver. Soit il se sauvait lui-même, soit il était déjà mort. Pleurer ne servait à rien, à ce point il fallait survivre. Aucune porte ne s’ouvrait, et vu les réactions du manoir à la magie de Wallace il valait mieux être prudent. D’ailleurs, celui-ci ne tenta rien, répondant simplement à Mina tout en débouchant une potion à boire.

"Je crois que c’est… une serre, ou un jardin d’intérieur ? "

C’était bien une serre… Et je n’aimais pas le fait qu’on se retrouve ici. Il fallait sortir d’ici. Cet endroit était ce que nous devions rejoindre depuis le début pour accéder à la crypte, donc au démon et à cette satanée relique. Pourquoi finalement nous amener ici, et pourquoi nous avoir séparé de Bradley ? Une incohérence qui me faisait froid dans le dos, ou plutôt ce que mon instinct me criait de ne pas regarder en face, de se préparer. Je finissais par me lever, me rapprochant de Wallace pour qu’il guérisse comme il pouvait mes plaies. Une fois cela fait, il s’occupa de Mina pendant que j’observais la salle. Il y avait de grandes vitres, du mobilier éparpillé de ça et de là. Des tables, des tabourets, quelques parchemins d’études… sur le carrelage noir et blanc, je voyais des trainées sombres et familière. Ce n’était pas de la terre, mais du sang séché. Vieux, assez vieux pour ne plus vraiment en avoir l’odeur, seulement ce côté âcre métallique. Je prenais une chaise qui se trouvait là, et entreprit de tester à nouveau les lieux. Faisant sursauter les autres, je frappais la chaise contre une des vitres, mais la chaise en bois pourtant solide céda bien avant la vitre. Je balançais par terre ce qui restais de la chaise, pestant contre cet endroit dans un grognement peu humain.

"Tch… C’est comme pour le reste, on ne peut pas s’échapper par les vitres. Et toutes les portes sont fermées. On ne peut qu’avancer…"

Droit là où ils voulaient nous mener. Je regardais les plantes de la serre, herbes folles et lianes grimpantes peu endémiques à la région Je regardais cette allée verte, qui empêchait de voir le fond. Je n’avais pas envie de rentrer là-dedans. Tout mon être me disait de ne pas y aller. J’avais beau ne pas être mage, je sentais la magie noire et démoniaque tout comme je pouvais sentir les engeances. Cet endroit me mettait mal à l’aise depuis le début, mais cette serre… C’était comme si nous entrions enfin dans le vif du sujet. Je fixais les plantes, la petite voix dans ma tête chuchotant des mots que même l’enclin ne pouvait entendre. Wallace réfléchissait à voix haute, rappelant ce que Bradley avait dit. Car nous n’avions plus la carte maintenant.

"C’est ce que le Lieutenant avait mentionné non, pour atteindre la crypte ? Aller dans la serre et déclencher… je ne sais plus quoi ? "

Il y avait en effet un artefact, mais aucun moyen pour moi de m’en souvenir. Ce genre de détail, je l’oublie aussitôt qu’il est mentionné. Je regardais autour, mais ne voyais rien qui puisse nous aider. Mina elle, utilisait sa colère et sa peine pour avancer, et enfin rétablie de ses blessures elle se retrouvait debout à faire les cents pas, les yeux brillants de rage.

"Tout porte à croire qu’on n’a pas le choix, il faut affronter le démon pour briser la malédiction. C’est rageant, il doit bien se foutre de nous à jouer comme ça dans le manoir ! "

Etait elle en colère contre elle-même de nous avoir amené vers ce couloir ? Sans doute que le manoir nous aurait piégé d’une manière ou d’une autre. Mais qu’elle utilise sa colère et non sa peine me rassurait. Au moins, elle ne serait pas un fardeau. Wallace était peut-être peureux et défiant de nature, mais s’il avait des personnes à ses côtés avec la détermination d’avancer il le ferait. Sa meilleure amie avait la rage au ventre, et moi l’instinct de survie sanglante de ma nature folle. Avec ça et un mage, on avait peut-être une chance.

"Bon… au moins on sait quoi faire. Aller, cherchons un moyen d’entrer dans la crypte…."

Il avait parlé d’un mécanisme à déclencher, et s’engouffrer dans un enfer vert dès le début, très peu pour moi. Tous les trois nous nous tournions vers le fond de la pièce qui comportait des meubles, des papiers, des flacons et de la décoration d’un goût passé et douteux. Chacun s’affairait, Wallace en lisant ce qui pourrait avoir attrait à de la magie, Mina et moi passant au peigne fin tout ce qui dans nos connaissances de chasseuse et de voleuse pouvait déclencher le moindre mécanisme. Dans le silence de cette salle, seule notre enquête faisait du bruit. Mes doigts glissaient contre le bois des meubles, Mina bougeait les flacons qui raclaient contre leur supports pourri, Wallace remuait des parchemin décrépis et poussiéreux. Mais soudain, les feuilles des buissons se mirent à bruisser, comme un tremblement imperceptible. Normalement dans une forêt cela s’entendrait à peine, mais le silence incommodant de la serre sublimait ce bruit. Tous les trois nous sursautions en nous retournant, chacun son arme en main, regardant les arbustes. Rien.

"Vous avez entendu ? "

Je ne bougeais même pas la tête, mes yeux étranges rivés sur les feuilles. Pas un seul mouvement

"Oui… restons sur nos gardes… Wallace, reste derrière nous. "

Mina et moi avancions toute deux, resserrant nos rangs pour protéger Wallace. Sans lui, il était presque impossible de vaincre le démon. Immobile, nous attendions de voir ce qu’il en était, si autre chose allait surgir devant nous. D’autres bruits de grincements, de terre qui gronde et se craquèle sous nos pieds. A peine nous baissions les yeux par réflexe que le sol sous nous explosa dans une gerbe de terre et de carrelage brisé. Mina et moi nous étions projetés sur le côté, alors que des lianes se saisirent de Wallace. Il poussa un cri, perdant son bâton alors que les plantes couvertes d’épines se tordaient dans tous les sens, comme des serpents. Aussi vives que des anguilles, nous nous remettions sur pied pour aider Wallace. Sauant, esquivant, roulant boulant et donnant coups de dagues à droites et à gauche, cette plante ne se laissait vraiment pas faire. Wallace y mettait également du sien, ses mains posées sur la plante qui l’enserrait et tentant de la faire geler. Il criait de douleur, mais l’instinct de survie était là pour le faire résister. Une liane me projeta sur le coté, me faisant tomber sur une table. Mina évitait un lancer d’épines de la plante, qui non contente d’être géante et invivable en plus tentait de nous empaler. Wallace eut plus de chance, sa gelée printanière ayant suffisamment endommagé la plante qui l’enlaçait pour la faire décrocher. Il tomba lourdement par terre, se prenant une décoration de mabari dans les cotes qui lui coupa un moment le souffle. Il y eut un cliquetis, et dans le brouhaha du fouettement de la plante qui devenait plus furieuse on entendit le raclement d’une dalle de pierre. Je tournais la tête, voyant juste devant les plantes du début de la serre un trou béant avec un escalier qui venait de s’ouvrir. Et je n’étais pas la seule à l’avoir vu.

"Par ici !!! "

Mina s’était levée pour rejoindre Wallace et l’aider à se lever, mais la plante n’était pas du même avis. Elle fouetta de nouveau tentant de renverser mes camarades. Je donnais un coup de dague pour parer et les aider, en profitant pour récupérer au sol le bâton de mage de Wallace. Je prenais le mage par l’épaule, le tirant avec moi pour avancer plus vite avec Mina. Mais une des lianes faucha notre groupe, et s’agrippa au pied de la chasseuse pour la tirer en arrière. Furieuse qu’on lui vole sa proie, elle avait décidé de s’acharner sur la première chose qu’elle attrapait. Je me relevais comme je pouvais, pour voir avec horreur la liane soulever Mina et la balancer sur le côté, avant de s’enrouler autour d’elle avec ses épines et de l’écraser. Ses hurlements et le craquement sinistres de ses os arrivèrent à peine à couvrir le cri d’effroi de Wallace. Mais nous n’avions plus le temps, car la plante ne voulait pas s’arrêter à cette seule victime. Les lianes arrivaient vers nous, et dans un mouvement de rage Wallace utilisa sa magie pour la repousser. Mais il était encore trop faible, et instable. Il fallait d’autres mesures. Nous étions juste devant les escaliers, et profitant du bref répit que nous avions je décrochais une fiole de ma ceinture, pris une pierre à étincelle et alluma la mèche, avant de balancer la fiole sur la plante.

"Wallace, couche toi !! "

Je me saisissais de Wallace en sautant en arrière dans le trou, lui faisant interrompre son sort. Nous tombions tous les deux dans l’escalier qui était assez long, un grand fracas d’explosion et des pierres qui s’effondrent. Puis plus rien.





* ~ Fight to the Warden Rythm ~ *





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Garde-Commandeur d'Orlaïs
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Ven 9 Nov - 16:32

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Chapitre 5 : It's a Trap !

De la poussière de partout, des gravas et des gémissements de douleur.  Mon corps me faisait mal, et je sentais qu’une nouvelle côte fêlée venait s’ajouter à ma collection. Une partie de mon uniforme était également déchiré, révélant mon bras gauche lacéré par une des épines de la plante et sanglant. L’odeur métallique et chaud me montait aux narines, mais je ne sentais pas celui de Wallace. Essayant de me relever avec difficulté, je ne voyais pas grand-chose autour de moi. Il faisait très sombre, seule une lueur plus loin donnait un peu de clarté et me permettait de discerner une silhouette assise non loin de moi. J’espérais que c’était mon mage, et qu’il était toujours en vie.

"Kof kof.. Wallace… Tu vas bien ? "

Il y n’y eu pas de réponse, du moins pas de suite. Mais son odeur me venait et je savais que c’était lui, tout comme le son de sa respiration saccadée par ses sanglots qui prouvaient qu’il était toujours en vie.

"Mina… Elle…"

Je m’asseyais, le laissant pleurer et faisant preuve autant de froideur que de pragmatisme.

"…Est morte ? Sans doute, mais on a d’autres problèmes là maintenant. "

On pourrait me traiter d’insensible, ce qui est vrai. La mort des uns et des autres m’importaient peu, car eux-mêmes n’étaient pas dans mon cercle restreint d’amitié. A part Wulf, tous les autres pouvaient crever que j’en avais rien à faire. Enfin, un peu quand même, mais pas de quoi vouloir brûler la moitié de Thédas et maudire l’autre. Je regardais derrière Wallace, mes yeux s’habituant rapidement à l’obscurité. Il y avait bien un passage, qui continuait à descendre. D’autres bougies également. Génial.

"Vu comment c’est, on est obligé de s’enfoncer dans la crypte. Si on peut on trouve une sortie, sinon on va essayer de survivre face à ce démon. Qu’est ce que tu peux me dire là-dessus ? Un moyen qu’on s’en sorte ? "

Je regardais Wallace, qui malgré sa peine et son manque de courage habituel semblait prendre sur lui. D’un revers de la main il essuyait ses larmes, et de l’autre serrait son bâton pour faire apparaitre un peu de lumière. Nos têtes poussiéreuses avec des éclats et des égratignures n’étaient pas belles à voir.

"Le… Les démons sont des esprits en général pervertis, et celui-là doit être puissant vu son influence sur le manoir. Il va sans doute essayer de nous corrompre…"

Pensive, je réfléchissais un peu à nos options.

"Je vois… Mais vu que tu es mage, tu es capable de le brider un minimum, non ? "

"Je… J’en sais rien. Aucune idée de ce qu’il peut être. Tout ce que je sais en plus c’est que ce démon a bien été enfermé dans la crypte par son père… C’était écrit dans le carnet de la chambre. "

Nous n’étions plus que deux. Affaiblis et épuisés, nos compétences étaient heureusement complémentaires. Je pouvais le défendre pendant qu’il opérait sa magie, et j’avais assez de ruse pour nous aider à profiter de la situation sur le moment pour tourner potentiellement, et je dis bien potentiellement, les choses à notre avantage. Mais quoi qu’il en soit, nos chances restaient minces. Je restais néanmoins optimiste, ma spécialité étant bien la survie dans les pires situations possibles.

"Mh… Du coup, on a peut-être une chance. Si le démon est enfermé c’est que son influence est encore limitée, et sans doute qu’il voudra nous influencer pour le faire sortir d’ici. Tu es mage, cela va sans doute l’intéresser, et puis c’est étrange qu’à la fin du couloir il nous mène juste devant la crypte. Il doit vouloir de nous ici. On a notre chance si on négocie av…"

"Négocier avec un démon ? Hors de question, c’est le meilleur moyen de le laisser gagner ! Je préfère mourir plutôt que d’en libérer un ! "

Wallace s’était soudainement insurgé, comme si toute la colère qu’il pouvait éprouver remontait à la surface. De la colère, et de la peur. Je le regardais avec surprise. Je n’étais pas idiote, bien sûr que je n’allais pas vraiment faire un pacte avec un démon. Autant l’utilisation de la magie du sang ne me dérange pas trop, autant invoquer des démons ou conclure des pactes avec étaient la limite à ne pas franchir.

"On se détend, je parle de négocier pour nous faire gagner du temps. On ne saura pas comment le vaincre ou comment s’échapper sans qu’on ne soit sur place. Je le fais parler, pendant ce temps tu observes et tu réfléchis à la meilleure manière de le vaincre. Je te laisserais l’honneur de la première attaque, à ton aisance. "

C’était le plus logique. Avec sa magie, il était le plus capable d’agir contre ce démon. Je devais gagner du temps, mais pour éviter tout soupçon c’est lui qui devait prendre l’initiative de l’attaque. Pour ma part, je m’adapterais ensuite. J’étais douée pour l’improvisation, et cela me semblait être la meilleure option à ce moment.

"Il ne sera sûrement pas tout seul… S’il a avec lui ces chiens, ces démons ou encore ces plantes…"

"Je m’en chargerais. J’ai au moins l’avantage d’avoir encore quelques arguments de poids. Il me reste une bombe incendiaire, une bombe au piment (même si ici je pense que ce sera inutile) et du poison paralysant. Le poison sur mes lames ralentira sans doute les chiens, et pour les plantes ou les démons le feu sera une bonne solution. Mais ce ne sera que temporaire, et c’est un pari sur du vent…"

Wallace n’avait pas tord, mais vu ce qu’on avait vécu c’était à prendre ou à laisser. Nous ne pouvions retourner en arrière, et il fallait se préparer au mieux à ce qui nous attendait. Le mage poussa un léger soupire, me surprenant par sa volonté et son calme alors qu’il se mettait debout et me tendait la main.

"Nous n’avons pas le choix, je me doute ? "

Je lui souriais, prenant sa main pour m’aider à me relever et claudiquant un peu. J’avais un peu tordu ma cheville lors de la chute, mais rien de cassé apparemment. Voulant nous donner un peu plus de cœur à l’ouvrage, je riais et parlais avec autant de verve que de chaleur, comme si nous allions à la taverne pour une partie de grâce perfide.

"Non, exactement ! Quitte à crever, au moins que ce soit en essayant de tuer cette saleté. Et je me ferais un plaisir de faire le plus grand massacre possible, ha ha ha ha ! "

Nous avancions tous les deux dans le couloir, tranquillement. Wallace m’avait guérit ma cheville, mais je ne le laissais pas aller plus loin. Il ne fallait pas qu’il se fatigue outre mesure, surtout qu’il n’avait plus de potion de lyrium. J’étais également limitée dans mes propres tours. Une dernière bombe incendiaire, mon poison paralysant…. Tout en avançant, je débouchais la fiole pour enduire mes dagues de ce produit. Au moins comme ça, je pourrais limiter les mouvements du démon s’il était fait de chair et de sang. En descendant les escaliers, des bougies allumaient régulièrement la voie. A mesure que l’on descendait, je pouvais sentir l’odeur humide et poussiéreuse, moisie de la mort en terre. A la fin de l’escalier, nous étions dans un couloir plus large et sculpté de colonnes, avec dans les murs des pierres murales, et des cercueils. Sympathique… Les lumières continuaient à nous indiquer le chemin, notre venue étant apparemment attendue. Nous débouchions alors dans une salle plus grande, circulaire et comportant au fond un autel. Toujours des cercueils sur les côtés, mais il y avait d’autres éléments plus intéressants qui nous stoppèrent immédiatement.

"Haaa… Bienvenu dans mon antre, heureux mortels. "

Une voix lugubre et profonde, provenant d’un être enchainé au sein d’un large cercle de magie, juste devant l’hôtel. Cette chose, grande et boursouflée de chaire dégénérée, ne ressemblait en rien à un un être vivant normal. Ses grandes mains tâchées de sang, avec des ongles longs et noirs, des habits en charpies, une bosse pleine de furoncle sur le dos. Des yeux sombres, vides, un visage déformé et une bouche qui ressemblait plus à une gueule qu’autre chose… Derrière lui, des os entassés de ce qui semblaient être des animaux et des humains. Mais également les corps inanimés de Franck et de Mina. A côté d’eux, il y avait Bradley, qui était vivant mais recroquevillé sur lui-même, marmonnant et ne semblant pas faire attention à nous. Wallace eut un mouvement pour y aller, mais quoi qu’il arrive il était trop tard. Je le stoppais en le retenant par le bras, le forçant à rester derrière moi. Souriante et avenante, je répondais comme si de rien n’était au démon purulent. Le jeu pouvait commencer.

"Quel accueil chaleureux, on se croirait presque à la maison… Je suppose que vous êtes le maitre de ces lieux ? "

Il eut ce qui semblait être un sourire, et écartait ses bras décharnés pour montrer les lieux.

"Je suis Gorzul, Démon de la Providence qui règne sur ce Manoir. Et vous êtes mes invités, ha ha ha ha …"

A mesure qu’il parlait, je sentais gronder en moi cette autre chose. Une rivalité, une colère refoulée et une certaine… envie d’en découdre ? C’était étrange, j’avais cette sensation qui me chatouillait le ventre et me faisait bouillir les veines, comme si une partie de chasse allait commencer. Cela me rendait encore plus hardie dans mes paroles, mes yeux brillants et mon sourire carnassier révélant d’autant plus ma nature.

"Drôle de manière de traiter ses invités… Même pas une petite relique en guise de cadeau de bienvenu ? "

Le démon pencha légèrement la tête sur le côté, parlant avec une ironie et une moquerie faites pour bien nous abaisser.

"La Relique ? Celle des Gardes des Ombres, ou bien celle des Templiers ? Ou encore le magnifique Trésor du Tiern Banner ? Le choix est vaste, et ne convient à votre propre avidité. Rien de tel pour attirer les âmes égarées entre mes griffes… nécessiteuses…"

Je m’avançais un peu, sans quitter du regard le démon. C’était à Wallace de jouer et d’observer pendant que je maintenais l’attention du démon. Il n’y avait pas d’autres montres ici, du moins pas de visibles. Le démon était attaché et ne semblait pouvoir sortir de son cercle, aussi je me demandais comment les corps pouvaient avoir été amenés ici. Je continuais de parler avec un naturel déconcertant.

"Donc pas de relique… La légende qu’a raconté le vieux prêtre n’est donc qu’un simulacre inventé par vos soins. Ce n’est pas mauvais. "

Le démon se rengorgea, comme s’il était quelque peu vexé par mes paroles.

"Ce mensonge n’est pas de mon fait, mais du Paternel de ce qui fut autrefois son fils. Hooo, il vous a sûrement raconté cette histoire tragique du fils trahis par son propre frère, du père envouté et de l’abomination qui en a résulté pour le sauver ? Que ce démon était enfermé ici, avec un trésor et qu’il fallait le tuer ? Ha ha ha ha ! Avec toutes ces années, cette histoire n’a pas pris une ride et réussi toujours son œuvre à ce que je vois…"

Je fronçais des sourcils. De quoi parlait il ?

"Il n’y a jamais eu de relique, et c’est à dessein qu’il vous envoie ici ! Trop lâche pour tuer sa propre chaire malgré le cadeau que je lui ai donné, et trop compatissant pour la laisser mourir de faim… Il enferme sa progéniture, l’entrave et la cache aux yeux du monde, mais ouvre les portes quand il est temps de la nourrir. Il vous a bien berné, et vous n’êtes que la pitance qu’il me lâche de temps à autre. "

Les choses s’éclairaient peu à peu. Le tas d’os, les corps de nos compagnons derrière lui, le fait que de temps en temps la forêt s’ouvre pour laisser entrer des gens… Il y avait encore des incohérences, mais il ne tenait qu’à moi de les éclaircir. Je continuais de questionner le démon.

"Donc… un piège en somme, par le vieil homme ? Mais quel intérêt aurait il à faire cela ? Vu le temps passé, je vois mal sa raison pour continuer année après année, il n’a aucun intérêt. "

Il posa sur moi un regard dédaigneux, ce qui me piquait quelque peu.

"Fu fu fu fu… Vous n’écoutez pas. Cet homme a eu le plus grand cadeau que je pouvais lui faire, suite à la demande de son fils. Il m’a demandé de le sauver, lui qui était mourant dans son lit. Alors je lui ai donné l’immortalité. Il ne peut donc mourir, mais ils n’étaient pas prêts à voir qu’il ne pouvait pas également vivre…"

Si c’était le cas, alors…

"Un mort-vivant… Le vieux prêtre est donc… le Tiern devenu mort-vivant ? "

Je jetais un coup d’œil à Wallace. Il était toujours en retrait, son bâton en main et sur ses gardes, mais écoutait également le démon. Il avait fait le rapprochement avec le vieux prêtre, qui depuis le début semblait étrange. Les choses devenaient plus cohérentes maintenant. On s’était bien fait avoir, depuis le début. Gorzul salua la déduction du mage, son regard s’attardant quelque peu sur lui.

"Tout juste, mage. Son amour pour son fils et l’incompréhension de ma nature pourtant bénévolente l’ont… fait se rebeller contre son bienfaiteur. Il m’a enfermé ici, enchainé car il ne pouvait pas me tuer ! Voilà tout ce que je récolte de ma générosité, une trahison ! "

Une telle réaction ne pouvait que m’inspirer. Il était frustré, et sans doute que ses chaines y étaient pour quelque chose. L’occasion était trop belle. Je souriais un peu plus, mon regard devenant perçant et inquisiteur.

"Je suppose que si nous sommes ici et encore vivant, c’est à dessein, non ? Ces chaînes ont l’air bien lourdes et entravantes…"

"Observatrice et curieuse créature que vous êtes… Que vous soyez encore en vie ici est un petit miracle, car ce n’est pas moi qui contrôle ce manoir, mais bien le Tiern Asmoden. Qu’il ait laissé s’échapper un mage pour venir jusqu’à moi est tout à fait… providentiel. Heureusement pour vous en ces lieux, je contrôle ce qui dans le manoir lui appartient. "

Donc, pas de chiens zombies pour nous tuer ou de démons des cendres, à moi qu’il ne veuille nous tuer directement. Mais si nous étions en vie, alors c’est qu’il voulait nous utiliser. Et Wallace était sans doute l’outil qu’il recherchait. La voix du démon se fit plus douce et conciliante, sans doute pour nous appâter et appuyer ses dires. Comme si on allait vraiment le plaindre.

"Je ne suis pas la créature violente que l’on croit. Tous ces morts sont l’œuvre du père, et je ne fais que tenter de trouver des messagers pour un jour faire venir quelqu’un pour me libérer. Ces années enchainé m’ont rendu bien las, et je ne chercher qu’à quitter cet endroit et trouver la tranquillité. Avec votre mage, ce serait possible de trouver un entendement. Vous n’avez rien à craindre de moi, tout ce que je cherche c’est être libre et éviter toute violence. "

A voir le sang sur ces mains, je doutais grandement de son côté pacifiste. Mais nous tenions sans doute notre moyen de nous en sortir. Le démon devait être impatient de sortir, et donc plus imprudent. L’idée germa dans mon esprit… Jusqu’où pouvions nous pousser ce faux échange ?

"Et qu’est-ce que l’on gagnerait en échange ? Car si c’est vous libérer pour mourir ici, je préfère autant vous laisser à votre triste sort. "

Je sentis dans mon dos le regard réprobateur de Wallace, mais mon attention restait toute dédiée à Gorzul. Son regard était également fixé sur moi, sentant que je pouvais céder à ses propositions.

"Un sauf conduit jusqu’à l’extérieur vous sera donné, mais je peux également vous offrir ce que vous désirez le plus ! Pouvoir, considération, vie éternelle…."

"Tullia, il ne faut pas…"

Wallace s’était rapproché de moi, me parlant à voix basse au niveau de l’oreille avec indignation. Un geste de la main de ma part pour qu’il se taise. Je savais ce que je faisais, et je ne sentais pas d’influence à vouloir obéir aveuglément à ce que ce démon disait. Non, l’autre chose en moi était trop en colère et raffermissait son emprise son mon être pour me laisser la moindre chance de vraiment considérer la chose. Mais il fallait que Gorzul n’y voit que du feu. Je faisais donc la moue, pas très intéressée.

"Voilà qui est intéressant… Mais un peu trop frivole à mon goût… Et pourquoi ne pas commencer avec notre compagnon. Que lui avez-vous fait ? "

Je regardais Bradley, qui s’était pendant ce temps un peu rapproché de nous. Il était toujours debout mais avachi sur lui-même, le regard dans le vide et marmonnant des choses incompréhensibles. Une étrange sensation de déjà vu. S’il était en vie c’était une bonne chose, mais vu son état le démon devait lui avoir fait quelque chose. A espérer que ce n’était pas ce qui nous attendait. Le démon se tourna également pour le voir, et d’une voix presque désolée commenta l’état de noter camarade.

"Il était un parfait candidat pour devenir un de mes « messagers », aussi j’ai juste… convaincu son esprit de se plier à mes exigences. Malheureusement, il y a peu de choses que je puisse faire pour lui. "

Bref, il était brisé. Nous ne pouvions attendre de Bradley de l’aide, et cette histoire de Messagers me faisait presque entendre qu’il pouvait se retourner contre nous. Il fallait en prendre compte, et j’espérais que Wallace avait eu la même pensé. Bradley était sans nul doute perdu pour nous, et tenter de le sauver ici et maintenant serait du suicide. Non, il fallait d’abord que j’assure notre échappée. Je devais défier le démon sur ce point.

"Et pour ce qui est de notre sauf conduit ? Vu que nous avons bouché l’entrée de la crypte et que même si nous arrivions à le déboucher le Tiern nous empêchera sans doute de sortir vivant du Manoir. Alors qu’avez-vous comme solution ? Hors de question que je m’engage sans savoir que la sortie existe vraiment. Je suis une voleuse et assassin, c’est un peu ma spécialité la retraite anticipée. "

Il eut un regard un peu méfiant, ne répondant pas de suite. Est-ce que j’avais un peu exagéré et donné trop d’informations ? Quoi qu’il en soit, Gorzul ne me fit pas l’injure de la déception.

"Je comprends… Mais comment croyez-vous que mes Messagers arrivent à sortir également de cet endroit ? "

Il se tourna vers la droite pour montrer juste derrière Bradley l’entrée d’un tunnel, qui ressemblait à celui que nous avions pris plus tôt.

"Il y a un passage plus loin, qui remonte par un Tunnel du Mausolée et vous fait sortir par le bas de la colline à l’entrée de la forêt. Ainsi, vous évitez le manoir et la forêt contrôlés par le Tiern. Mais pour y passer, il faut que je laisse mes gardes vous laisser le sauf conduit. Donc n’essayez pas de partir avant votre besogne. "

Il y avait donc un passage. C’était plus qu’espéré pour nous. Pour ce qui est de la défense qu’il avait prévu à cet endroit, j’avoue que je n’allais pas vraiment m’attarder à essayer de les combattre. Courir pour survivre, c’est aussi une bonne tactique. Pensive, je faisais comme si je pesais le pour et le contre à voix haute.

"Donc… on a notre sortie et notre camarade Bradley aura besoin de soins autres que les vôtres… C’est une bonne chose… Maintenant, pensons à la nature de notre véritable négociation. Ce que j’ai à gagner de votre immense pouvoir. "

Il se mit à rire, faisant cliqueter ses chaines. Mais il avait l’air heureux de mes paroles.

"Ha ha ha ! Vous êtes dure en affaire, et avide… J’aime cela chez les humains. Parle, que souhaites tu ? Et que souhaites ton mage également ? "

Je jetais un regard dédaigneux à Wallace, le reniant tout à fait d’un geste de la main.

"Haaa, faut pas s’en faire pour lui, il fera ce qu’on lui demande, pas besoin de lui proposer quoi que ce soit il dira non de toute manière.  En revanche, je suis plus dure à la négociation, et sans mon aval il ne fera rien. Je suis son supérieur après tout… "

Ce n’était pas vrai, mais la situation en avait l’apparence. Je devais protéger Wallace à tout prix, et si les choses dégénéraient au moins il aurait une chance de pouvoir en profiter. Le démon eut un moment d’hésitation, puis me demanda enfin ce que je voulais.

"Mhh… Dis ce que tu souhaites"

"L’immortalité façon mort-vivant très peu pour moi, ça n’irait pas avec mon teint et l’odeur de cadavre très peu pour moi… Cependant, je suis plus disposée à avoir un don plus utile pour moi. Si vous êtes de la Providence, sans doute que vous pouvez m’octroyer une chance incroyable ? "

Sincèrement, j’avais choisi un truc au hasard. Mais j’eus de la chance que cela semblait cohérent, vu que j’étais une voleuse et un assassin. Et pour ça, il faut avoir autant de préparation que de chance. Mon choix ne semblait pas perturber Gorzul, qu’i accepta et me fit signe d’approcher.

"Qu’il en soit ainsi… Approche…"

C’était le moment de vérité. Maintenant, c’était à Wallace et à note chance d’agir. Nous savions par où nous enfuir. Ce qu’il fallait, c’était détourner l’attention du démon pour au moins avoir une chance de parcourir ce tunnel sans se faire tuer dès le premier pas. J’avançais vers le cercle, tout de même sur mes gardes. Plus j’avançais, et plus j’étais prise de pulsions meurtrière. Normalement toute personne saine d’esprit serait mort de peur, ou un minimum inquiet de laisser un démon s’en prendre à soi. Mais j’avais cette colère… cette envie d’en découdre… C’était un sentiment que je savais ne pas provenir de moi personnellement, mais qui me portait comme s’il était mien. Je m’avançais, à mesure que je m’approchais le démon me paraissait plus grand et plus hideux. Son odeur était infecte. Arrivée juste à la limité du cercle, il me fit signe d’avancer encore, ses chaines ne lui permettant pas de l’atteindre. Le moment de vérité, tout était entre les mains de Wallace. J’avançais, et en un éclair le démon fondit sur moi. Me saisissant à la gorge par l’une de ses mains, il me souleva de terre comme si de rien n’était. Je sentais ma respiration devenir difficile, mes côtes me faire souffrir le martyr. Mes mains étaient portées automatiquement sur celle qui me serrait la gorge, et mes yeux plongés dans ceux du démon. Je sentais sa magie me pénétrer, vouloir atteindre mon esprit. Je compris de suite qu’il n’allait pas m’accorder la « chance » que je souhaitais, mais plutôt faire de moi un de ses Messagers. Mes jambes battaient dans le vide, et je n’arrivais pas à combattre son regard. Je n’avais même pas conscience de ce qu’il pouvait se passer derrière avec Wallace. Avait il saisit l’opportunité pour s’enfuir ? Quoi qu’il en soit, les choses allaient mal pour moi. Quand soudain, cette présence en moi qui grondait se manifesta dans ma tête, tentant de « griffer » et de blesser celui qui osait s’en prendre à mon esprit. Comme une bête qui défendait son territoire, ce qui lui appartenait déjà. Le démon eut un léger mouvement de recul, cessant tout de suite sa magie en me regardant avec autant de surprise que de perplexité.

"Mais que… Tu es déjà…"

Mon visage rougit par le manque d’air, je réussis tout de même à sortir un sourire goguenard, même si je ne comprenais rien à ce qu’il s’était passé.

"Surprise! "

Mes mains avaient lâché ce qui me tenait le cou, pour saisir en un éclair l’une de mes dagues à ma hanche. La lame lacéra le visage du démon puis se planta dans son bras. Gorzul eut un cri strident alors qu’il me relâchait, ou plutôt qu’il me jetait sur le côté, loin de lui. J’atterrissais en roulé boulé, mes poumons reprenant difficilement l’air de nouveau accessible. Le démon se retrouvait également assaillis par des boules d’énergie de Wallace, ce qui semblait mettre le démon plus en rage. J’en profitais pour sortir une de mes fioles incendiaires et la lancer sur le démon. La fiole se brise sur son dos, le liquide se répandant et les flammes léchant déjà la peau putride de Gorzul. Il se mit à gesticuler dans tous les sens en poussant de terribles cris, perçant et tout sauf humain. Je fis signe à Wallace, me mettant à courir en le prenant par le bras.

"Wallace, maintenant !! On y va, aller, aller ! "

Le démon prenait feu, s’agitant de toute part en faisant claquer ses chaines. Tirant Wallace avec moi, nous passions devant Bradley que j’essayais en le tirant au passage de réveiller.

"Bradley, au pied ! "

Ce n’était pas la meilleure manière de l’interpeller, mais il n’empêche que cela avait marché. Son regard se fixant sur nous, il semblait avoir un minimum de conscience et se mit à nous suivre.  Il était toujours avachi et répétait les mêmes mots incohérents, mais au moins il nous suivait. Nous courions comme des perdus dans le tunnel, qui ressemblait à s’y méprendre à celui que nous avions traversé plus tôt. Les bougies et les cercueils, tout pareil. Les hurlements de douleur et de rage de Gorzul se répandaient dans les galeries, déformées en d’inquiétants échos.

"Soyez maudits ! Vous ne sortirez pas d’ici vivants !!! "

D’un coup toutes les bougies s’éteignirent, et nous étions seulement guidés par la lumière du bâton de Wallace. Bradley était passé devant, comme s’il connaissait le chemin ou plutôt comme s’il était  redevenu le chef d’avant. Soudain, des grattements et des bruits mat de bois que l’on tape se firent entendre, des crissements d’os et des mugissements se répandirent dans le tunnel. Les cercueils bougeaient, se fissuraient en laissant entrevoir des mains squelettiques ou bien des crânes qui cherchaient à nous mordre. Ces apparitions me firent bondir en avant.

"Plus vite Wallace, ne les laisse pas t’attraper ! "

Les squelettes s’extirpaient peu à peu des cercueils, tentant de nous attraper et de se mettre debout. Il y eut un virage, mais évitant au passage le bras d’un squelette je ne vis pas celui tendu à l’un de mes pieds qui m’attrapa. Je tombais en poussant un juron, alors que les squelettes me prenaient les bras et les mains, me griffant de leurs os pointus.

"Wallace ! "

Un appel à l’aide, car les bras étaient trop nombreux et dans ma position je n’étais pas capable de m’extirper. Il y eu un éclair bleu, et les squelettes furent repoussés, ou plutôt dilapidés en morceau. Wallace me prit par le bras et m’aida à me relever, me poussant pour que j’aille de l’avant. Bradley lui était plus loin, il continuait de courir sans s’arrêter, sans se préoccuper de nous.

"Bradley, reviens ! "

C’était peine perdue… Mais au loins nous voyons une lueur, celle de la lumière naturelle du jour. Nous y étions presque ! Les squelettes étaient presque tous sorti de leur cercueil, et plus loin certains s’agglutinaient contre des poutres qui soutenaient le passage, essayant de les renverser. Le bruit de la pierre qui se disloque, des morceaux tombant du plafond. Nous nous débattions, à coup de bâton ou bien de dague. Wallace était épuisé et peinait à suivre, j’essayais du mieux que je pouvais de dégager le passage, rageant à pleins poumons contre ces squelettes qui nous tiraient et nous griffaient. Puis les poutres devant nous tombèrent, et un grand fracas de roche qui se met en branle nous engouffra. Dans un dernier élan de survie, je courais à perdre poumon et sautais en avant. L’atterrissage fut dur, mais la lumière du jour était là, ainsi que l’air frais. Je dégringolais la pente, me prenant cailloux et buissons. J’atterrissais au sol, épuisée. Une volupte de poussière me fit tousser, et je me retournais. Devant moi se trouvait un trou un peu en hauteur, d’où s’échappaient des rochers encore en branle. Braldey était là, à côté de la sortie, toujours recroquevillé sur lui et hagard. Je ne voyais pas Wallace. Je me relevais, retournant vers l’entrée avec frénésie. L’ébouli était conséquent, et dans un dernier effort je retirais tous les rochers qui me tombaient sous la main, essayant de déblayer l’entrée, hurlant en espérant que le mage m’entende.

"Wallace, tu m’entends ? Wallace !! "

Mais tout ce que je reçu, ce fut l’écho lointain d’un cri, d’un déchirement de douleur. Je m’échinais à vouloir enlever la roche, mes mains en sang et me faisant mal. Cependant, la fatigue eu raison de moi, et je m’effondrais rapidement inconsciente devant l’entrée.


Bloqué devant l’effondrement, sans lumière pour se guider, le mage s’extirpait tant bien que mal des gravas. En souffrance, une fracture ouverte, il ne savait plus que faire avec la douleur. Des murmures, des grattements, des mouvements qu’il pouvait percevoir plus loin. – Froid, nous avons froid… Il faut froid et sombre… Nous avons froid… Les mains osseuses et râpeuses touchèrent la peau du mage, envieuses et gourmandes. Il se débattit, tenta d’utiliser sa magie mais en vain. Les squelettes étaient déjà agglutinés autour de lui, le tirant et lui arrachant la peau. Il hurla de douleur, se débattit mais rapidement céda à la fatigue et à l’horreur, alors que les squelettes le dépeçaient vivants pour se recouvrir de ses chairs et de ses entrailles, espérant ainsi récupérer leur chaleur humaine d’antan. Au loin dans la forêt, une silhouette se promenait, seule et pourtant si calme. Des voluptes de fumées bougeaient autour de lui, ces esprits attendant les ordres de leur maitre. Leur maitre du passé et du présent. Il s’arrêta, Asmoden n’ayant pas dit son dernier mot. Se retournant, il fit face à trois lueurs encadrées par des esprits malfaisants. Il sourit, approchant sa main des lumières chancelantes. – Bienvenues, âmes perdues. Vous avez péri ici, mais votre mission n’est pas terminée. Soyez les Gardiens de cette forêt, comme tous les autres avant vous. Autour d’Asmoden se dressa alors un mur entier d’âmes et d’esprits de la forêt, tous tributaires de cette terrible malédiction. Serviteurs du manoir, chasseurs, promeneurs perdus, aventuriers, mages, templiers… et maintenant Gardes des Ombres. Tous servaient Asmoden, le Gardien du démon Gorzul, feu le fils du Tiern Banner.



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Chapitre 6 : only the Fools remain

"Et c’est comme ça qu’on a réussi à s’échapper. Bradley et moi sommes retournés au village, et personne ne semblait surpris. Je suis retournée à l’endroit de la chapelle, mais il n’y avait que des ruines et aucune trace du prêtre. Ou plutôt du Tiern Banner. Et le passage par où nous nous étions échappés était également introuvable. "

Le feu continuait de crépiter sous nos mains, ma gorge un eu irritée pour avoir tant parlé. Toute cette histoire manquait cruellement de bière pour la partager, mais à voir la tête des Gardes qui m’entouraient je ne m’étais pas trop mal débrouillée. Ils étaient suspendus à mes lèvres, certains même plus impatients que d’autres et le regard brillant.

" Et qu’est ce que vous avez fait ensuite ? "

Je souriais légèrement, le regardant avec malice.

"J’ai prévenu la milice locale et envoyé une missive aux templiers de la région. Après je suis rentrée pour faire mon rapport, et je n’y suis plus jamais retournée. Pas la peine de perdre du temps avec ça, ce ne sont pas des engeances. "

Il est clair qu’ayant manqué de mourir pour une simple histoire de démon, je ne risquais pas d’y retourner. Je préférais largement les Tréfonds, au moins là-bas j’avais toujours de quoi récupérer quelques petites choses intéressantes. Et la « bête » en moi était moins imprévisible et énervée. En plus, le fait de revenir comme seule survivante et laissant un lieutenant fou en liberté mais introuvable, ça faisait un peu tâche dans le dossier. Mais peu m’importait, à l’époque quasiment personne ne m’avait cru, et il y avait peu de chance que ce soit le cas aujourd’hui. L’une des Gardes, qui était restée plus silencieuse et s’était seulement manifestée pendant le récit par des grimaces et des sursauts, demanda de sa voix douce et inquiète ce qu’il était advenu de ce cher Bradley.

" Qu’en est il du Lieutenant Bradley ? Vous avez réussi à le sauver ? "

Assez froidement, et toujours avec le sourire cependant, je résumais ce qui m’avais mis tant de jours dans l’embarra, moi qui me targuais d’être l’une des meilleures traqueuse d’homme de la région de Férelden.

"Mh… Il était vraiment devenu fou, comme le vieux Dan à la taverne. Il ne faisait que parler de relique, de trésor et tentait sans cesse de s’enfuir. Une nuit, alors que l’on était sur le chemin du retour, il a disparu en laissant son armure de Garde. J’ai essayé de le pister, mais impossible de le retrouver. Soit il est mort, soit il est parti inspirer d’autres proies à se jeter dans la gueule du loup. "

Si le démon avait dit vrai il devait sans doute approcher les gens pour, comme nous avions si bien fait, tomber dans le piège et se ruer tête baissée dans le traquenard. La magie avait son effet, mais il était clair que nous n’étions pas préparé à ce que nous avions affronté. Je me demandais si entre temps les templiers ou des mages s’étaient chargés de cet endroit… Vu comment c’est le trou du cul de Férelden, j’en doutais fortement. Et je n’étais pas la seule sceptique, quoi qu’en l’occurrence c’était sur mon coup de chance monstrueux avec le démon.

" Il y a quelque chose qui ne marche pas dans votre histoire… comment vous avez-pu réussir la confrontation face au démon ? Pourquoi il vous a relâché ? "

Je le regardais avec amusement, souriant et penchant légèrement la tête sur le côté. Je me retenais de rire, car ce qui me semblait si évident ne l’était pas pour tout le monde.

"Pourquoi ? La réponse est assez simple en fait. Il avait voulu corrompre mon esprit, sauf qu’il est déjà corrompu. Je suis folle et pas toute seule dans ma tête, c’est assez connu. Il a juste été surpris, et ce moment d’inattention m’a été profitable. "

Ils me regardèrent étrangement, pas vraiment rassuré. Mes mots n’étaient clairement pas pour rassurer, et comment croire quelqu’un qui se dit fou ? Rare sont ceux qui le sont et qui en ont conscience. J’étais de ce cas, mais je ne faisais rien pour m’améliorer, ne serait ce que par manque de volonté mais également parce que j’y voyais un avantage, et que j’étais heureuse ainsi. Tout le monde se mit à regarder les petites flammes du brasero, les braises rouges rassurantes et hypnotisantes pour oublier la froide obscurité dans notre dos. Puis un soupir, las et blasé.

" Et vous êtes notre Garde-Commandeur…."

Je lui jetais un regard en coin, mes yeux brillants derrière les flammes et mon sourire carnassier ne donnant pas de meilleurs arguments pour diminuer sa crainte.

"Yep, la chance non ? Avec ça vous êtes sûr que je ne risque pas de me faire contrôler facilement par un démon, ha ha ha ! "

Je me mis à rire, ce même rire chaleureux de démente dont j’avais le secret. L’un des Gardes à côté de moi, un barbu, me regarda en souriant et voulu me taquiner.

" Je ne sais pas ce qui est le plus effrayant… Votre histoire, ou bien vous. "

Je continuais de rire plus doucement, lui donnant un petit coup d’épaule.

"Ha ha ha ha ! A vous de choisir, mais à votre place j’aurais plus peur de moi qu’autre chose. Au moins, vous aurez l’air d’être un minimum sain d’esprit plutôt que d’avoir peur de miroirs et de chiens morts-vivants. Ce qui n’enlève en rien à la réalité des choses. "

Je m’étirais alors, faisant craquer mes articulations. J’étais restée trop longtemps immobile pour ce soir. C’était une belle nuit, celle de la chasse et des balades au fin fond de l’obscurité. J’étais de garde, mais hors de question que je reste là à regarder des braises rouges. Le peu de santé mentale qu’il me restait en dépendait.

"Bon, je vous laisse. Malgré tout ça je n’ai pas peur de ce qui rôde dans la nuit, et c’est l’heure de ma balade nocturne. Bonne soirée ~…. Fu fu fu fu ! "

Je leur lançais un petit clin d’œil en souriant, avant de m’éloigner d’un pas léger et rythmé du brasero. Je chantonnais doucement, continuant de m’étirer tout en disparaissant dans l’obscurité, en direction des portes de notre campement. Ils me regardèrent m’éloigner un moment, puis se focalisèrent de nouveau sur le brasero. Un silence, puis une petite remarque pour donner la morale de cette histoire.

" Yep, c’est elle qui fout le plus les j’tons…"

Quelques rires s’évanouissant dans l’air froid de la nuit, et d’autres récits furent racontés pendant cette nuit de Funalis. A noter cependant que certains Gardes évitèrent de se regarder dans des miroirs pendant quelques temps, et évitèrent également le chemin de Barkspawn…

~ THE END ! ~




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* ~ Fight to the Warden Rythm ~ *





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Grande-Prêtresse du Riveïn
- Chantrie Andrastienne -
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Ven 9 Nov - 19:03




J
e pars, Maman. Un dernier voyage, un aller simple. Non, mon Destin m'appelle, et je ne reviendrai pas. La sentence est tombée hier, dans le bureau de mon Commandeur, au plus haut de la plus haute tour de notre forteresse. Il pleuvait, Maman, et un instant, j'ai cru que le Créateur pleurait pour moi. Les yeux rivés sur les vitres  froides, les dernières lueurs de lumière disparaissant derrière les murs d'Ansburg, c'était un peu comme si je n'étais pas là. Les Gardes des Ombres sont tous condamnés à un moment où un autre : il en va de notre initiation et c'est là notre sacrifice le plus grand. C'est drôle : nous nous dressons contre la corruption, et un jour elle nous ronge.
Karlan ne comprenait pas, et je me suis plongé dans le doute et la tristesse de son regard pour y trouver du réconfort, pour me dire que ce n'était pas ma faute, mais que c'était arrivé, il fallait que je l'admette. J'entends l'Appel Maman. Je n'y ai pas vraiment prêté attention les premiers jours, mais ce n'est pas quelque chose qu'on peut nier bien longtemps. Des voix me parlent, tout le temps. Des murmures inaudibles souvent, des souffles rocailleux, des râles, et je sens mon corps vibrer par moment, comme si un part bestiale se réveillait en moi, comme si je me perdais peu à peu. Je change, je commence à devenir les ténèbres. Je ne suis pas vieux pourtant, tu le sais, et je n'ai passé l'Union qu'il y a quinze ans. Normalement, il nous en faut vingt-cinq ou trente pour arriver à ce non-retour, mais je dois être plus faible que la moyenne. Mon corps était ainsi. Ce n'est pas ta faute.
Aussi, je prends la route pour Orzammar, et j'irai expirer dans les Tréfonds, emportant avec moi un maximum de ces saletés d'engeances. Je vais me battre, je te le jure, je lèverai mon épée une dernière fois pour faire le bien. J'aurais aimé te le dire avec des mots plus doux, j'aurais aimé t'éviter cette peine, cette perte qui restera, je le sais, dans ta chair. Nous nous retrouverons un jour Maman, mais n'oublie pas de vivre. Pour moi. Pour celles et ceux qui, comme moi, s'effacent dans les ténèbres pour faire perdurer la lumière. Je t'aime,

Trystan










J
e n'ai pas pu me résoudre à ne plus t'écrire, Maman. C'est un peu comme si tu étais là à côté de moi quand je te couche sur papier, et l'encre amère me fait dériver vers des rivages plus doux. Je suis arrivé à Orzammar hier, accompagné de Karlan et d'autres Gardes dont tu n'as pas besoin de connaître le nom. Ils tenaient à m'accompagner sur ma dernière route, et s'ils me laisseront à l'entrée des Tréfonds, je leur en suis reconnaissant. J'ai peur. J'ai encore trop de choses à faire, trop d'envies pour vouloir y renoncer maintenant. Si j'avais été seul, j'aurais probablement trouvé un moyen de rejoindre Combrelande pour t'y retrouver, et renoncer à mon devoir. Il y a tant de choses que je veux te dire, mais je ne sais les écrire. Les mots y restent creux, vidés de leur substance et de leur sens. Dans une autre vie, peut-être que le Créateur m'épargnera la Garde, et je pourrais reprendre le comptoir comme tu l'as toujours voulu, et moi aussi, même si je ne le comprenais pas à l'époque. Je pourrais être un homme honnête et travailler dur au labeur, et peut-être avoir une femme aussi et des enfants. Je fais avec ce qu'on m'a donné, et ce que j'ai voulu prendre, en attendant ce futur incertain. Ça aurait pu être pire, tu sais ? J'aurais pu naître mage, j'aurais pu mourir quinze fois pendant mon enfance, j'aurais pu mourir en passant l'Union. J'aurais pu connaître une vie d'esclave. J'ai bien vécu quand même.
Une grande fête va être organisée dans le Cornal Adamant ici pour mon départ. Les nains ont souffert plus que tout autre du fléau des engeances, et en cela, ils sont reconnaissants de notre sacrifice. Étrange de célébrer un sacrifice, non ? Mais soit, je veux bien mourir pour eux. Ils méritent de vivre en paix comme tout le monde, et autant donner ce sens à ma mort. Je te laisse, on requiert ma présence. Sois fière de moi, Maman.
Avec tout mon amour,

Trystan










K
arlan,
Tu dors à présent, et dans quelques heures, nous nous dirons adieu. Au retour, dans ta besace, tu trouveras ma lettre à côté de celle pour ma mère. Je n'ose plus lui écrire, mais j'ai besoin de poser mes mots quelque part, de les extirper de ma tête malade. Alors cette lettre est pour toi, mon mentor, mon guide, mon ami. Je sais que tu as les épaules pour l'endurer. Je connais la douleur qu'elle te fera, mais je sais aussi que tu respecteras ma volonté, et tu sauras qu'aucun mot n'est sorti de mes lèvres tremblantes lors de notre dernière étreinte pour cette raison. Je suis à bout, Karlan. Ils sont là, partout, je les vois dans mes gestes, leurs ombres planent sans cesse à côté de moi. Ils veulent que je vienne à eux, ils veulent que je renonce à mon humanité. Ils m'offrent des pulsions sanguinaires, une soif de sang, une envie de violence. J'ai les échos de leur rire au coin de la tête, partout, tout le temps. Je les hais, plus que tout ce que j'ai jamais pu haïr. Je les hais parce que je sais qu'ils ont raison. Je suis une bête qui aspire à revenir à un état sauvage, je suis le mal qui ronge notre monde. Nous sommes tous des engeances en sommeil. Et jamais, nous ne saurons vaincre cela. Je vais crever pour rien, pour une lueur d'espoir qui s'éteindra bientôt. Je vais crever seul et comme un chien, abandonné de tous. Les plus belles paroles des Gardes ne signifient plus rien quand on en arrive là. Débrouille-toi pour passer sous une lame avant Karlan. Une mort propre et sans douleur avec une tête saine et des idéaux encore vivaces c'est une belle mort.
J'ai aiguisé mon épée, poli mon bouclier. S'occuper les mains, ça ne vire pas les pensées de la tête non, ça ne les fait pas taire, mais au moins, ça m'évite de me faire du mal. Du silence, par le Créateur, du silence ! Qu'on en finisse ! Les souvenirs se brouillent. Je n'arrive plus à m'imaginer les ruelles du port de Combrelande. J'arrive plus à me souvenir de mon Union. Et le visage d'une jolie fille, bordel, qu'est-ce que je donnerais pour en emporter un avec moi là-bas ! J'ai pas les images, mais j'ai les odeurs. La terre chaude et humide, la brise saline, les viscères de poisson qui pourrissent au soleil dans un coin. Et la fumée d'un feu de camp. J'espère que j'aurais encore au moins celle là en mémoire demain, ouais.
Je t'abandonne à ces mots, mon ami. Ne renonce pas.

Trystan










K
arlan,
Rurik, de la Légion des Morts, te transmettra cette note à ton prochain passage par ici, il m'a donné sa parole. J'avais jamais senti ça dans les Tréfonds, cette énergie qui circule partout. Je suis déjà fou et perdu, je sais. Les saloperies sont coriaces, mais elles arrivent pas à me tuer. On a perdu quelques bons gars déjà, et je les envie, ces petits corps paisibles. Ils retournent à la Pierre en plus ces cons (pardonne moi, je respecte tes croyances), quand moi je vais retourner à la fiente et à la décomposition. Tu crois qu'elles vont me bouffer, hein ? J'ai été salement touché au bras, je ne peux plus me servir du bouclier. Tant pis, tant mieux. J'ai revu la silhouette d'Ailis tout à l'heure. Rends lui mes hommages aussi. Et ouvre toi à elle Karlan, ça ne peut pas te faire de mal. Au pire, tu te sentiras plus vivant, et c'est pas un mal, crois moi. C'est l'heure de mon dernier mot je crois, je te l'offre,
Que la Pierre t'honore, Salroka.








Extrait du journal de Karlan, Commandeur-Garde d'Ansburg, Marches Libres 9:41 :

Trystan : parti pour son Appel, 34 ans. Ailis. [Frimnaire 9:41] : Corypheus, tu paieras pour son âme.





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Guerrière errante
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Mer 14 Nov - 17:07
(Thème mature)

Le Jardin



Le Jardin était apparu il y a plusieurs nuit déjà, on le disait plein de fleurs quand pourtant les ombres empêchaient tout regard.  Si le lieu portait en lui quelque malédiction, celle-ci ne s'étendait pas jusqu'au village d'à côté bien que les habitants s'inquiétaient que ce mystérieux jardin soit apparu à la place de leur forêt.
On s'endormait encore au soir, espérant que tout cela ne soit qu'un rêve, que le Jardin ait disparu au réveil. Pourtant, le matin venu, on en distinguait encore les contours même si une brume par trop étrange elle aussi, empêchait de s'en approcher.
Parce que le Jardin n'ouvrait ses portes que la nuit, mais la nuit, quelle âme serait assez folle pour y entrer?
Par chance, une garnison de soldats appartenant à l'Inquisition campait non loin. Eux, osèrent en passer les limites et fouler la terre du fer de leurs armures. Au matin, ils ne revinrent pas...
Un chien fidèle, laissé en arrière par son maître trop confiant, pensant qu'il n'y en aurait que pour quelques heures tout au plus, resta à l'orée du lieu étrange, refusant d'y entrer mais refusant d'arrêter d'attendre également. Il déniait toute eau, toute nourriture. A la fin, il finit par en mourir et les villageois l'enterrèrent au carrefour qui avant, menait à la forêt, mais désormais ne conduisait plus qu'au Jardin. Certaines heures de la nuit, il leur semblait entendre l'animal, bien que mort, hurler tout son désespoir à un maître désormais incapable de l'entendre lui aussi.
Les enfants les plus téméraires s'avançaient au crépuscule, lançant des cailloux vers le brouillard étrange. Des cailloux blancs, dans leurs jeux à eux, il fallait toujours que les cailloux soient blanc.... Le vainqueur était celui capable de rester jusqu'à ce que les  brumes soient entièrement dissipées, que la nuit ouvre ses portes et le jardin aussi. Personne ne restait aussi longtemps, ils avaient trop peur, sentaient le danger.
Et le Jardin refusait de partir....
Alentours, le monde se déchirait de failles et de combats : on avait pas de temps pour ce petit village, les habitants n'avaient ainsi personne à qui exposer leur terreur. Des rumeurs merveilleuses leur parvenaient via le commerce et les voyageurs (car à présent que la forêt avait disparu, il leur fallait aller par delà les autres villages pour trouver de quoi se nourrir quand les champs ne suffisaient plus). L'Inquisition combattait des dragons, l'Inquisition combattait les mages.... Mais non, rétorquaient d'autres, Elle combat les Templiers ! A chaque fois, les récits glorifiaient ses membres, les couronnant victorieux de chacune de leurs batailles.
Les villageois, eux, pensaient aux jeunes hommes ayant pénétré dans le Jardin, secouaient la tête et crachaient par terre pour éloigner le mauvais oeil. Non, l'Inquisition n'était pas victorieuse, pas toute puissante et la Mort la punissait en venant à elle par des lieux bien étranges....

Le village comprenait qu'il était amener à péricliter et disparaître : trop parler de leurs malheurs amèneraient les autres bourgades à se méfier d'eux comme s'ils avaient le pouvoir de transmettre ce mal. Et peut être était-ce la cas...
Les brumes gardaient leurs secrets, pour les gens de passage il n'y avait aucune raison de douter que la forêt soit derrière, quant à la nuit, il n'y avait juste aucun intérêt à rester dans ces quelques maisons boueuses quand une cité bien plus grande commençait à quelques heures de route.
Pourtant, parmi les habitants, aucune famille ne trouvait le courage de partir. Une mélancolie soudaine les attachait à leurs malheurs ainsi qu'il est parfois coutume en de pareils cas. Ainsi, chaque masure attendait la fin...

Deirdre pénétra dans le village sans qu'elle ne sache ce qu avait pu l'y mener. C'était une jouvencelle au  regard étrange, dont les hanches étaient serties d'une épée et d'un baudrier. On pensa qu'elle s'en irait avant la nuit, elle qui n'avait ici aucune affaire à mener, mais la jeune fille resta. Alors que le ciel prenait peu à peu les couleurs du soir, elle suivit les enfants jusqu'à l'orée des brumes, regarda leur jeu. Lancés dans les ombres, on n'entendait pourtant jamais les cailloux retomber contre la terre du Jardin.
Lorsque Deirdre voulu s'avancer  un peu plus, un des gamins lui attrapa la manche. Il hésita à la tirer en arrière, cette fille bizarre mais les ténèbres s'avançaient avec la nuit. Il lâcha Deirdre, s'en retourna à son foyer en compagnie des autres, impuissant à empêcher quoi que ce soit dans sa peur des lieux.
Deirdre resta immobile un long moment, troublée. Elle n'avait pas la science d'un érudit et doutait que son épée puisse la défendre de maléfices.
Pourtant, elle voulait y aller...
Rien ne semblait exister à part le noir de la nuit et la barrière de bois marquant l'entrée du jardin. Un geignement soudain lui fit tourner la tête : à ces côtés, un chien étrange s'était assis. Elle le considéra, perplexe, avant de vouloir poser sa main sur le crâne de l'animal. Elle ne rencontra que le vide, le froid et la douleur.
Le chien disparut, la nuit se fit plus sombre et quelque chose en Deirdre commença à se geler sans qu'elle ne sache s'il s'agissait de son coeur ou de son courage.
Un cri de rage la secoua alors, enfin Deirdre s'avança. Elle poussa la lourde barrière, s'écorchant les doigts aux échardes sans que cette douleur n'ait le moindre sens. Bientôt, elle fut dans le Jardin...
Celui ci était immense, des ronces courait à terre, prêt à s'attacher aux pas de la jouvencelle. Elle avança malgré tout, jusqu'à ce qu'une douleur ne l'attrape. Avec un glapissement furieux, Deirdre tenta de se débattre contre un monstre imaginaire, essayant de comprendre d'où venait cette souffrance.
L'épée dégainée, elle taillait dans le vide, ne rencontrant rien d'autre que de l'air. Bientôt, essoufflée, la jeune fille baissa la lame, les yeux à terre. Et puis elle les vit, les ronces, celles-ci avaient planté leurs épines dans son ombre à elle. Lorsque Deirdre voulu avancer, s'éloigner de ce chemin étrange, la souffrance la reprit. Un pas, un autre pas, dans sa poitrine son coeur battait à tout rompre désormais. Et puis, elle se déchira de la pire des façons, alors qu'elle s'arrachait de sa propre ombre, la détachant de son corps dans  une douleur atroce.
Deirdre tomba à terre, crachant un sang épais et noir d'entre ses lèvres. Un instant, elle craignit d'en mourir tandis que la tête lui tournait bien trop, qu'elle vomissait encore et encore.
Elle n'en mourut pas, cependant qu'était un corps sans ombre? La nuit, cela possédait peut-être peu d'importance, mais Deirdre craignit ce que l'apparition de la lumière pourrait lui révéler.
Elle était mutilée à présent, avait sacrifié une part d'elle-même intangible, insondable, que la nature interdisait de perdre mais que Deirdre avait perdu pourtant. Ces choses là se payaient le prix fort....

”Ainsi, il n'y a donc rien ici sinon ma mort probable?!”
Les lèvres rouges de sang, Deirdre en appela au Ciel, avant de constater que de ciel, il n'y avait pas. Au dessus d'elle était une chose indescriptible, immense, faite de couleurs ne pouvait être vues par un coeur mortel. Il y avait quelque chose de vivant aussi, quelque chose qui respirait, sa présence était partout dans le jardin, comprit Deirdre.
Cela émanait des fleurs et des arbres, de chaque brin d'herbe, cela courait sur sa peau à elle comme des insectes infâmes qu'elle ne pouvait chasser. Se recroqueviller sous un grand saule pleureur aux branches tombantes ne servit à rien à la jeune fille, car cet arbre faisait aussi parti de la créature, du Maître du Jardin.
Il se dressa devant elle, fait de puissance et de menaces, fait de mort également, accordant un regard à la jouvencelle avant de s'en détourner.

A quoi bon, petite, je t'ai déjà dévoré....
Cela était vrai, comprit Deirdre, plus sombre et plus souillée alors qu'aucune autre personne vivante ne pouvait l'être. La créature n'était pas que sur elle, sa peau, ses vêtements, elle était en elle également. Lui arracher son ombre lui avait permis d'entrer dans le corps de la jouvencelle ainsi qu'un amant pouvait prendre et pénétrer celui de sa maîtresse. Il fallait cependant être un amant de haine et non d'amour pour se servir pour cela d'une plaie palpitante, par lui-même causée....
Et Deirdre avait vomit du sang, tellement de sang : qu'avait-il donc déposé en elle pour que cela la blesse autant de l'intérieur?
Le corps frémissant de douleur, Deirdre peinait à respirer. Elle ne parvenait à comprendre ce qu'elle avait réellement perdu, l'ombre n'étant qu'une simple diversion, elle ne parvenait à touver de mots à sa honte et sa douleur, tandis que les deux se confondaient au creux de son ventre. Il importait peu Maître du Jardin n'ait pas utilisé son corps pour prendre ce qu'il désirait d'elle.
Il était une créature sombre et innommable, se jouant du temps comme il se jouait des mondes dans lesquels il choisissait d'apparaître. Son but était inconnu, nul récit ne parlait de lui, nul conte n'évoquait ses méfaits, la façon qu'il avait de voyager à travers bien des univers...
Sa nourriture était l'innocence, il se repaissait d'elle comme un ogre pouvait se nourrir d'enfants. Et Deirdre repensa aux cailloux que, par instinct, les gamins du village balançaient par delà la clôture du jardin. Des cailloux blancs toujours, comme pour espérer apaiser le monstre qui s'y trouvait par la couleur de la pureté.
Désormais titubante, Deirdre reprit sa progression. Elle ne savait où aller, ce qui lui était permis ou non. Son pied buta contre un premier corps, bientôt ce fut tous les disparus qu'elle retrouva, ceux des soldats de l'Inquisition ayant choisi de braver le jardin. L'innocence que l'on avait dévoré d'eux était celle de l'idéal, arraché de leur être comme l'on arracherait la joie d'une étreinte. Eux non plus ne possédaient plus d'ombres, et les visages jeunes attendaient un jugement par delà la mort, accusant le Maître du Jardin sans que cela ne puisse changer quoi que ce soit à leur destiné.

La jeune fille continua d'avancer, quelque chose en ses yeux restait hagard comme si seul le choc pouvait l'empêcher de mourir désormais. Pourtant, ses idées restaient claires, et Deirdre murmura au  Jardin et à son Maître une vérité soudain bien trop pure pour ne pas éveiller l'appétit du Monstre: ”J'en ai assez que l'on m'arrache des choses, que ce soit les autres ou bien toi. Désormais, c'est toi qui souffrira de la perte de ce que tu ne pourras jamais récupérer....”
Dans le Jardin, la présence du Maître trembla d'envie à l'idée de dévorer les mots purs de vengeance. Cela couru dans chaque présence c=végétale et minérale, cela courut dans l'air, cela courut en Deirdre aussi comme une flamme sombre qu'elle ne pouvait rejeter et qui la souillait encore et encore. Puis, ce fut le corps même de la Créature qui fut devant la jeune femme, déversant de sa gueule une langue pareille à tout ce que l'on pouvait craindre de la chair et du corps. Avant que Deirdre ne  reculer, l'appendice se glissa, long et tortueux, entre les lèvres de la jeune fille, prêt à lui poignarder la voix pour la briser de même manière qu'il avait brisé tant de choses déjà.
Elle battit des mains, Deirdre, furieuse, la mâchoire au martyre, et ses doigts s'accrochèrent alors à la poitrine du monstre. Oeil pour oeil, dent pour dent, elle ferma le poing et martela jusqu'à briser la peau étrange, avec la même violence que la langue lui laminait la gorge. Il y avait quelque chose dans le torse ouvert, quelque chose comme une plante ou une fleur, et Deirdre s'en empara, tirant de toutes ses forces jusqu'à ce que la tige ne se détache.
Alors, tout disparu : du monstre, rien ne restait, du jardin encore moins.
Autour de la jeune fille, il n'y avait qu'une simple forêt dont Deirdre ne connaissait le chemin. Lorsqu'elle parvint à en sortir, le jour se levait à l'horizon. Pour trois battements de coeur, Deirdre se permit la peur. Et puis elle regarda à ses pieds, vit une forme sombre, attachée à son corps et prête à répondre à chacun de ses mouvements, à se jouer de la lumière également.
Deirdre pleura :
”Tu n'es pas mon ombre, mon ombre est partie mais pour ne pas devenir folle, il faudra bien me contenter de toi. Les gens te prendront pour moi, pour l'ombre de mes pas. Je n'aurai rien à leur répondre, je sais, et peu importe combien d'années je vis encore, moi je saurais : tu n'es rien d'autre qu'une inconnue, chose étrange, et jamais je ne retrouverai ce qui a été perdu.”

Dans son poing, la fleur arrachée gisait toujours. Peut-être qu'une autre repousserait dans la poitrine du Maître du jardin, qu'importe le lieu qu'il hantait avec son sombre domaine à présent, mais ce ne serait plus jamais la même.

”Bah, après tout, c'est là notre lot à tous et à toutes, peu importe les univers, non?”

Et, sans que nul ne sache quelque chose de son aventure ou de ses malheurs, Deirdre retourna au monde....

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