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De Charybde en Scylla [SMJ- PV Siha] TERMINÉ

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Assassin fugitif
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Mar 18 Sep - 18:01

De Charybde en Scylla


La mission en Ferelden avait été un fiasco et il avait hâte de passer à autre chose. Afin de ménager sa blessure à la cheville il s’était payé le luxe d’une monture, chevaucher sans étriers s’était révélé assez compliqué au début, Zevran était un cavalier moyen, il avait par ailleurs appris sur le tas au prix de nombreuses chutes. Si le confort relatif d’une selle était tout de même suffisant pour voyager, l’absence d’appui s’était révélé assez déstabilisant sur les premiers kilomètres, il avait manqué de glisser du dos de son cheval plusieurs fois mais il avait fini par s’y faire. Il n’avait que deux jours de monte pour arriver au point de rendez-vous avec Siha.

Évidemment son tendon le ferait toujours souffrir en arrivant mais il avait bon espoir de trouver de l’aide à l’avant poste. Si ce n’était pas Siha lui même il y aurait probablement un guérisseur compétent sur place. Le principal de sa blessure avait été guéri, mais les tissus cicatriciels le feraient souffrir plusieurs semaine, surtout s’il décidait de vadrouiller ou de combattre, autant se faire soigner convenablement.

Quant au reste… Il ne pouvait qu’espérer qu’Andréa ne s’en prendrait pas au Dalatien. Sa poitrine se contracta douloureusement à cette pensée. Bien sûr ça n’aurait pas de sens, l’Antivane allait sûrement essayer de s’attaquer à quelqu’un proche de lui. Siha n’était finalement qu’un client pour qui Zevran éprouvait une attraction physique, des clients comme cela il y en avait eut d’autres -l’attraction était cependant plus intense que la moyenne- et des cibles également. Il allait devoir prévenir Wulf et Alistair… peut-être Léliana de la situation dans laquelle il s’était mis. Allegra…. Allegra était en sécurité avec son clan, où qu’il soit. Jezabel était parfaitement capable de se débrouiller toute seule… Et c’était là toutes les personnes qu’il considérait comme proche de lui. Les seules que cette situation mettait réellement en danger.

Et Armando ? Où était-il ? Si véritablement Andréa et Lio n’étaient pas des Aranaï alors pourquoi étaient-ils alliés ? Pourquoi ne pas l’avoir achevé ? Ces questions tournaient en boucle dans sa tête depuis deux jours sans qu’il leur trouve une réponse satisfaisante. Tant et si bien qu’il finit par arriver en vue de l’Aravel. Il s’étonna de l’avoir repéré entre les arbres alors qu’il descendait une colline, perdu dans ses pensées comme il était. Mais le bout de la voile qui pointait en dehors des arbres avait automatiquement attiré son regard et il se sourit à lui même.

Voir Siha lui ferait du bien, la compagnie de l’archiviste lui plaisait et il savait que sa présence effacerait l’amertume de sa dernière aventure. Sa missive laissait entendre qu’il était sur la piste des esclavagistes et qu’il était sur le point de trouver leur repère. Il avait besoin d’aide, et comme Zevran lui devait cette mission suite à leur pari, le partenariat semblait naturel.

Une fois à l’ombre des arbres, qui l’abritèrent de la pluie naissante, il se mit à fredonner un air paillard. Les paroles lui revinrent après quelques minutes de murmure à mi voix et il se dit que quitte à se faire repérer par les guetteurs, autant bien le faire. Il entama la chanson avec entrain.

- « Partant pour la croisade, un Iarl fort jaloux/ De l'honneur de sa dame et de son droit d'époux / Fit faire une ceinture à solide fermoir/ Qu'il attacha lui-même à sa femme un beau soir. »

Regardant autour de lui et ne remarquant rien de spécial, il continua allègrement.

- « Une fois son honneur solidement bouclé/ Le Sire s'en alla en emportant la clef /Depuis la tendre Yseult soupire nuit et jour:/ "Quand donc t'ouvriras-tu, prison de mes amours?" Elle fit la rencontr' le soir au fond d'un bois / D'un jeune troubadour, poète montmartrois / Elle lui demanda gentiment d'essayer / Si d'un poèt' l'amour peut faire un serrurier ! »

- « Oh mais ça suffit Rasdir… arrête de glousser comme un idiot…. » Une elfe soupira en sortant des bois avec un soupire exaspéré.

- « Tu ne pouvais pas attendre la fin de la chanson ? » essaya de râler un chasseur blond qui avait du mal à contrôler son fou rire.

- « Je t’apprendrai la suite si tu le veux. Vous êtes du clan Bellanaris ? Je me présente, Zevran. Zev’ si ça vous fait plaisir. Normalement votre Archiviste doit m’attendre. »

- « Rasdir. » dit le blond en croisant les bras sur son torse dans un salut dalatien. « En effet, on est sensé garder un œil ouvert pour vous trouver, vous ne rendez pas la tâche compliquée au moins. »

- « On m’a toujours dit que j’étais un homme facile. » répondit Zevran avec un clin d’oeil.

Les deux elfes conversèrent, avec plus ou moins de participation de leur compagne féminine. Puis la chanson reprit et l’Antiva entreprit d’en délivrer les paroles suffisamment de fois pour que son nouvel ami puisse la retenir, au grand désespoir de leur suivante. Ils entraient dans l’avant poste en chantant le dernier couplet en coeur, et le ponctuèrent d’un grand rire.

- "Miracle, cria-t-il, femme au con vertueux / Ouvrons vite la porte au fils respectueux!" /De joie, la tendre Yseult, à ces mots, enfantait /Et depuis, la ceintur', c'est lui qui s' la mettait."

- « Voulez-vous de l’aide pour descendre de cheval ? » Proposa Rasdir.

Zevran hocha la tête, il ne voyait pas l’utilité de prétendre ne pas être blessé. Il accepta l’aide et mit prudemment pied à terre avant de confier les rennes de l’animal au chasseur. Son paquetage était léger, mais il le posa tout de même par terre. Il se redressa ensuite pour tenter d’apercevoir Siha aux alentours.





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Archiviste
- Felassan -
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Mar 25 Sep - 16:02
Depuis des semaines maintenant, les routes défilaient en suite sans fin de conifères et de roches, les plaines de l'ancienne Dalatie laissant leur place aux gris tristes et aux étendues d'eau Féreldiennes. Ici parmi les falaises escarpées et les côtes pluvieuses, Siha se remémorait le temps lointain de son enfance, la dernière fois où il lui avait été donné de fouler le sol de l'autre côté des montagnes. L'air pensif il observait les pages qu'il tenait entre les mains, et sur lesquelles il dessinait l'air semi-absent, une plume d'oie suspendue entre les doigts.
Nombre de rumeurs couraient sur la forteresse perchée sur les couronnes du ciel et ses nombreux guerriers de l'Inquisition, au moins autant que sur les tribus des dorsales et de Korcari. Pourtant ces dernières l'intimidaient beaucoup moins que la bannière de l’œil, institution obscure qui avait su se hisser aux devants de la scène comme le sauveur providentiel. Hélas les elfes n'étaient pas  assez stupides ou crédules pour croire aux promesses faites par des étrangers sans visage, surtout lorsque de graves enjeux politiques faisaient partie de l'équation. Et quand n'en faisaient-ils donc pas ?

Reposant sa plume et l'encrier avec une grimace amère, l'archiviste regarda la pluie tomber d'entre les pans colorés de sa tente. Les membres de son escorte avaient préféré se réfugier dans une cabane abandonnée au milieu d'un bois de sapins, mais lui avait tenu à poser son barda dans une grotte un peu à l'écart, logée dans renfoncement naturel discret que les autres pourraient facilement défendre. Fort heureusement cette Aravel réduite n'avait été entreprise que de quatre autres adultes capables, des dalatiens expérimentés qui savaient voyager léger et gérer le danger si d'aventure il venait à se présenter. Rasdir et Nethari, qui n'avaient pas tardé à entendre et rire des chants paillards de Zevran, Sehariel pour l'instant parti chasser, et Cyralan, qui avait pris le relais sur le soin des bêtes, maintenues un peu à l'écart.

Des éclats de voix, majoritairement joyeux à sa grande surprise, se faisaient entendre dans le silence de cette bruine immonde qui semblait les suivre partout. Sa fragile bulle de tranquillité fut rompue aussitôt, bien que les conversations aient au moins le don de le rassurer un minimum. S'il y avait le moindre signe de menace, l'alerte aurait déjà été donnée... Se relevant, Siha resserra les pans autour de son torse recouvert de bandages et sortit littéralement de sa grotte pour rejoindre leur fameux invité. À force, un invité avec des manières de régulier, quoi que ça puisse bien signifier. Son visage se détentit partiellement alors qu'il descendit la colline en direction de l'antivan, qui discutait toujours avec Rasdir comme s'ils étaient de vieux amis. Néanmoins derrière les airs sincèrement amicaux de ce dernier, il y avait la perception prudente de celui qui a roulé sa bosse.

« C'est une sacrée blessure que t'as là, mir fallon. Et... tu as semé tes nouveaux potes on doit se tenir prêts à une fête surprise ? »

Le blond l'observait attentivement et l'aida à se déplacer jusqu'à la cabane, aucune animosité ne se lisant dans ses traits tranquilles, mais son regard s'étant fait tout à coup moins jovial. Installant Zevran sur une paillasse qui était sans doute la sienne, Rasdir ne fit pas de chichis et profita de ce rare toit sur leurs têtes pour préparer de quoi manger et boire. Il n'était pas du genre à discuter les ordres sans une excellente raison, et savait que jusqu'à preuve du contraire ce petit gringalet sympathique était dans les bonnes grâces de l'Archiviste. Et pourquoi pas après tout, c'est pas parce qu'il était leur guide qu'il n'avait pas le droit de s'amuser un peu aussi...

« Je vais passer le mot et jeter un œil avec Cyr au cas où, en attendant le retour de Seha. »

Sans un mot de plus la timide Nethari s'éclipsa sans demander son reste, probablement autant par volonté de bien faire que pour éviter de se faire taquiner par les deux blonds et leur enthousiaste poussée de chansonnette. Incidemment son départ concorda avec l'arrivée de Siha, à qui elle fit un topo rapide avant de poursuivre dans les bois.
Finalement, lorsque ce dernier entra en baissant la tête pour passer par l'encadrure de la porte, qui grinça bruyamment en se refermant dans son dos, son sourire était aussi aimable qu'à l'accoutumée, quoiqu'un peu inquiet par ce qu'il lui avait semblé entendre. Ces retrouvailles étaient espérées et convenues depuis un moment, néanmoins il ne s'était pas attendu à ce que l'antivan lui revienne assez blessé pour ne pas pouvoir marcher normalement.

« Ravi de te voir de retour mir yeran, même si je me suis pas encore tout à fait certain que ce soit en un seul morceau. Qu'est-ce qui s'est passé ? »


S'accroupissant à la hauteur de Zevran, Siha s'appuya sur son genou pour s'équilibrer puis le regarda bien en face, à la fois pour se rassurer de le voir bien en vie et pour lui laisser le temps de reprendre son souffle et lui montrer ce qui le faisait souffrir. Apparemment il n'était pas le seul à avoir eu des semaines un peu compliquées, c'était à croire que la malchance s'acharnait...



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Assassin fugitif
- Mercenaire -
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Ven 28 Sep - 23:41

De Charybde en Scylla


L’antivan accepta volontiers l’aide de Rasdir pour se déplacer, il pouvait marcher mais l’exercice était encore douloureux et il préférait l’éviter au possible. Il lança un sourire nonchalant à l’autre blond et déclara d’une voix assurée.

- «  La plupart sont morts avant d’arriver à terre et il en reste deux dans la nature mais je ne semblais pas être en haut de leur liste de priorités. De tout façon les Corbeaux ont trop peur des dalatiens pour s’attaquer à eux. Il faudra remercier vos cousins Antivans pour ça, ils vous ont fait une sacré réputation. »

Il passa la porte et s’assit sur la paillasse sans broncher. En relevant les yeux il vit Siha se pencher pour passer la porte et la refermer derrière lui. Son sourire se fit plus serein, plus sincère. Quelque chose en lui cessa de s’agiter et cette constatation le poussa à rabaisser les yeux sur sa botte. Le bandage le grattait atrocement après toute une journée de monte et il devait l’enlever avant d’avoir envie de se gratter pour de bon, il ferait plus de dégâts qu’autre chose. Le temps que Siha parvienne à sa hauteur, il avait enlevé sa botte et avait commencé à dérouler la bande de cuir qui séparait le bandage de la botte et amortissait les chocs de ses chevilles contre les flancs de son cheval.

- « Braska... » Siffla-t-il en voyant que le bandage était à nouveau maculé de sang.

Il relava les yeux pour regarder Siha et lui servir un sourire espiègle. Il était passé maître dans l’art de faire croire que tout allait bien, et après tout, il était vivant et c’était suffisant. Un égo blessé et la défaite étaient parfois le prix à payer pour rester en vie.

- « Ravi de te revoir aussi Diletto. Tu me vois navré de l’état dans lequel je t’arrive mais, tu devrais voir l’autre gars…. Ou pas…. Ça fait quelques jour qu’il pourrit dans le sable il ne doit pas être beau à voir. »

Il s’affaira à retirer lentement le bandage pour ne pas arracher la peau dessous bien que cela aurait écourté la douleur. Il respira profondément pour obliger son corps à accepter la sensation de brûlure que le tissu quittant la peau lui infligeait. Puis il jeta la bande souillée sur le côté et étudia son tendon. Au moins les chairs ne s’étaient pas déchirées. Lynne avait réussi à rattacher le tendon mais elle n’avait pas eu assez de manaa pour refermer la plaie. Pas que Zevran se plaigne d’avoir reçu des soins, il était infiniment reconnaissant à Lynne d’avoir pu sauver sa cheville de ce qui aurait pu laisser des séquelles permanentes mais il était temps qu’il reçoive des soins plus complets. Surtout s’ils devaient courir après des esclavagistes.

- « Le tendon a été coupé net par une lame c’était heureusement une blessure assez nette et il y avait une mage de soin pas loin… mais la plage était pleine de naufragés et elle avait des vies à sauver donc…. Elle a paré au plus urgent. J’étais là bas pour arrêter un groupe de corbeaux qui devaient arriver par bateau. Le bateau a fait naufrage et je n’ai eu qu’à achever ceux qui vivaient encore…. Et puis cette Andréa et ce Lio ont débarqué, je ne sais pas trop ce qu’ils foutaient là, bref j’ai essayé de m’en débarrasser. Andréa m’a immobilisé et s’est enfui, j’ai eu Lio au lancer de dague…. Bref, Andréa ne perd rien pour attendre de toute façon, si elle ne meurt pas en mission je lui ferai personnellement la peau.»

Il prit sa gourde et versa l’eau propre et claire qu’elle contenait sur la blessure. La fraîcheur de celle-ci était un soulagement sur la chaire en inflammation.

- « Je n’ai pas été suivi, si jamais ça t’inquiète, il y a des plaines vastes entre mon point de départ et ici, et il a beaucoup trop plu ces derniers jours pour qu’aucune trace de mon passage ne reste. De plus, s’ils avaient voulu me retrouver et m’achever ils auraient pu le faire sur place pendant que j’appréciais la sensation du sable qui rentrait dans ma cheville. »


Les mots de Lio lui revinrent en tête ‘’ j’espère que tu n’as pas de famille’’… Pourquoi maintenant ? Les dalatiens ne risquaient rien, les Corbeaux avaient peur d’eux, quand à Siha ce n’était pas comme s’ils étaient proches, Andréa n’avait aucune raison de s’en prendre à lui.

- «  Et toi Diletto ? Comment ce sont passées le semaines qui nous séparent de notre dernière rencontre ? »





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Archiviste
- Felassan -
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Dim 30 Sep - 22:32
« Oh je leur ferai passer le mot, ils raffolent de ce genre de rumeurs et tirent une grande fierté de leur réputation. »

Rasdir acquiesça avec légèreté avant de se mettre à peler divers légumes et laver de gros tubercules d'une main experte, tranquillement assis en tailleur à l'autre bout de la pièce unique. Ce n'était pas très grand et le toit n'était pas tout à fait étanche par endroits, mais en partageant l'espace intelligemment ils étaient arrivés à en faire des cuisines et un endroit chaud où se rassembler à l'abri. Bon, certes il fallait se serrer un peu et espérer que les peaux traitées ne laissent pas passer l'eau de pluie, mais ils pouvaient au moins laisser sécher une partie de leurs tentes et préserver les voiles de leurs Aravels.
Le vent sifflant en rafales fit gémir les planches et se glissa parmi les interstices, semblant les enfermer tous les trois dans un monde à part. Lorsque Siha s'accroupit en dodelinant faiblement de la tête pour évacuer désapprobation et inquiétude, il sourit en retour, plus par habitude que par naïveté. En tant que mage de soin et que guide d'un clan il avait l'habitude de répondre aux besoins des uns et des autres, qu'il s'agisse de vulgaires ampoules ou de sévices graves, en passant par les naissances et les maladies chroniques. Assez d'années d'expérience pour savoir identifier le degré d'urgence, mais aussi reconnaître les symptômes d'un orgueil malmené.

« Dans ce cas je saurai me contenter que tu sois là, et d'avoir l'occasion de te soigner. » Glissa-t-il doucement, pas assez indifférent pour balayer ce qui s'était passé d'un revers de main, et pas assez dramatique pour verbaliser ce qui aurait pu mal se terminer.

Franchement Siha n'avait pas le courage ou l'énergie d'imaginer la pire des possibilités maintenant que c'était derrière eux. Pas après l'horreur des dernières semaines, en tout cas. Se permettant un imperceptible soupir de soulagement et lassitude mêlés, il se posa à genoux et observa la blessure en soulevant la cheville de Zevran, qu'il logea délicatement sur sa cuisse à hauteur confortable. La plaie était propre et c'était déjà pas mal étant données les circonstances, mais des complications comme de la fièvre ou les gonflements étaient toujours possibles. Tendant le bras le mage saisit une sacoche suspendue à un clou sur la porte, et se mit à y fouiller furieusement tout en écoutant les explications de l'antivan.

Ses mains s'arrêtèrent en trouvant plusieurs sortes d'herbes et quelques minuscules fioles au liquide doré, la fluidité du récit lui faisant froncer des sourcils. C'était cette simplicité terrible qu'avait Zevran de parler de vie et de mort, de glisser les affrontements qu'il percevait avec autant de normalité que la pluie ou le beau temps qui le désarçonnait, et le confrontait à sa propre incapacité à faire de même. Bien sûr le cycle de vie et de mort était un processus naturel et inéluctable, néanmoins leur ordre habituel n'avait rien à voir avec la vitesse à laquelle les êtres pensants faisaient pencher la balance d'un côté ou de l'autre.
Une fois que Zevran eut lavé sa plaie Siha lui tendit une des fioles de sa main libre, soutenant sa cheville qu'il effleurait distraitement de l'autre, l'air pensif.

« Cela masquera la douleur jusqu'à demain, mais tu peux toujours en boire une autre avant de dormir si cela ne fait plus effet. C'est assez foudroyant, en quelques minutes tu devrais te sentir mieux, comme en train de flotter. » Il se sentit le besoin d'être clair, afin de ne pas lui occulter les effets accidentellement, comme il l'avait fait malgré lui avec le thé des rêveurs. « Cela ne provoque pas d'hallucinations ni effets indésirables à ma connaissance. Du moins sur les elfes j'en suis certain, je n'ai jamais eu l'occasion de tester sur les autres espèces. »

Acquiesçant sobrement à ces paroles rassurantes, le sourire de Siha s'élargit en voyant les mille précautions que prenait Zevran à chacune de leurs retrouvailles. C'était bon de voir qu'il ne se reposait pas sur ses lauriers et prenait la sécurité du clan au sérieux, même si la plupart de ses membres commençait à se familiariser à sa présence. Les visites étaient courtes mais devenaient régulières, de telle sorte que petit à petit les uns s'adaptaient aux autres. Cela dit malgré la fausse insouciance dont se drapait l'assassin, ses sourires ne lui montaient pas aux yeux. Pire, pendant de longues minutes il devint tout à coup silencieux, comme si quelque chose de plus grave le rongeait de l'intérieur.

« Je connais mes gens, même si je ne leur en donne pas d'instruction précise, ils ouvriront quand même l’œil et hausseront la sécurité d'un cran, si ce n'est fait au moment où je te parle. »

« Nethari est déjà partie. » Compléta Rasdir, ce qui haussa un haussement d'épaules nonchalant à l'archiviste, dont les longs doigts s'activaient sur la blessure, tissant de petits rayons de lumière comme une araignée tisserait sa toile.

« Quelque chose d'autre te tracasse ? »

Étant donnée que la plaie était partiellement refermée et propre, le sort ne lui demandait pas d'effort ou d'attention particuliers. Prenant son temps de sorte à ne pas dépenser une quantité inconsidérée d'énergie, il se dit qu'il n'y avait là aucun rapport avec la satisfaction de prendre soin du nordique. Par ailleurs il ne tenait pas à sur-estimer ce que ce dernier était prêt à lui confier, et ce malgré la relative franchise dont il avait fait preuve lorsqu'ils étaient seul à seul. Rasdir était un visage nouveau pour lui, et ce ne serait pas choquant que sa prudence s'en trouve altérée.

En outre les questions ne tardèrent pas à venir en retour. Quelques minutes de silence s'installèrent sans que Siha ne sache par quel bout commencer, ni même trier ce qu'il convenait de dire ou de taire. Rasdir sembla néanmoins interpréter cette hésitation autrement et se leva en prétextant avoir d'autres tâches en attente. Une fois les prémices de sa soupe sur le feu il prit élégamment congé pour les laisser discuter seuls, refermant la porte sans un bruit.
Le brun n'avait pas mis autant de temps à prendre la parole par sa présence, mais il serait mentir de dire qu'il ne se sentait pas maintenant un peu plus libéré. Le sujet de Felassan n'était un secret pour personne au sein des Bellanaris, mais son point de vue personnel des événements ainsi que la nature des blessures qui avaient un peu plus estropié son torse étaient plus douloureux qu'il n'était prêt à leur avouer.

« Tu étais plutôt occupé et je ne sais pas dans quel coin du monde tu étais ces dernières semaines, mais... si tu as vaguement mis les pieds en Orlais ou as parlé avec tes 'amies' tu as dû avoir eu vent de la descente des apprentis Chevaliers dans les bas-cloîtres de Val Royeaux. » L'air froid s'engouffra dans ses poumons et sa langue lui sembla affreusement pâteuse. Il déglutit avant de se forcer à poursuivre, amer. « J'y étais en infiltré, secondé de plusieurs alliés. Je me suis fait passer pour un humain que je pensais capable de les retenir pacifiquement. »

Ses mains chaudes se posèrent à plat sur la peau du blond, qui se reformait en retrouvant petit à petit sa forme originelle. Pendant quelques secondes il réfléchit à comment raconter tout cela sans avoir l'air aveuglé par ses émotions, puis se rendit compte que c'était sûrement impossible. Sa voix était blanche, dénuée d'expression.

« Mes alliés m'ont trahi et j'ai lamentablement échoué. J'ai failli me faire couper en deux et pire... de nombreuses vies innocentes ont été fauchées par pure arrogance et démonstration de force. » Sa mâchoire se crispa d'une rage que même le sang versé en retour ne pouvait contenir.



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Dim 30 Sep - 23:46

De Charybde en Scylla


Il ne sut pas vraiment quoi répondre à cette phrase glissée avec prudence. Quelque chose n’allait pas chez Siha, il s’en voulut de ne pas avoir remarqué cela avant, mais l’Archiviste avait l’air fatigué. Pas le genre de fatigue que lui générait ses insomnies habituelles, le genre de fatigue qui l’avait habité après leur « cambriolage » à Orlais. Il avait l’air. Il continua son récit pendant que le Dalatien prenait dans son sac de quoi le soigner. Ils prit entre ses doigts les fioles qui lui étaient tendues, mais lorsqu’il lui annonça les effets du liquide qu’elles contenaient, Zevran les lui rendit.

- « La douleur n’est pas un problème, garde tes soins pour les occasions où elles seront vraiment nécessaires. » et avant que Siha puisse rétorquer quoi que ce soit il ajouta avec un air malicieux : « Si j’étais sur le point m’évanouir sous la douleur je la prendrait avec reconnaissance mais vraiment, ce n’est pas si terrible et ça ne vaut pas de gâcher des ressources qui pourraient être utiles plus tard. Surtout si ça n’a aucun effet récréatif. »

Il ponctua sa boutade d’un clin d’œil. L’épisode du thé aphrodisiaque l’amusait toujours autant et il aimait bien le rappeler à l’Archiviste de temps à autres. La question suivante le surprit et en même temps pas du tout, il n’avait pas l’habitude qu’on le lise de la sorte mais … après tout son silence avait été plus que révélateur. Il pesa un instant le pour et le contre. Ses instincts le poussaient à mentir, à prétendre que tout allait bien, et en même temps il avait envie de parler à Siha de la situation avec Allegra… Ce qu’il ne pouvait évidemment pas faire. Un secret ne restait un secret que si ses gardiens le gardaient efficacement. Cependant… il pouvait tenter des demi vérités… s’il était honnête avec lui même il avait besoin de s’entendre dire qu’il ne fallait pas tenter quelque chose de stupide. Siha était un homme de raison, son avis sur la question l’aiderait peut-être à se tenir tranquille.

Alors que les mains du mage commençaient leur travail de réparation, il sembla se murer d’avantage dans le silence. Il aurait pu sembler qu’il n’allait faire aucune réponse à la question qui lui était posée mais il finit par relever les yeux.

- « Quelqu’un risque d’être affecté par mon échec… Quelqu’un qui est censé être en sécurité. Je ne sais pas si les menaces de Lio étaient un coup de bluff ou s’ils savaient quelque chose. Seulement si je rejoins cette personne pour m’assurer qu’elle est en sécurité je risque de les mener directement à elle. »

Il laissa son explication là, il ne s’étendit pas sur son envie, son besoin de savoir. Ses yeux retombèrent sur les mains de Siha, et leur contact réconfortant malgré l’endroit et la raison de leur contact. Sa propre question déclencha un mutisme, décidément, les deux elfes avaient la vie bien compliquée ces derniers temps. Le poids de ce silence affecta particulièrement Zevran, il ressentit l’urgence d’embrasser l’Arichiviste. Pour n’importe quel effet… le distraire de ses pensées, le réconforter, le choquer hors de son silence. Mais il n’en fit rien. D’une part car il y avait de grandes chances que ce soit précisément un de ces moments où un geste intime pourrait être mal pris et d’autre part parce que Rasdir était avec eux dans la pièce et il ne savait pas à quel point Siha serait à l’aise de se retrouver dans cette situation sous les yeux d’un des membres de son clan.

Rasdir sentit certainement qu’il était de trop, car il sortit de la pièce sans un mot, laissant sa soupe sur le feu à chauffer lentement. Lorsque les mots affluèrent de Siha, son envie de contact revint au galop, il avait une envie farouche de couvrir cette expression accablée de baisers, il avait envie de se coller à lui et de partager sa chaleur avec Siha, dont la voix semblait glacée par l’horreur. Il n’en fit rien.

- « J’étais à Ferelden tout ce temps… Je n’ai pas eu de nouvelles d’Orlais depuis quelques temps maintenant… »

Plus Siha racontait son histoire, et plus il semblait se détacher émotionnellement, sa voix s’éloignait de la cabane, du bruit de la pluie, de l’odeur de la soupe et de l’embrun de magie qui les entouraient. Lorsqu’elle s’éteignit, son visage était tellement prit par la souffrance, Zevran se sentit impuissant. Sans avoir besoin de poser la question il savait que Siha avait probablement fait quelque chose pour rendre la monnaie de leur pièce aux responsables, il savait de quoi le Dalatien était capable, mais ça ne suffisait pas. Puis il se sentit en colère contre lui-même de se sentir attiré par Siha dans un moment pareil. Il avait envie d’éloigner sa main guérisseuse, de la prendre dans la sienne, de l’allonger sur le sol de cette cabane isolée et de lui faire oublier sa douleur à travers le plaisir. Il était en colère de se rendre compte que ce n’était pas suffisant, que c’était égoiste de vouloir éviter la situation en créant une distraction…. Et cela n’aiderait pas Siha.

Il n’avait jamais été doué à écouter les autres, il n’avait pas l’habitude qu’on se confie à lui non plus. Alors après un instant de silence, une fois que les mains autour de sa cheville cessèrent de vibrer du sort qu’elles prodiguaient, il replia les genoux sous lui et vint s’asseoir à côté de Siha en silence, leurs cuisses pressées l’une contre l’autre, se faisant toujours face. Toujours sans un mot il étendit le bras et attira Siha contre lui. La silhouette de l’archiviste étant bien plus grande que la sienne il en résulta que le visage du brun put sur loger dans le creux de son cou. Son autre main se logea dans la chevelure soyeuse qui cascadait devant lui et il s’arrêta là… Soucieux de connaître les conséquences de son geste.





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Archiviste
- Felassan -
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Ven 5 Oct - 2:29
Les deux fioles analgésiques retrouvèrent leur place initiale dans la sacoche de premiers secours, Siha les rangeant soigneusement en dépit de la grimace inquiète qui courbait ses lèvres. Il appréciait le pragmatisme et l'effort de préserver leurs  ressources, néanmoins il avait un peu peur que Zevran ne s'entête trop et finisse par souffrir inutilement. Bien sûr si la moitié des légendes circulant sur les Corbeaux était vraie, il avait très tôt appris à résister à cela et bien pire encore. Cela n'empêchait qu'à choisir entre le bien-être d'un de ses semblables et quelques heures de récolte supplémentaires, l'hésitation ne s'éternisait pas. D'un autre côté si le blond était du genre à fanfaronner plus que de raison et jouer aux gros durs, il ne semblait pas manquer d'instinct de survie. Il soupira, essayant de se rassurer.

« Si tu changes d'avis, n'hésite pas. » Dit-il pour bonne mesure, comprenant qu'il ne servait à rien d'insister.

Quelques mèches sombres lui couvrirent les yeux tandis qu'il se penchait sur la jambe à traiter, dans une subtile effluve d'herbes médicinales et de cuir. Sa tête acquiesça d'ailleurs à l'explication concise de ses tracas, même s'il ne sut quoi en penser. L'espace d'un instant cette sincérité presque brutale lui fit questionner les raisons pour lesquelles Zevran prodiguait un traitement sélectif à ses fréquentations, mais d'un autre côté ce serait étrange qu'il en soit autrement. De ses prunelles baissées il observa la plaie se refermer petit à petit, s'interrogeant sur la possible identité de cette fameuse personne. Un parent, un ami, une amante qui aurait miraculeusement réussi à s'attirer ses faveurs ?

«  Tu ne connais aucun intermédiaire qui pourrait vérifier que ta protégée va bien, sans un contact direct qui serait suspect ? »

Dégageant un rideau de fils ébène derrière son oreille, l'archiviste donna son intervention pour terminée et libéra l'antivan de son emprise. La peau de son talon d'Achille apparaissait neuve et parfaite comme si la rencontre avec Andrea n'avait été qu'un mauvais souvenir, bien que sa sensibilité laisse sûrement encore un peu à désirer.
Le mage posa les mains dans son giron, le dos très droit dans sa position agenouillée, comme s'il venait de sortir d'une longue méditation. Il aurait mille fois préféré écouter Zevran lui raconter ses aventures que de se remémorer et décrire les événements de Val Royeaux. Siha aurait même choisi de l'écouter réciter le nom de ceux ayant réchauffé son lit depuis la dernière fois où ils s'étaient vus, ceux reléguant leur baiser dans la nuit au statut de ligne oubliée entre des pages bien remplies. Telle était l'amertume que lui laissait l'échec de son intervention avec les Felassan, et le regret de ne pas avoir pu être complètement honnête avec les rares personnes qui avaient essayé de lui porter secours. Le visage déterminé de Léah lui revint vivement en mémoire, et il lui fallut battre plusieurs fois des cils pour chasser culpabilité et admiration.

« Je suppose que leur descente n'avait rien d'inhabituel, c'était le même massacre gratuit et rituel que toutes les autres fois. Un tas de gamins écervelés, poussés à prouver leur valeur et se clamer adultes en agitant une épée n'importe comment. Un massacre. »

Sa diction était détachée et lente, à la fois par rage et par lassitude. Les mots glissèrent agilement tels des cailloux ricochant sur une surface d'eau, leur écho résonnant pour paver le silence. Son front entier se fronça comme un chiffon, ses sourcils joints pour compenser le manque d'expression dans sa voix vide. Son regard se perdit sur les mains immobiles sur ses cuisses, son esprit agité se projetant loin de son corps.
Un bras se referma autour de ses épaules et enfin Siha relâcha la respiration qu'il avait retenue malgré lui. Ses paupières couvrirent l'intense confusion lisible dans ses prunelles ambrées, comme si après des semaines de repos il était encore incapable de pointer du doigt ce qui lui était le plus insupportable. La trahison de personnes en qui il avait toute confiance et pour qui il avait mis sa vie en jeu, ou bien l'abominable résultat de son incompétence ? Ces mains si enclines à soigner étaient tâchées de sang.

Il ouvrit la bouche pour continuer son récit mais soudainement sa gorge sèche refusa de lui obéir. Une boule d'émotion contenue s'y logea sans qu'il ne puisse rien y faire, et son corps sembla agir de son propre chef. Son nez roula contre le tissu jusqu'à trouver la nuque de l'assassin et son visage entier s'y cacha avec une féline paresse. Inspirant l'odeur unique dans un mouvement faussement familier il ne dit plus rien, entourant sa taille de son bras libre pour lui rendre son étreinte. Siha déglutit et se permit une rare démonstration de faiblesse, le cœur battant et coupable de cet étrange réconfort.

« C'est pas tout à fait ce que j'avais imaginé comme retrouvailles... » Ce fut un murmure contre la peau hâlée de l'antivan, et le dalatien ne fit pas mine de bouger pour se séparer de lui. « J'imagine que j'ai jamais été très doué pour correspondre aux attentes, même les miennes. »



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Ven 5 Oct - 22:58

De Charybde en Scylla


Il détestait les demi vérités. Il les détestait quand il était obligé de donner des informations contre son gré, parce que c’était nécessaire à son interlocuteur. Il les détestait aussi quand il devait cacher des parts de vérité qu’il avait envie de dire. Il hésita un moment sur la façon de formuler les choses et décida de ne pas confirmer le genre d’Allegra.

- « Il y aurait bien quelqu’un qui pourrait retrouver cette personne, mais ça lui demanderait probablement des recherches et ça pourrait éveiller des soupçons… Je ne sais pas moi même où cette personne ce trouve en ce moment. » Il esquissa cependant un petit sourire espiègle. « Qui a dit que c’était une femme ? »

La vie de nomade d’Allegra était précisément ce qui devait la protéger le mieux des Corbeaux… mais avec seulement le nom de son clan les recherches seraient sûrement difficile. D’autant qu’aucun clan à Antiva ne lui donnerait d’indication pour la trouver, ils se méfiaient trop des étrangers pour les laisser s’approcher de l’une des leurs. Il ne pouvait pas prouvé son lien de parenté et quand bien même, il ne voulait pas le révéler, ce serait trop dangereux, elle risquerait d’en entendre parler et d’essayer de le retrouver.

Zevran connaissait malheureusement cette manie qu’avaient les chevaliers Orlésien de considérer que tuer des elfes était une épreuve pour devenir un homme. Il imaginait aisément le bain de sang que cela pouvait avoir provoqué. Il ne savait pas quoi dire, il espérait seulement que sa chaleur allégerait la peine de l’archiviste. Il sentit sou souffle contre son épaule, qu’il avait retenu et qui sonnait presque comme un sanglot. Cependant Siha ne pleurait pas, il en était presque certain. Il admirait la retenue et la pudeur de l’archiviste de se refuser aux larmes mais il se demanda un peu tristement qui il essayait d’impressionner. Probablement lui-même plus que Zevran, mais quelque part, l’Antivan avait envie de lui dire que se retenir ne servait à rien.

Pas un mot ne sortit malgré ses pensées, il se contenta de serrer Siha dans ses bras et de laisser une de ses mains caresser doucement son dos. L’autre était logée dans ses cheveux et massait sa nuque. Maintenant que le brun s’était laissé aller à son étreinte il se sentait plus libre de ses gestes. Il glissa ses doigts sous ses cheveux pour atteindre la peau tendre de son cou. Son massage commença par une légère pression, puis il fit lentement rouler ses doigts le long de ses vertèbres. Il tenta de relaxer les muscles tendus par le stress et l’accablement, centimètre par centimètre.

Et Siha se remit à parler… ou plutôt à murmurer dans son cou. Il résista miraculeusement à l’envie de faire une blague salace pour fuir cette situation beaucoup trop intime et personnelle à son goût… Il se força à se relaxer, n’arrêtant pas ses soins apaisants sous l’épaisse cascade de cheveux bruns. Que pouvait-il répondre à cela ? Car il fallait qu’il réponde, n’était-il pas ? Il fallait qu’il trouve un moyen de le réconforter, de lui dire à quel point il était un être spécial et extraordinaire… C’était ce qui était attendu dans ce genre de moments, non ? La vérité c’était que Zevran n’avait jamais entendu ce genre de mots dirigé vers lui, comment pouvait-il les rendre ? Pas qu’il perde du temps à s’apitoyer sur son sort mais… il ne savait juste pas dire ces mots là. Pas aussi facilement… Alors à la place il décida de faire quelque chose qu’il maîtrisait, partager son expérience.

- « Je n’ai jamais correspondu aux attentes de personne. J’encombrais le bordel dans lequel je suis né, les Corbeaux me considéraient comme un meuble, la garde des ombres n’était pas pour moi non plus. » Sa voix était douce, il racontait une histoire plus qu’il ne parlait vraiment de lui, il n’y avait pas vraiment de tristesse, pas vraiment de douleur non plus. Juste un récit. « Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de gens qui soient faits pour les rôles qu’on leur donne. Le plus important ce n’est pas de correspondre à ce qu’on attend de nous… Ça ne compte pas si ce que nous faisons ne nous rend pas heureux. »

Il étendit sa main pour masser Siha derrière les oreilles, doucement. Il fit une petite pause dans son monologue puis, après une inspiration plus profonde que les précédentes, il reprit.

- « Lorsque les gens attendent quelque chose de toi ils projettent leurs désirs sur ta personne, tu n’es pas obligé d’être à la hauteur de leurs fantasmes, et s’ils sont déçu quelque part c’est de leur faute, parce qu’ils ont décidé pour toi ce que tu devrais être. Ne joue pas leur jeu, Siha. » Il déposa un baiser sur le haut de sa tête avec un sourire. « Regarde, je n’attendais rien de particulier à part de te retrouver, je ne suis pas déçu, tu es là. Tout est tout de suite beaucoup plus simple, non ? »





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Sam 6 Oct - 1:25
« Mon instinct, et il me trompe rarement. » Souffla-t-il avec un léger sourire espiègle et un haussement d'épaules, prenant cette réaction comme une confirmation indirecte.

Qui que cela puisse bien être cette fille, elle avait réussi à marquer suffisamment Zevran pour le toucher émotionnellement et lui faire réviser la distance de sécurité qu'il semblait garder en toute circonstance, cette même barrière de protection qui le rendait à la fois si captivant et si hors d'atteinte. Depuis le départ l'antivan n'avait jamais caché que malgré la facilité de l'approcher il n'était pas du genre à se lier ou faire des promesses, même si la raison véritable de ce comportement lui échappait encore. Quel genre de voyageur était-il vraiment ? Celui qui vit en nomade parce qu'il aime l'incessant changement de paysages et les infinies possibilités qui s'offrent à lui, sans responsabilités ? Ou celui qui se résigne de ce que la vie lui a offert et continue de voyager sans destination, ayant perdu espoir de trouver la terre qui le fera enfin se sentir chez lui ?

Nombre de questions demeuraient enfermées dans une boîte de Pandore de curiosité et de retenue, et seule la peur de briser leur fragile entente dissuadait Siha de creuser plus loin. Peut-être avec le temps trouverait-il naturellement des éléments de réponse, s'ils continuaient à se fréquenter dans le cadre de leur... collaboration ? À cette pensée Siha eut un sourire persifleur d'entre sa confortable cachette, et fut bien content que cette position le mette à l'abri des regards. Par ailleurs la proximité physique qui semblait irrémédiablement les attirer l'un vers l'autre n'avait ironiquement pas grand chose de professionnel. Ou peut-être avait-il seulement raté un autre épisode dans le livre des mœurs citadines ?

Sous le toucher inattendu son corps sembla d'abord se tendre comme une panthère prête à bondir, puis progressivement se laisser aller à relaxer. Sa respiration laborieuse se régularisa petit à petit et après quelques minutes il étouffa un soupir de contentement contre la nuque de Zevran. En fait s'il n'était pas trop grand pour rester plié de la sorte il se serait probablement laisser tenter par l'idée de céder à la fatigue et piquer un roupillon. Néanmoins sa voix vibrante et chargée d'accent le fit à nouveau ouvrir les yeux pour mieux prêter attention. Ces mots simples étaient à la fois terriblement tristes, chargés de ce qu'il percevait -peut-être à tort- comme de la solitude, et d'une forme de justesse que seule l'expérience pouvait justifier.

« Les attentes peuvent être vécues comme les barreaux d'une prison, c'est vrai. » Il bougea pour s'installer plus confortablement et s'asseoir aux côtés du voleur sans perdre l'équilibre. « Mais elles sont ce qui nous pousse vers l'avant pour peu qu'elles soient saines, émises comme un échange équitable et non comme une exigence. Un donnant-donnant libre n'a jamais tué personne. »

L'archiviste sourit avec un brin d'amertume à la mention du mot « heureux », ne sachant pas quoi penser de ce que cela pouvait bien signifier. Cela faisait des années qu'il n'avait pas de décision importante pour lui-même, et la majorité de sa vie il avait simplement suivi la route qu'on lui avait tracée, s'efforçant d'atteindre les étapes difficiles à force de travail et d'acharnement. Par conséquent il lui était difficile de concevoir ce que cela pouvait bien signifier d'agir par sa seule envie. Sans doute était-il devenu un être trop communautaire pour imaginer pleinement comment devenir un être individuel. Pensif, il effleura les flancs de Zevran en profitant de l'instant, jusqu'à ce qu'un toucher derrière ses oreilles l'électrifie si fort qu'il en frémit en rentrant la tête dans ses épaules.
La main qu'il avait posée sur le genou de son compagnon l'enserra tout à coup plus fort, et il s'arrêta soudainement pour le regarder, les joues trahissant son embarras. Il était trop sensible pour qu'on se joue de lui avec autant de légèreté, d'autant que son corps n'était clairement pas habitué à ce genre d'attention. L'injustice de la situation le rendit grognon que cela n'aurait dû, et au final il noya sa gêne par une fausse irritabilité qui ne parvenait pas à faire illusion. Le basculant brusquement sur le dos il retint joueusement l'un de ses poignets, retenant son poids sur l'un de ses coudes. Ses yeux jetaient des étincelles, les mêmes qui avaient été enfouies depuis qu'ils s'étaient séparés la dernière fois.

« Beaucoup plus simple quand on essaie de corrompre ses semblables par des manœuvres manipulatrices, oui. Je m'attends encore à chaque minute que tu te tournes vers moi et m'avoues enfin être un démon envoyé pour me tourmenter. » Descendant vers lui Siha se lova à nouveau contre sa nuque, qu'il embrassa affectueusement. « Tu suscites les fantasmes volontairement, ne devrais-tu pas au moins en assumer les conséquences ? »



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Sam 6 Oct - 17:30

De Charybde en Scylla


Il ne tenta pas de convaincre Siha du contraire, confirmer ou infirmer des parties de l’identité d’Allegra n’avait aucun sens, Siha avait une chance sur deux de tomber juste, que son instinct soit juste ou non ne changeait pas grand-chose.

La tension soudaine dans le corps de l’archiviste l’alarma intérieurement mais il n’en montra rien, attendant qu’il lui dise clairement de s’arrêter pour réagir. Mais finalement le brun se détendit à nouveau, se remit à respirer normalement et petit à petit, il se laisse guider dans le confort de leur étreinte. Le soupir qui s’écrasa dans son cou lui arracha un frisson. Il avait terriblement envie de sentir ce souffle contre sa peau dans d’autres situations, sur d’autres endroits de son corps. Il rassembla les cheveux de Siha sur le côté pour se faciliter la tâche, jusqu’à ce qu’il se redresse pour lui parler.

La chaleur du corps de l’archiviste lui manqua immédiatement et il se dit qu’il allait falloir passer à la vitesse supérieure entre eux et décharger un peu tout ce désir étouffé, sinon il allait finir par devenir fou. Mais il écouta la réponse de Siha avec attention néanmoins et leva les yeux vers le plafond de la cabane pour y trouver une réponse sans cesser son massage.

- « Je serai d’accord d’un point de vue… impersonnel. Lorsque je signe un contrat, mon employeur attend de moi que j’accomplisse une tache et j’attends de lui le paiement adéquat pour le travail accompli. Mais je ne vois pas l’intérêt d’attendre des gens qui m’entourent quelque chose qu’ils ne sont peut-être pas prêt à donner pour pleurer ensuite de ne pas l’avoir obtenu. Et s’ils attendent de moi que je fasse ou que je sois quelque chose que je ne suis pas, ils seront déçus et ce sera leur problème. »


Il ne s’était pas attendu à ce que son toucher électrise Siha ainsi, concentré dans son massage il n’avait pas pensé qu’il pouvait être aussi sensible derrière les oreilles. Il faisait tranquillement son chemin vers les tempes, espérant continuer de le soulager de la tension qui l’habitait lorsque le monde bascula dans un sens incongru et qu’il se retrouva sur le dos, allongé sur le sol, le dalatien au dessus de lui avec le rouge aux joues. Il avait à peine eut le temps de sentir la main sur sa cuisse se resserrer et de voir l’expression troublée de son visage.

Épinglé par les yeux dorés qui le fixaient avec trop démotions différentes pour que Zevran puisse les lire, l’Antivan esquissa un petit sourire. Dans ses nuits solitaires il avait parfois imaginé Siha, nu et haletant sous ses mains, tentant de conserver un peu de toute la dignité qu’il dégageait habituellement. Non pas qu’il espérait particulièrement prendre les rennes, mais c’était l’image qui lui était naturellement venue des étreintes qu’il espérait avoir. Cependant ce réflexe lui faisait entrevoir un tout autre Siha, loin de l’homme soumis et contrôlé qu’il avait pu fantasmer…. Et cela eut raison du contrôle qu’il avait sur son désir. Il y avait des parties de son anatomie qui se sentaient soudain l’urgence de montrer leur approbation à l’idée d’un Siha plus dominateur et entreprenant.

- «  Sensible derrière les oreilles, intéressant ! Je te l’ai dis, je ne prends que ce que l’on veut me donner, Diletto… Qui te tourmente ? Moi qui me rends désirable ou toi qui résiste à la tentation ? »


Il ne se donna même pas la peine de démentir la manipulation, il trouvait cela amusant que Siha se sente tenté par un des rares moments où il n’avait pas délibérément essayé de le séduire. Il soupira d’aise et d’excitation sous ses lèvres et dû s’éclaircir la gorge pour lui répondre.

- « Mais si les conséquences me tombent dessus je suis tout prêt à les assumer…. » Il eut un sourire espiègle avant de glisser ses mains sous la tunique de l’archiviste avec un murmure chaud dans le creux de son oreilles. «  et toi ? »

Ses mains effleurèrent les flancs du dalatien, remontant lentement, ses pouces traînant sur son ventre plat et blanc. Tout en Zevran criait à l’invitation, si Siha voulait le déshabiller maintenant et le prendre sur le sol de la cabane, il se laisserait faire sans discuter. Il n’avait pas voulu se proposer comme distraction, mais si c’était ce que l’archiviste voulait, ce dont il avait besoin, ce n’était pas lui qui allait refuser.

Peu importait l’évidence de la panique de Siha face à une simple caresse. Peu importait que la soupe soit toujours sur le feu et que Rasdir – ou n’importe qui d’autre – puisse rentrer se mettre à l’abri. Peu importait qu’on les surprenne, comme dans la lettre qu’il lui avait envoyé quelques semaines plus tôt, en pleine action au milieu des bois. Avec un peu de chance la personne qui ouvrirait la porte aurait des choses à apprendre.





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- Felassan -
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Sam 6 Oct - 23:13
La discussion avait soudainement pris un tournant à cent quatre-vingt degrés et les avait écartés des métaphores trop dangereuses de sérieux ; heureusement ou malheureusement il ne saurait cependant le dire. Les interactions avec ses semblables en dehors du cadre de ses fonctions avaient toujours été hasardeuses et imprévisibles, et celles avec Zevran n'y faisaient pas exception, au contraire. En vérité il lui semblait qu'ils marchaient sur un champ de mines, gravissant une pente glissante qui menaçait de les faire déraper vers l'inconnu à n'importe quel moment. Un inconnu fort attrayant de surcroît.
Cette relation étrange avait le mérite de captiver sa curiosité et le faire se sentir vivant comme jamais, mais d'un autre côté l'intensité et les sensations contradictoires le terrifiaient. Il brillait haut d'une flamme incontrôlable qui manquait de tout dévorer dès qu'il aurait détourné le regard. Siha soupira avant de répondre calmement, amusé.

« Les promesses et les faveurs ne se demandent pas, elles se méritent... et n'ont de valeur qui si elles sont spontanées. Je ne demanderai donc rien que tu ne sois prêt à céder. »

Couvrant le bas du corps de l'assassin du sien, il se mordit la lèvre en se demandant tout à coup s'il ne souffrait pas d'autres blessures dont il n'aurait pas mentionné l'existence. Par ailleurs le dalatien se remémora ces fameux mots prononcés dans les jardins de De Guivre. 'J'emmène ce baiser avec moi comme une promesse' avait-il dit Zevran avant de disparaître mystérieusement, s'engageant à le revoir pour accomplir la tâche de son choix. C'était assez bizarre de se dire qu'après cette drôle de nuit il était plus intrigué par le choix de contracter une dette non forcée plutôt qu'occupé à planifier la meilleure façon d'en tirer partie. En vérité il n'avait même pas encore sérieusement réfléchi à quoi lui demander, si tant est que l'offre tienne toujours.

Quoiqu'il en soit leur jeu de chat et de la souris se poursuivit dans la fuite et la chasse, les provocations et l'esquive. L'antivan ne manifesta pas plus de surprise que d'agacement face à sa drôle d'initiative, ses yeux mordorés brillants d'un faim rampante et contagieuse, et aussi d'un jeu que son rictus affichait éhontément. Lorsque enfin vint la boutade satisfaite Siha fronça des sourcils et glissa une main dans le creux de sa nuque, soudainement obsédé par l'idée de ne pas s'avouer vaincu et lui rendre la monnaie de sa pièce. Ses ongles coururent doucement sur son cuir chevelu, mais le restant de son corps semblait simplement rechercher la tendresse d'une étreinte.
L'assassin se disait prêt à assumer les conséquences, mais devait-il croire un instant à pareil mensonge ? Ils savaient tous les deux que la vérité était probablement plus ambiguë et complexe que ça. Lorsqu'il leva à nouveau les yeux pour lui faire face, soudainement plus sérieux en dépit de ses gamineries, il lui répondit par un silence. Le bruit de la pluie qui tombait drue au milieu des rafales de vent sembla meubler le blanc de sa vrombissante musique, charriant à leurs narines l'odeur iodée de la côte orageuse et les premières senteurs d'une soupe légèrement poivrée.

« L'es-tu vraiment ? » Il l'avait pourtant prévenu d'entrée de jeu. Ses yeux se baissèrent sur ses lèvres entrouvertes, desquelles il murmura à quelques centimètres à peine. Il les mordilla en le regardant intensément, récitant petit à petit les mots qui lui étaient parvenus par courrier, faisant tout juste ce qu'il disait. « Je voudrais que tu t'attaches à moi, enroule-toi autour de mes jambes, fais rouler tes yeux dans les miens et sans pudeur, d... »

La porte s'ouvrit en grinçant à nouveau sur un Rasdir avec les bras chargés de bois pour le feu, la bouche grand ouverte. Le vent la fit claquer malgré lui et rompit le charme du moment, foudroyant le métamorphe sur place. Les joues écarlate il roula sur le côté d'un air confus, trop pudique pour faire comme si de rien n'était et trop passionné pour totalement se séparer de Zevran.

« Je suis désolé, j'aurais dû me douter que ce n'était pas le moment... mais on ne peut pas se permettre de laisser brûler le repas. »

Le grand blond semblait sincèrement navré de les avoir interrompus mais la surprise initiale passée il ne paraissait pas du tout choqué. C'était à croire qu'il avait clairement anticipé cette possibilité, en dépit de l'amusement certain qui plissait ses lèvres. Il avait toujours su que l'archiviste cachait bien son jeu sous ses airs sages...



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De Charybde en Scylla [SMJ- PV Siha] TERMINÉ
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