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[+18] Bellanaris Din'an Heem [Pv Kytha Bellanaris]

Lathbora
Dalatien vengeur
- Felassan -
Messages : 173
Emploi/loisirs : ~stalk and stab~ predator on behalf of elven glory.
Mer 27 Mar - 14:02

Bellanaris Din'an Heem  



Boum, boum, boum, boum.
Son cœur battait fort à ses oreilles. Boum, boum, boum. Le bruit était si fort qu'il couvrait presque tout le reste. Boum, boum. Il couvrait le bruissement des herbes hautes autour de lui, le vent qui faisait claquer les feuilles des arbres, tout comme le son rauque de sa propre respiration haletante. Oui, les battements réguliers de son cœur recouvrait presque tout, produisant comme un chant plaisant, la complainte d'une sirène qui, cachée dans l'obscurité de l'océan, n'attendait que sa perte. Il avala sa salive avec difficulté. Sa gorge était en feu. Pourtant il connaissait la méthode : respirer avec le nez et expirer avec la bouche. Mais après seulement quelques répétitions, la théorie était loin et Lathbora respirait tout comme il expirait : avec sa gorge. Sa fatigue apparente n'était pourtant pas un frein et il courait plus vite qu'il ne l'avait fait depuis des mois, porté par l'appel de la vengeance, par le tambourinement régulier de son sang contre ses tympans. Et il souriait. À quelques mètres devant lui l'homme qu'il avait pris en chasse, lui, ne s'amusait pas le moins du monde. Comment la situation avait-elle pu dégénérer autant, en seulement quelques heures ?

Le jour s'était levé depuis de longues minutes lorsque Lathbora s'était écroulé de fatigue. Il avait pris le risque de ne pas faire de haltes, avançant obstinément à travers la lande pendant un jour et une nuit complète. Il voulait s'éloigner de la ville, s'éloigner de toutes les villes et des vérités qu'elles renfermaient. Mais la lande qu'il avait alors découverte ne lui sembla pas assez sûre, et il poussa sa route jusqu'à pénétrer dans l'ombre rassurante d'un petit bosquet. Il avait bien du mal à se situer. Pourtant il y avait de grandes chances pour qu'il soit déjà passé par ici, un jour, avec son clan. Mais la vérité était qu'à cette époque, il ne prêtait que peu attention au paysage s'étendant par-dessus les rebords de son aravel. Son esprit était certainement bien trop occupé en ce temps-là par d'autres considérations. Il devait penser au déchargement et à la mise en place de la forge lorsque le convoi se stopperait. Ou bien alors aux mots cruels prononcés par le conteur, qui continuaient de tourner en boucle dans son cerveau en quête de sens. Oui, Lathbora n'avait jamais prêté attention à la route empruntée par les siens, et il s'en mordait aujourd'hui les doigts. Comment pouvait-il être certain de ses choix ? Allait-il finir par trouver ce qu'il cherchait ? Alors, épuisé tout autant du point de vue physique que moral, le dalatien s'était écroulé sous le couvert des branches, oubliant l'espace d'un court instant toutes les précautions d'usage. Il souhaitait trouver le repos quelques minutes, le temps pour sa tête de cesser de tourner, le temps pour ses muscles d'arrêter e trembler. Ensuite, il lui faudrait trouver de l'eau, puis un véritable abri où il pourrait se cacher, jusqu'à la nuit tombée. Mais à peine avait-il fermé les yeux qu'il se laissa sombrer dans un sommeil trop profond. C'est ainsi qu'ils le trouvèrent, écroulé au bord du sentier, au pied d'un arbre. Il ne se réveilla pas lorsqu'ils l'encerclèrent, observant avidement ses bien maigres possessions. Ils étaient cinq. Cinq hommes en armure disparates, recomposées lors de rapines précédentes, cinq hommes armés au visage barré d'un sourire perfide. Ils observèrent cet elfe blond, de petite taille et de faible corpulence, marqué par un tatouage mais étrangement seul. Ils observèrent les dagues accrochées à son dos et l'absence de toute autre arme. Une proie facile, plaisante, amusante même. Deux des cinq hommes se placèrent dans son dos, d'un côté et de l'autre du tronc. Ils tendirent leurs mains en direction des dagues et attendirent le signal des trois autres. Signal qui ne tarda pas à arriver. Lathbora fût réveillé par un coup de pied puissant qui lui arriva en plein dans l'aine, lui déclenchant une douleur vive. Il roula, désorienté, et chercha du bout des doigts à se saisir de ses dagues. Mais elles lui avaient déjà étés subtilisées. Il tâta encore avec horreur, mais ses doigts ne rencontrèrent que du vide. Les hommes se mirent à rire, cruels. Des rires qui semblaient provenir de partout autour de lui, qui lui glacèrent le sang. Il se redressa et fit un rapide tour sur lui-même, les poings serrés devant lui, comme tenant des dagues invisibles. Il eut un regard pour chacun des hommes, estimant rapidement leur armement, leur physique aussi. Mais ces précautions étaient vaines, et il le savait. À un contre cinq, désarmé, il ne pouvait rien faire, pas même fuir. Il se laissa alors faire, résigné, les yeux ouverts, cherchant à ne pas rompre tout contact visuel. Et ils s'en donnèrent à cœur joie. Les deux hommes restés dans son dos l'attrapèrent par les aisselles, lui immobilisant les bras et le soulevant de quelques centimètres, juste assez pour que ses pieds ne touchent plus le sol. Les trois derniers hommes le passèrent alors à tabac méthodiquement, à grand renforts de coups de pied et de coups de poing. Heureusement, le plastron d'écorce de fer que portait le dalatien absorbait la majorité des impacte destinés à son torse, mais son visage, ses bras et ses jambes ne furent pas épargnées. Un nouveau coup l'atteint à la tempe, et il se sentit perdre toute contenance, ses muscles le lâcher et son corps tout entier devenir mou. Les deux hommes le lâchèrent et il tomba en avant, d'abord sur les genoux pour ensuite s'effondrer de côté, un sourire vague aux lèvres. Lathbora gardait le silence. Il ne leur donnerait pas la satisfaction de crier, encore moins de les supplier. Il se laissait simplement faire, au grand dam de ses agresseurs qui visiblement commençaient à trouver la situation pesante. Il reçut un coup de pied plus puissant que les autres au visage, et son arcade éclata. Son sang chaud ruissela dans la courbe de son orbite puis le long de son nez pour enfin s'écouler aux plis de ses lèvres. Au bord de l'inconscience, il regarda les pieds des hommes piétiner, puis s'éloigner, dégoûtés de n'avoir même pas eu la moindre résistance face à eux. Ils emportèrent son sac et ses dagues.
Lathbora roula sur le dos. Les yeux clos, il chercha à localiser mentalement chacune de ses blessures. Son visage, par-dessus tout, le faisait atrocement souffrir, à en gémir. Mais il garda les lèvres closes. Il sentait sa peau se contracter, ses muscles spammer, mais ils ne lui avaient visiblement rien cassé. Un bon point pour lui, un très mauvais pour eux. Car l'incident était loin d'être clos. L'elfe n'était pas un guerrier : il n'était pas puissant, pas imposant, il ne savait pas manier de lourdes armes. Non, son truc à lui c'était la traque, les ombres et les approches furtives : c'était un assassin. Il se releva, mordant sa lèvre inférieure pour faire taire la douleur qu'il ressentait jusqu'aux confins ses os. Bientôt, il le savait, l’adrénaline prendrait le relais et passerait sous silence toutes ses douleurs. Silencieusement, il les prit alors en chasse, se concentrant sur les traces laissées au sol. Marcher lui faisait du bien, rendait ses idées plus claires. Rapidement, il se mit même à trottiner. Ce n'était pas la première fois qu'on s'en prenait à lui ainsi. Ce ne serait certainement pas la dernière. Mais il s'en accommodait, ne s'en plaignait pas. C'était le jeu, ce bon vieux jeu de survie. Manger ou être mangé. Il accéléra encore, évaluant rapidement son plan. Il ne mit pas longtemps avant de les rattraper. Les cinq hommes s'étaient séparés pour couvrir plus de terrain, pour chercher une prochaine cible. Les guerriers marchaient en duo pendant que l'archer, lui, traînait plus en arrière. C'est sur lui que Lathbora se concentra en premier. Cet homme-là possédait une armure moins lourde que ses confrères de rapines, il semblait également moins attentif. Mais surtout, il était seul. Lathbora serra le poing. Il sentait la colère monter en lui. Son envie irrépressible d'en finir au plus vite. Il se glissa dans les traces de l'archer, finissant sa traque. Dans le petit bosquet, les hommes gredins longèrent une sorte de mur en ruine, d'aqueduc peut-être, qui prenait naissance en terre avant de s'élever à plusieurs mètres. L'archer fit une pause au niveau de sa troisième arche. L'elfe le vit passer son arme en travers de sa poitrine, puis défaire les liens de ses chausses. Rapidement, le dalatien atteint à son tour la ruine et ramassa au sol l'une de ses grosses pierres qu'il glissa entre son plastron et sa tunique. Il se hissa sans mal au sommet de l'aqueduc et se glissa sans bruit jusqu'au-dessus de l'homme esseulé, occupé à uriner contre le mur. Il respira, une fois, puis deux, et bloqua sa respiration. Le sang qui coulait toujours de son front réchauffait sa peau glacée. Il s'élança du bord de l'aqueduc, les pieds joints, visant le sommet de crâne de l'homme. Son poids le fit basculer sans mal et ils roulèrent tous deux dans les herbes hautes et les fougères. Lorsqu'ils s'immobilisèrent, Lathbora se retrouva sur le torse de l'homme, ses deux genoux appuyant sur sa poitrine. L'homme était sur le dos, il ne pouvait pas atteindre son arc, pas plus qu'il ne pouvait dégager l'une de ses flèches. Lathbora souri alors qu'il bloqua la bouche et le nez de l'homme à l'aide d'une de ses mains. L'archer tenta de se débattre, de s'ébrouer, mais l'elfe était suffisamment table pour ne pas se faire désarçonner. Il sourit encore, plongeant son regard doré jusqu'au plus profond de l'âme de sa victime, alors que sa dernière main libre glissa sous son plastron pour se saisir de la grosse pierre. Il la leva au-dessus de son crâne et l’abatis, une fois, puis deux puis trois, sans jamais détourner le regard. Observant le visage de l'homme passer d'une expression de terreur à celle de la souffrance, pour enfin se déformer au point d'en devenir inhumain. Du sang gicla jusqu'à lui, mais il ne s'arrêta que lorsque le corps de l'homme cessa définitivement ses spasmes. Alors seulement il laissa tomber la pierre au sol et se redressa, reculant tremblant de plusieurs pas. Il regarda ses mains trembler, les taches rouge sombre qui engluaient sa tenue. Du sang qui, cette fois-ci, n'était pas le sien. Puis il se pencha de nouveau sur sa victime, retournant sans ménagement son corps, fouillant ses poches à la recherche de la moindre chose utile. Il trouva une mèche de cheveux auburn tressée, nouée d'un ruban d'apparence ancien, quelques pièces et des bandages. Il glissa le tout entre sa peau et sa tunique, où sa ceinture serrée créait une sorte de poche. Puis il se redressa et examina un instant l'arc. Non, il n'allait pas s'abaisser à l'utiliser. Il aimait lettre à mort en regardant dans les yeux, en sentant le sang couler sur ses doigts. Il aimait sentir son implication. Il dégagea tout de même deux flèches du carcan dont il brisa la tige à mi-hauteur, se créant deux sortes de pics qu'il glissa dans les sangles de son plastron. Puis il récupéra sa grosse pierre et dissimula le corps dans les hautes herbes et les fougères, avant de reprendre sa traque. Les deux duos restants s'étaient éloignées, se dirigeant vers la lande. Lathbora soupira : cela n'allait pas lui faciliter la tâche, mais il n'allait pas les laisser emporter ses affaires. Il se mit alors à courir, sentant son rythme cardiaque accélérer.
Boum, boum, boum.  


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Kytha Bellanaris
Première du clan Bellanaris
- Felassan -
Messages : 76
Emploi/loisirs : ❝ première du clan bellanaris, rêveuse
Sam 11 Mai - 0:44
Un nouveau regard sur le croquis serré entre ses mains lui confirma qu'elle était au bon endroit. Elle s'était attendue à ressentir du soulagement en trouvant les ruines, mais comme toujours, elle poursuivait une folie défunte.

« Il n'est jamais passé par ici, » se résolut-elle, déçue.

Kytha s'apprêta à chiffonner le papier, avant de se souvenir qu'elle avait fait tout ce chemin pour quelque chose. Et que Rasdir n'avait accepté de l'accompagner jusqu'ici, aux Plaines Exaltées, malgré le danger, que si elle acceptait de visiter les lieux un minimum. Quitter Varethan et ses murs rassurants, aux tours promises et enfin offertes, pour un champ de bataille nauséeux d'hypocrisie, ne le rassurait pas beaucoup.

Kyts aimait Varethan de tout son cœur. Elle avait toujours souhaité ne pas avoir à vagabonder, avoir un lieu où la pluie appartenait à l'extérieur et où elle pouvait avoir un lit. Personne ne savait à quel point c'était un luxe, un lit. Un lit, ça ne rentrait pas dans un aravel, et à peine dans une tente. Or, entre les pierres des ruines, elle pouvait enfin dormir sur le confort d'un matelas et réchauffée par un feu qui menait à une cheminée. Certes, il y avait encore plein de trous, mais des trous étaient plus qu'elle n'avait jamais espéré. Sauf que Varethan aussi avait longtemps espéré recevoir des visiteurs, et désormais qu'elle y habitait de façon permanente, elle n'avait plus le droit d'en sortir. Jamais. Kytha en comprenait les raisons, car elle passait de nombreuses heures à pratiquer le mode de pensée mature et responsable, mais elle ne pouvait ignorer la douceâtre déception d'un cadeau rien qu'un peu moins idyllique qu'elle l'avait imaginé.

Elle aurait apprécié, au fond d'elle-même, que Siha lui fasse assez confiance pour la laisser partir plus souvent (elle leva les yeux vers Rasdir le chasseur) sans escorte; non contrainte aux restrictions d'un camouflage, elle brandissait son bâton élégant sans inquiétude, et ainsi maîtrisée sa magie savait se montrer redoutable. Elle lâcha un soupir. Au fond, elle aurait simplement apprécié ne pas avoir à prétexter ces ruines-là au milieu des Plaines Exaltées pour avoir à accomplir son devoir de Première. Voilà tout. Et pire encore, elle avait caché qu'elle n'était seulement ici en tant que Première si elle se faisait prendre par son Archiviste.

Le chasseur qui l'avait accompagnée jusqu'au clan Bellanaris autrefois, Cyris, lui avait envoyé ce croquis. Parce que quelqu'un, quelque part, aurait vu passer un pâle elfe albinos, aux cheveux blancs et yeux lavande, et que cette description correspondait en tout point à celle de son frère aîné.

Mach.

La déception goûtait le vinaigre et le temps perdu. De toute évidence, il n'y avait que des oiseaux et du gravier, ici. Elle aurait voulu... elle ne savait même pas ce qu'elle aurait voulu. De douces retrouvailles ? Elle était trop en colère, depuis trop longtemps, pour s'y attendre. Un grand discours vibrant de colère et de tristesse ? Jamais elle ne pourrait le terminer, et elle aurait trop peur de le faire fuir à nouveau. Peut-être que c'était mieux comme ça, au fond. Le doute, des questions toujours en suspens, et sa vie au clan Ereniel morte et enterrée. Sa vie, désormais, était Éternelle. Avec les Bellanaris, avec les Felassan, où sa nouvelle famille se battait pour construire une réelle différence. Même si au fond, elle devait toujours rester derrière. Elle était Première, mais elle se sentait encore comme une Seconde. Elle avait toujours été une Seconde.

Tout ça n'est qu'enfantillages.

Kytha se ressaisit et déposa son sac de voyage sur le sol, sous la canopée d'un arbre qui poussait à même les remparts effondrés. Elle fit signe à Rasdir de commencer à poser le nécessaire pour camper, parce qu'ils ne quitteraient pas les Plaines Exaltées sous la pluie qui devenait de plus en plus forte. Elle sentait Arlath tenter de l'approcher dans son subconscient, mais elle refusait de parler. Pas à propos de ça. Pas à propos de quelque chose d'aussi personnel, qui lui faisait se sentir aussi faible, même s'il s'agissait de la même vulnérabilité qui avait les avaient liées au tout début. Dans un silence obstiné, elle défit le matériel de son sac à dos et récupéra son ardoise et une craie. Noter les quelques bribes de secrets que le bâtiment pouvait détenir était sa seule priorité, à présent. Rasdir sembla un instant vouloir se rapprocher, inquiet, mais un regard de la part de la jeune fille le persuada de lui laisser du temps. Peut-être une infinité.

Les heures passèrent. Kytha avait si souvent eu recours à ses sortilèges de discrétion ces derniers mois qu'ils lui venaient aussi naturellement que sa respiration. Les esprits du lieu les laisseraient tranquilles (surtout avec la présence intimidante de l'Amante à l'armure d'argent dans l'Immatériel), tout comme les potentiels shemlens curieux. Kytha n'osa pas s'aventurer trop profondément dans les tunnels sous ce qui semblait être une sorte de temple (elle et Rasdir n'étaient pas équipés pour se battre contre les démons qu'ils risquaient d'y trouver), mais elle réussit à faire un travail correct avec ce qu'elle avait. Elle rapporterait les informations à Siha sur ce lieu, il serait intéressé. Les quelques bribes d'ancien elfique qu'elle trouva plus ou moins effacé sur les murales n'étaient pas très claires, mais avec un peu de temps elle pourrait les traduire approximativement. Quelques mots sur l'Ordre d'Émeraude, sur la Dalatie Elfique. Des paroles intéressantes, au coeur d'une contrée riche en informations mais trop dangereuse pour tout révéler, avec la guerre civile qui grugeait la population. Et il y avait ces bouffons d'Hommes Libres de Dalatie, dont l'existence même était comparable au pire crachat sur le sort des elfes.

« Rasdir. »

Une suite de bruits suspects la tira hors de ses pensées. Immédiatement, elle tendit la main et redressa son bâton pour renforcer ses barrières. Elle pouvait entendre son cœur battre à ses oreilles. Un combat. Tout proche. Peut-être de l'autre côté du mur. Ses yeux inquiets se posèrent sur son ami, qui posa un doigt sur ses lèvres en signe de silence. Elle hocha la tête. La séparation entre l'Immatériel et le monde physique se fit encore plus mince, les rendant presque invisibles à l’œil non entraîné, alors que la Rêveuse faisait danser ses doigts dans la lumière chatoyante de la magie d'Esprit. Rasdir, arc bandé, tituba un instant, soudain prit d'une vague de fatigue. Fenedhis, jura Kytha dans ses pensées. Peu habitué à ce genre d'arcane et trop près du monde ensommeillé, elle risquait d'endormir Rasdir avec ses protections occultes. Elle assista, impuissante, au chasseur tomber sans connaissance, et retint un couinement plaintif. Impossible de baisser l'intensité de son sort, sans quoi elle se ferait repérer, et ils ne seraient jamais en mesure de se défendre contre quiconque de l'autre côté de la ruine. Une goutte de sueur froide roula le long de son dos alors que de sa main libre, elle demanda aux plantes de pousser par-dessus son ami et de le cacher dans son sommeil au timing incongru. Ça commençait à lui faire un peu beaucoup d'auras à maintenir en même temps. Siha serait fier.

À peine perceptibles, les râles de douleur se turent. Quiconque avait remporté l'affrontement avait terminé sa besogne. Les corbeaux de l'Ami des Morts viendraient fouiner autour, libres sans les rites funéraires d'un hahren ou d'un Archiviste. La respiration de la jeune fille lui semblait si forte qu'elle se força à la retenir, angoissée jusqu'à la moelle malgré la surprotection dépensée. Sa potion de lyrium était dans son sac de voyage, juste un peu trop loin pour l'attraper sans magie. Ugh. Son regard vers le minuscule campement lui rappela un détail important qu'elle avait oublié dans la panique. Une deuxième entrée. Juste à côté d'eux. Une chance sur deux que les combattants (le combattant ?) ressorte par ici et mette le pied en plein sur Rasdir endormi, qui avait beau être invisible, était tout de même bien solide sous la semelle. Kytha relâcha un râle énervé en silence, trouvant ces ruines sacrément casse-couilles depuis le début de leur relation moins d'une journée auparavant. Mais bon. Peut-être que les survivants du combat repasseraient de l'autre côté. Peut-être que tout ce drame était futile. Kytha était sur le point de se convaincre lorsque bien évidemment, elle découvrit trois choses à ce sujet.

La première, il s'agissait d'un seul combattant, qui avait détruit au corps-à-corps plusieurs assaillants ; elle était définitivement foutue. Si foutue qu'elle se mit à sourire de désespoir. Cette première découverte révélait naturellement la seconde: il passait par le portail où Rasdir piquait sa sieste. Bien sûr. Un jour, quelque chose se passerait-il pour le mieux ? La troisième chose que Kytha découvrit fut sur elle-même. Elle pouvait faire s'envoler une bouteille de lyrium jusqu'à sa main ouverte très vite, sous pression. Yay, magie de l'Esprit !

Ça n'était qu'une question de temps avant que l'homme n'écrase le visage de Rasdir de son pied droit. Le cerveau de la Première Bellanaris roulait à une vitesse folle, calculant chaque option d'échappatoire et chaque scénario avec actions/conséquences. Les secondes avançant trop vite (le survivant s'était mis à courir), la panique gagna sa propre bataille. D'un raide mouvement qui désarma toutes ses barrières, elle s'abandonna à la Marche de l'Immatériel, éclipsée du monde physique en un clin d'oeil, et réapparut juste derrière le rôdeur.

Toi ou nous, oh mes dieux onvamouriradieumondecruel.

« Huh !? »

Elle arrêta son coup de bâton à mis chemin (avec le bout pointu), choquée par sa vision. Les oreilles pointues, les vallaslins...

« Je... A-aneth ara, lethallin. »

Kytha se retrouva sur la fine ligne entre deux rêveries. Il lui ressemblait, à Mach. Un peu. Le combattant, c'était un jeune homme, un elfe, aux traits brisés par plusieurs hématomes et égratignures. Ses cheveux blonds courts, ses yeux... dorés, comme ceux de Siha et Sehariel. Ses tatouages, de June, étrangement paradoxaux à côté de son armure de cuir, du sang qui perlait sur ses dents. Son visage semblait hagard, comme celui des bêtes sauvages qui se sentaient en danger, dangereuses elles aussi mais blessées quelque part. La spiritiste baissa son arme en douceur, son cœur pincé par compassion. Elle tendit une main tremblante.

« Tu ressembles à un souvenir... » Elle secoua la tête. « Ça n'a pas d'importance. Et c'est bizarre à voix haute. Désolée. Que se passe-t-il, lethallin ? As-tu besoin d'aide ? Tu sembles blessé. J'ai entendu un affrontement, je... Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Elle s'apprêta à entraîner sa guérison sur son confrère vagabond lorsqu'elle s'arrêta de nouveau.

« Pourrais-tu t'approcher un peu ? »

Encore plus bizarre.

« T'as le pied sur mon ami. »

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Lathbora
Dalatien vengeur
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Sam 11 Mai - 18:32

Bellanaris Din'an Heem  



Lathbora effectua trois petits sauts rapides, sur place. Il se délia les articulations et se donna du courage. Il quitta les derniers arbres du bosquet. La lande l’accueillit, tout comme la pluie. De grosses gouttes s'abattirent sur son visage, sur ses épaules, le lavant grossièrement du sang étranger qui le recouvrait encore. Les herbes hautes lui arrivaient aux mollets, dansaient jusqu'à l'horizon la valse dictée par le vent. Le ciel noir , menaçant, représentait bien l'état d'esprit du dalatien. Quatre hommes, il lui restait encore quatre hommes à atteindre, quatre hommes dont il devait extraire la vie. Il devait récupérer ses affaires, laver son affront, et surtout, surtout, relâcher une bonne fois pour toute cette pression qu'il avait accumulée au fil des mois. Il ne courait pas, pas encore. S'il le faisait, cela le rendrait trop visible. Les deux duos fautifs évoluaient dans le décor, arpentant leurs propres routes. L'un se dirigea vers une ruine, l'autre vers un chemin. Lathbora se stoppa, scruta les deux binômes, et se décida. La ruine présentait de nombreux avantages. Il pourrait mieux les surprendre, les contourner ou s'enfuir au besoin. Les murs étoufferaient leurs cris. Les deux autres ne devraient pas être alertés tout de suite. Il prit une grande inspiration, s'étira encore, vérifia la présence des deux flèches brisées prises dans les sangles de son plastron, ressentit la pierre froide et gluante contre sa peau. Il s'élança.

Plus il s'approchait à pas feutrés, plus la ruine lui semblait immense. De loin, on pouvait croire en une succession de petits bâtiments, mais Lathbora avait vu suffisamment de ruines au cours de sa vie pour savoir qu'en fait, il avait devant les yeux les débris d'un seul et même temple. S'il ne s'y trompait pas, il allait y avoir plusieurs salles, et peut-être même une crypte. Il ne fallait en revanche pas compter sur un étage, au vu du délabrement visible sur les hauteurs. Oui, piéger les shemlens dans ce temple allait être un jeu d'enfant, et il accéléra le pas. Les voyant s'engouffrer par une brèche entre deux murs, Lathbora contourna pour trouver une véritable porte. Ce lieu était un temple, même en ruine, il conservait son caractère sacré. Les Dieux n'avaient plus la possibilité de surveiller les elfes, mais il pouvait au moins faire ça pour eux. Il avança prudemment dans en entrailles du bâtiment, maintenant à ciel ouvert, gardant une oreille dressée en direction des deux hommes, qui faisaient crisser la pierre sous leurs lourdes bottes. Lui se déplaçait silencieusement, ses pieds nus trouvant les zones sans débris. Il ressentait leur présence dans le bâtiment, et il sentait qu'ils se rapprochaient. Il les prit de vitesse, allant se placer dans un angle, au bout du couloir qu'ils étaient en train de longer. Contre le mur de pierres froides, il dégagea ses deux flèches des sangles de son plastron. Il ferma les yeux, ignora la douleur qu'il ressentait au-dessus de ses paupières, oubliant son visage qui avait déjà commençait à gonfler. Il visualisa les hommes, se rappela de leurs armures, et se concentra sur leur point faible. Les pas se rapprochaient. Il bloqua sa respiration. Ils étaient juste derrière le mur. C'était le moment.

Il ouvrit les yeux, vit le bout de leurs pieds apparaître à l'angle de son mur. Il pivota, flèches dans chaque main, et leur fit face. Leurs visages exprimèrent conjointement une expression de surprise lorsqu'il enfonça les deux pointes dans chacun de leurs cous, à la base juste derrière leur clavicule. Il n'avait plus assez de force pour les enfoncer complètement, alors elles se figèrent simplement à quelques centimètres sous la surface de la peau. Mais se fut suffisent pour leur arracher des cris de douleur. Lathbora sourit, se pencha, et se saisit d'une de leurs épées pendant qu'instinctivement ils portaient les mains à leurs blessures. Paré de sa nouvelle arme, il détalla. Non, il n'allait pas les tuer rapidement, il voulait jouer avec, avant. Il tourna derrière le mur suivant, et entendit leurs pas lourds se précipiter vers lui. Sa poitrine se soulevait avec amplitude alors que son souffle le brûlait. Il était fatigué, il était blessé et il était seul. Arrivant de l'autre côté, les deux hommes, à peine blessés, l'un muni d'un large bouclier, l'autre d'une épée. Il soupira et s'accroupit, passant le pouce le long du fil de la lame, testant son tranchant. Il maîtrisa son souffle, et rampa jusqu'à la limite du mur, attendant de nouveau ses proies. Les deux hommes passèrent. Le bouclier en premier, puis le bretteur. Lathbora allongea son bras, et tailla dans l'arrière de la cuisse de l'homme au bouclier. Il s'écroula au sol en hurlant cherchant à atteindre sa blessure. L'elfe bondit, il était à présent en face à face avec le dernier homme armé. En un geste souple, Lathbora se saisit du bouclier. Il était lourd, et très volumineux. En se courbant légèrement, il pouvait complètement disparaître derrière. Mais Lathbora restait réaliste : il ne savait pas se battre avec un bouclier, pas plus qu'il ne savait user correctement d'une épée en combat loyal. Mais ce n'était pas réellement un duel. Il ne cherchait pas à conserver son honneur, juste sa vie. L'épée entre les dents, Lathbora souleva le bouclier de ses deux mains. En hurlant, il s'élança sur l'autre homme, et vint le presser entre son bouclier et le mur attenant. Il le frappa de nouveau, cherchant à le priver d'air, ou au pire à l'assommer. Mais l'homme résistait, le repoussant. Il lâcha alors le bouclier, vrilla de nouveau et mit un coup d'épée en aveugle avant de s'enfuir de nouveau.

Mais alors qu'il venait de tourner le dos, Lathbora sentit une violente douleur dans son flanc droit. L'homme avait eu le temps d'allonger à son tour son épée, lui assénant un coup assez violent. Lathbora ignora la douleur ainsi que les insultes proférées par les deux hommes. En titubant, il répéta une nouvelle fois l'opération, se dissimulant derrière un nouveau mur, se déplaçant en silence hors de vue, et attendit de nouveau que sa victime vienne le rejoindre. Il peinait à garder les yeux ouverts, et dût se concentrer pour ne pas s'effondrer. *Stupide Shemlen* se dit-il en son for intérieur, lorsqu'il entendit de nouveau les pas de l'homme, ainsi que ses provocations. 
Dirthara-ma !
Hurla-t-il en plantant l'homme dans le buste, avant de rouler au sol et de le planter de nouveau. 
Fen'Harel ma halam !
Dit-il entre ses dents serrées en taillant une nouvelle fois dans le corps de l'homme. Il éclata de rire en le voyant tomber au sol, et le regarda frétiller un moment, avant d'abaisser une nouvelle fois son épée, visant sa gorge. L'homme émis un gargouillis terrible, puis s'éteint. Lathbora fouilla le corps, récupéra son sac et le passa à l'épaule. Il désarma totalement l'homme et se détourna de son cadavre. Il restait un shemlen à abattre dans ce temple. Puis deux à rattraper. C'est en marchant calmement, plutôt en claudiquant péniblement, que Lathbora rejoint le premier homme. Il s'était traîné contre le mur et avait sorti un court poignard pour se défendre. Lathbora l'assomma d'un puissant coup de pied dans la mâchoire : sa tête heurta violemment les pierres dans son dos. Alors, et en usant le poignard qu'il récupéra au sol, Lathbora tailla sa carotide, tailla son artère fémorale. Si la pluie avait lavé en grande partie le sang de son premier ennemi, ses choix concernant la mise à mort de son troisième le couvrirent de nouveau d'éclaboussures. Il s'essuya d'un revers de manche, et se dirigea calmement vers la porte la plus proche. Il était épuisé, il était plus que blessé, mais il se refusait à abandonner. Il lui restait deux hommes à retrouver. Deux hommes qui avaient pris ses dagues. Pour le moment, il avait recouvré son sac, et avait amassé deux épées et un poignard, qu'il avait passé à sa ceinture.

Passé la porte, il se mit à courir. Il ne pouvait plus perdre de temps. Mais blessé comme il l'était, ... Sa course n'était pas des plus rapides. Il devait approcher de la sortie, car une végétation plutôt luxuriante recouvrait à présent le sol. Il marchait sur un monticule lorsque dans son dos, une voix le fit sursauter. Il était bien trop fatigué pour penser à lever ses armes. Figé, il tourna la tête, et découvrit une elfe, tassée dans un angle de la ruine. Une dalatienne. Ses yeux s'emplirent de larmes. La douleur l'avait rattrapé. Celles de ses blessures bien sûr, mais aussi celle de son isolement, celle de son exil. Une dalatienne, ici, devant lui. c'était plus douloureux qu'un coup de surin. Sa peine le laissa hagard alors qu'il détaillait cette apparition miraculeuse. Elle portait un vallaslin de Ghilan'nain blanc bleuté, mais il n'était pas complet. Quelle force de caractère fallait-il pour arborer ainsi au grand jour la preuve de sa faiblesse ! Lathbora tressaillit un instant. Elle en fit de même, perdue dans ses propres paroles. Elle lui demanda ce qui s'était produit, mais il ne parvint pas à desserrer les dents pour lui répondre. Elle tendit une main tremblante, lui demandant d'approcher.

« T'as le pied sur mon ami. »

Il baissa les yeux sur le monticule sur lequel il était perché. Entre les feuilles, un visage. Un elfe blond, vallaslin bleu, paupières fermées. Lathbora recula, figé. Il récita malgré lui à haute voix une prière pour les morts, croisant respectueusement ses bras sur sa poitrine :

Falon’Din enasal enaste...

Il s'approcha de l'elfe, tremblant de nouveau contre sa douleur, se faisant quelque peu à sa présence, au choc initial d'être de nouveau face à l'une des siens.

Que lui est-il arrivé Lethallan ? As-tu besoin d'aide ?

Mais ses paroles lui semblèrent vides : son esprit était tourné vers ses deux agresseurs survivants, s'éloignant de minutes en minutes, ignorant du sort de leurs coéquipiers.


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